Dr Abdulaziz Othman Altwaijri, Directeur général de l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture (ISESCO), a affirmé que le besoin se fait sentir aujourd’hui, plus que jamais, pour le rapprochement entre les écoles de pensée islamiques, d’autant plus que la Oumma traverse une étape cruciale de son histoire, marquée par la montée des défis et des dangers internes et externes auxquels elle est confrontée. Cette situation, a-t-il dit, traduit chez la Oumma islamique un état de faiblesse générale engendré par la désunion et la discorde entre ses composantes qui, par ignorance ou par fanatisme, transforment les différences confessionnelles en conflits graves qui peuvent parfois dégénérer en guerre. Or cette faiblesse est une aubaine pour les puissances étrangères qui convoitent les richesses du monde islamique. Elle leur sert, en effet, de prétexte pour intervenir afin d’attiser encore plus la discorde entre les musulmans, paralyser leurs forces et avorter leurs efforts de construction et de développement.
Dans une allocution prononcée mercredi matin à l’ouverture de la 3ème réunion du Conseil consultatif supérieur pour le rapprochement entre les Madhahib islamiques, au siège permanent de l'ISESCO à Rabat, le Directeur général de l'ISESCO a précisé que l’objectif principal du message de rapprochement que l'ISESCO s’attelle à promouvoir et à concrétiser sur le terrain est d’éliminer les causes de la discorde entre les adeptes des différentes écoles de pensée islamiques, et ce, en renforçant les liens de la foi qui les unissent et qui doivent se placer au dessus de tous les clivages religieux.
« Les fondamentaux de la foi – croire en Dieu, en Ses anges, en Ses livres, en Ses messagers et en la réalité du Jour dernier ainsi qu’en la réalité de la destinée, qu'elle soit relative au bien ou au mal- ; l’attachement au Saint Coran - le message inaltéré révélé par le Tout-puissant à son prophète Mohamad (Paix et Salut sur lui) – ainsi qu’à la Sunna du prophète qui nous a été transmise par ses honorables et valeureux compagnons ; et la foi en les cinq piliers de l’islam, constituent le dénominateur commun à tous les musulmans. C’est ce qui les rend frères, dans l’acception la plus générale du mot », a-t-il ajouté.
Il a affirmé que le rapprochement, vu sous cet angle, requiert un dialogue inter-islamique à même de favoriser l'échange de savoir religieux entre les adeptes des différentes écoles de pensée islamiques. Cet échange interne va certainement aider à combler le fossé et réduire les clivages en permettant la diffusion des connaissances se rapportant aux différents Madhahib entre tous les musulmans. C’est aussi de cette façon, a-t-il dit, que sera construit le respect mutuel qui est une condition sine qua non du rapprochement. En effet, toute action dans ce domaine restera vaine et ne pourra porter ses fruits en l’absence du respect mutuel dû pour les croyances, les symboles religieux, les idéologies et les efforts d’interprétation entre tous les adeptes des Madhahib. C’est l’une des voies qui mènent vers « la paix religieuse », celle-ci étant un facteur majeur de « la paix civile », non seulement au sein d'une communauté musulmane donnée, mais dans toutes les communautés musulmanes.
Le Directeur général de l'ISESCO a, par ailleurs, affirmé que l’absence de respect mutuel entre les adeptes des écoles de jurisprudence islamiques est une cause essentielle des tensions confessionnelles. Un exemple de ce manque de respect, a-t-il précisé, est les campagnes médiatiques de diffamation et de dénigrement menées à large échelle contre les mères des croyants, telles que les décrit le Saint Coran : (« Le Prophète a plus de droit sur les croyants qu'ils n'en ont sur eux-mêmes; et ses épouses sont leurs mères »), ainsi que contre les valeureux Compagnons du Prophète, dont le Tout-puissant a vanté les mérites dans le Saint Livre.
Il a indiqué qu’au cours des dernières années, sont apparues plusieurs chaînes satellitaires qui propagent des informations calomnieuses et mensongères sur les Compagnons du Prophète (Paix et Salut sur lui) et ses épouses, mères des croyants (que Dieu les agréent). On a également assisté à un foisonnement d’un genre de publications dont les auteurs, souvent cachés sous un faux nom, insultent les Compagnons du Prophète (que Dieu les agréent). Ce faisant, ils propagent une pensée sectaire basée sur des illusions, des mythes et des croyances anachroniques, artificielles et irrationnels véhiculés par certains groupes confessionnels fanatiques.
« Une autre facette tout aussi condamnable de ce manque de respect mutuel est le fanatisme et le puritanisme qui sont les principaux responsables de la propagation de la « pensée excommunicatrice » qui a, elle aussi, ses chaînes satellitaires à travers lesquelles elle sème les graines de la discorde entre les musulmans et incite ses adeptes à attaquer les mosquées et les fidèles en Irak, au Pakistan, en Afghanistan et dans d'autres parties du monde musulman, pour des considérations sectaires abjectes et totalement inadmissibles. Cette démarche revêt un caractère dangereux et risque de saper les efforts que nous déployons tous, chacun dans le cadre de ses attributions, pour rapprocher les Madhahib islamiques », a-t-il ajouté.
Dans tous les cas, a affirmé le Directeur général de l'ISESCO, la diffamation des Compagnons du Prophète - que Dieu a agréés dans Son Saint Coran - et des mères des croyants - que Dieu a purifiées et honorées-, à travers les publications ou les médias, d'une part, et l’excommunication et l’exclusion d’une frange de musulmans non adeptes des écoles de jurisprudence sunnite (Ahl ūs-Sunnah wal-jamāah), de l'autre côté, sont des pratiques totalement inadmissibles. Elles constituent un danger pour le tissu religieux et spirituel de la Oumma islamique, un danger qui doit être éliminé par la promotion accrue du rapprochement, de la modération, du juste-milieu, de la tolérance et du respect mutuel qui doivent prévaloir entre les adeptes de tous les Madhahib islamiques.
Et d’ajouter : « Telle est la mission principale du Conseil consultatif supérieur pour le rapprochement entre les Madhahib islamiques, dont nous nous sommes engagés, lors de sa deuxième réunion tenue ici même en 2008, à activer le rôle dans la diffusion de la culture de rapprochement à travers un certain nombre de mécanismes pratiques qui seront examinés puis adoptés par la présente réunion. Mais, à vrai dire, cette mission nous incombe à tous, que ce soit au sein du Conseil, à l'ISESCO ou dans tout autre domaine de l'action islamique commune, tant il est vrai que les efforts de rapprochement se révèleront vains et inutiles tant que persistent encore ces campagnes confessionnelles fanatiques et ces positions mensongères et perfides ».
Au terme de son allocution, le Directeur général de l'ISESCO a émis l’espoir que la 3ème réunion du Conseil consultatif constituera un pas de plus vers la concrétisation des objectifs de la Stratégie pour le rapprochement entre les Madhahib islamiques, laquelle est devenue, depuis son adoption en 2003 par la 10ème Conférence du Sommet islamique, un document « contraignant » pour les Etats membres de l'OCI et une feuille de route pour un avenir sûr, stable et prospère de la Oumma islamique.
Source: ISESCO