La révolution libyenne est un miracle (...). Dieu a brisé nos chaînes, a déclaré Cheikh Wanis Mabrouk, un imam célèbre parmi les rebelles de l'Est pour ses diatribes contre le régime, qui prononçait son premier prêche du vendredi dans la capitale, devant plus d'un millier de fidèles à la mosquée Mayzran.
Félicitant les rebelles d'avoir sorti la Libye de 42 ans de coma, le temps que Mouammar Kadhafi a passé au pouvoir, il a aussi lancé un appel contre les tentations de revanche, de pillage, de désobéissance, de luttes intestines ou de gloriole, rappelant que la bataille n'était pas terminée.
N'abîmez pas cela (...). Ne vous battez pas pour les armes (...). Suivez les commandants de ce pays, le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, qui a commencé à quitter son bastion de Benghazi (est) pour s'installer à Tripoli.
Dans son sermon, Cheikh Mabrouk a relayé les messages du CNT, qui a appelé les policiers et les fonctionnaires de Tripoli à revenir à leur poste et les partisans de Kadhafi à déposer les armes sans craindre de représailles.
Cette révolution a été une révolution de la liberté et de l'islam, alors il ne doit pas y avoir de revanche, a-t-il insisté.
Les partisans de Kadhafi s'étaient égarés, mais ils ont maintenant une occasion de se montrer plus forts que leurs erreurs, a-t-il estimé: Tout le monde peut se tromper. Même nous. Rejoignez vos frères, nous sommes tous musulmans, a lancé l'imam.
Depuis cette mosquée, nous avons manifesté en soutien à nos frères à Benghazi au début de la révolte mi-février, a raconté l'un des fidèles, Charif Abdelfattah. Mais on nous a arrêtés, bandé les yeux et battus pour nous faire dire qui avait participé au rassemblement.
Nous sommes plus qu'heureux. Rien ne peut remplacer la liberté, a ajouté de son côté Ziad Ahmad, venu avec sa femme enceinte et leur deux jeunes enfants. Avant, on ne pouvait rien dire à voix haute, même à nos femmes à la maison parce qu'on ne savait jamais qui pouvait écouter et quelle peine de prison cela nous coûterait.
A la mosquée, des hommes de tous âges se sont embrassés pour fêter cette liberté, avec une attention particulière pour ceux qui ont perdu des proches dans les combats.
Pour Farouh al-Ousta, cette liberté a une saveur toute particulière: il raconte avoir été arrêté par les forces pro-Kadhafi alors qu'il tentait de rejoindre les rebelles des montagnes Nefoussa au sud-ouest de Tripoli.
Ce que j'ai enduré à la prison d'Abou Salim est inimaginable. Nous n'avions pas d'eau, nous étions battus et insultés. Certains ont été amputés d'un doigt. Nous pensions que nous allions mourir, mais cela nous était égal pourvu que Kadhafi tombe, a-t-il assuré.
Source: Romandie