Conférence de l’OCI sur le thème: construire des Ponts, dialogue interculturel, identités et migrations

10:33 - September 19, 2010
Code de l'info: 1996564
Genève(IQNA)- La série de conférences de Genève fournit une plate-forme unique de riches et stimulants discours sur de complexes et urgents défis mondiaux, dans le but de concevoir des approches constructives en vue de trouver des solutions dans un véritable esprit de multilatéralisme.
Elle a été décrite à juste titre comme un point d’ancrage intellectuel pour les travaux de l’Organisation des Nations unies et un mécanisme pour canaliser la pensée et la recherche actuelles sur l’élaboration de politiques. Je me sens privilégié d'être un conférencier à cette cinquième édition aux côtés d’un aussi éminent écrivain de renommée mondiale qu’est Mr Carlos Fuentes.
Le thème du débat concerne aujourd'hui le dialogue interculturel, les identités et les migrations. L'impératif de construire des ponts est lié au rapprochement culturel. Il est donc normal que nos délibérations s’inscrivent dans le cadre de l'Année internationale du rapprochement culturel observée en vertu de la résolution 90/62de l'AGNU.
Le secretaire general de l’organisation de la conférence islamique dans cette présentation, aborde essentiellement cette question à multiples facettes, à la lumière de mon expérience et de mon rôle, en tant que Secrétaire général de l'OCI, qui, avec ses 57 Etats membres, a, au cours des quatre dernières décennies, évolué comme étant la deuxième plus grande organisation internationale après l'ONU.
Nous sommes actuellement en train de mettre en œuvre un programme d'action décennal. Propulsé par la vision de «la modération et de la modernisation », le Programme a identifié des domaines d'action prioritaires. Il accorde la primauté au multilatéralisme, aux droits de l'homme et à la diplomatie culturelle comme éléments - clés de l'agenda de l'OCI.
Chacune de ces questions est pertinente à notre discussion d'aujourd'hui.
les migrations n’ont, toutefois, jamais été un processus simple. Les migrants ont dû s'adapter à un nouveau mode de vie qui leur était étrange et peu familier. La patience des sociétés d’accueil a été également mise à l’épreuve dans l'acceptation de gens différents. Le défi pour les deux a toujours été d'interagir et de se réconcilier. Ce défi a toujours été difficile, mais a pu être relevé là où la qualité intrinsèque de serviabilité de l'homme a eu raison des contraintes à travers le dialogue, la compréhension et l'appréciation de l'autre.
Alors qu'il incombait aux migrants de s'intégrer à leur nouvel environnement, on ne pouvait s'attendre d’eux à ce qu’ils se dépouillent de leur identité culturelle et religieuse car cette dernière est essentielle pour l'être humain.
Elle constitue un élément important de la personnalité et de l'estime de soi. Elle donne à tous un ancrage important, des racines et un sentiment d’appartenance. L’identité permet de définir le présent et d’envisager l'avenir. L'appartenance à une culture et à une civilisation apporte à l'individu la confiance en soi dans la société composée de personnes aux goûts et mentalités différents.
C'est à partir de cette source que la plupart des nobles valeurs de l'homme ont surgi à travers les âges. Chaque société vénère son patrimoine tout en respectant celui des autres. C'est de cette manière que la coexistence pacifique est assurée, la diversité culturelle sauvegardée et l'interaction de l'homme promue.
Des valeurs partagées de l'homme ont évolué au fil des siècles. Celles-ci ont subi un long processus de raffinement pour former les valeurs universelles d’aujourd’hui consacrées dans le droit international, le droit international humanitaire et une myriade de traités, pactes et conventions. Au premier rang de ces valeurs se trouvent la diversité culturelle et la tolérance.
Toute discussion sur les questions liées de la migration, de l'identité et de la nécessité du dialogue interculturel doit être mise dans son contexte en cette ère de mondialisation - qui constitue la caractéristique déterminante de l'époque.
La mondialisation pourrait avoir été une idéologie pleine de promesse. Cependant, la manière dont elle s’est, jusqu'à présent, déroulée est considérée - au moins dans les pays en développement dont fait partie la plupart des États membres de l'OCI – comme un démenti aux attentes des idéologues. Le puissant moteur de la mondialisation a provoqué un raz-de- marée de la migration.
Il y a lieu de réfléchir au fait que la plupart des migrations qui ont lieu dans le monde d'aujourd'hui sont de nature économique et induites par l'interconnexion du temps. La trajectoire asymétrique que la mondialisation a suivie au cours des deux dernières décennies a subi des déséquilibres monétaires, financiers et commerciaux internationaux profondément ancrés.
La plus grande partie des migrations des temps modernes est attribuable à ces déséquilibres. Il serait donc important d'analyser ce qui a été décrit comme «l'âge de la mobilité» dans ce cadre et de relever le vaste faisceau de ramifications qui en découle.
Pour être plus précis, la tendance de la migration de l'homme d'aujourd'hui est – principalement - du monde en développement vers les pays les plus riches de l'Occident. Plusieurs gouvernements occidentaux ont accueilli les migrants qui ont prouvé qu’ils sont des contributeurs à l’économie digne de confiance et d'autres considérations du pays d'accueil.
Ces derniers temps cependant, nous constatons avec inquiétude une aversion croissante pour les migrants et les immigrants. Les populations migrantes sont victimes dans plusieurs pays du monde de discrimination et du déni de plusieurs de leurs droits fondamentaux, y compris les droits culturels. Je dois dire avec un sentiment de regret que le poids de cette discrimination est ressenti par les musulmans en Europe et dans d'autres sociétés occidentales.
Le Prof. Ekmeleddin Ihsanoglu a dit: "puisque nous parlons de cette importante question à Genève, capitale du multilatéralisme située au centre de l'Europe, je voudrais focaliser ma communication sur la situation des migrants musulmans vers le continent européen. C’est en fait la situation la plus compliquée de par ses aspects économiques, politiques, sociaux et culturels. Elle peut être comprise comme réunissant toutes les complexités précitées, mais ne peut en aucun cas être classée comme un nouveau développement. L'avènement des musulmans en Europe peut faire remonter au huitième siècle. L'histoire vous dira que l'islam était indigène en Europe pendant de longs siècles. En Espagne, depuis le VIIIème siècle, les juifs et les chrétiens ont constaté que la rencontre avec l'Islam leur a donné un nouvel aperçu de leurs propres traditions religieuses. L'avènement de l'Islam en Europe a fait émerger des savants musulmans qui ont été des pionniers dans diverses disciplines scientifiques. Leurs connaissances, leurs inventions, leurs découvertes et leurs travaux universitaires ont contribué à la modernisation de l'Europe. De l'Espagne à la Turquie, ils ont contribué en écrivant des livres dans les domaines des arts, des sciences et de la culture. Il y a lieu de souligner que la plupart de ces éclairantes contributions ont été faites pendant l’époque appelée l’âge des ténèbres de l’histoire européenne. En conséquence, il y a lieu de souligner que les migrations des musulmans au cours de l’histoire et leur installation ultérieure en Europe ont contribué positivement au développement l'identité européenne telle qu’elle est aujourd'hui."
Source: OCI
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