Ian Mansour de Grange, journaliste et écrivain français dans un entretien avec l’Agence Internationale de Presse Coranique(IQNA) a répondu aux questions sur le rôle d’une agence de presse coranique dans le mode d’aujourd’hui. Voici le texte de cette interview :
Permettez-moi, tout d’abord, de vous remercier d’offrir tribune à tous les musulmans désireux de débattre, dans le meilleur esprit et respect mutuel, de notre religion commune, de ses sources, de ses réalités contemporaines et de ses perspectives. En elle-même, cette introduction répond, en partie, à vos trois questions. Sur cette lancée synthétisant celles-ci, il me semble important de déchiffrer ce qu’elles contiennent toutes, en filigrane. Vous avez qualifié de « coranique et islamique », votre agence de presse. C’est très sensé. Témoigner du Message destiné à aider toute l’Humanité à vivre, au mieux, les temps eschatologiques est un devoir fondamental, pour tout musulman ; a fortiori, donc, pour une agence de presse islamique.
Les temps eschatologiques ont commencé avec la mort du prophète Mohamed – Paix et Bénédictions sur Lui (P.B.L.) – qui marque la fin des temps prophétiques. Tous les musulmans s’accordent sur le fait que la Révélation, étalée sur vingt-deux ans et éclairée par la façon, toujours nuancée et équilibrée, de l’interpréter et de la vivre du prophète – P.B.L. – contient tout ce qu’il faut, aux humains, pour bien vivre, en cette vie terrestre, jusqu’au jour du Jugement. Un texte, un contexte, un guide. Tous trois reliés par un même esprit de fidélité et d’adaptation.
Quatorze siècles plus tard, le contexte a changé, pas le Texte, Dieu en soit loué. Quant au guide – P.B.L. – s’il est toujours possible d’appréhender, grâce aux nombreux hadiths de sa sunna, son esprit de fidélité et d’adaptation – le meilleur exemple pour bien vivre, ici et maintenant, en concordance avec Le Principe Immuable – il est apparu souvent nécessaire d’actualiser son enseignement, par le recours à des autorités spirituelles et morales, amenées à éclairer les situations nouvelles. L’importance de ces autorités, diversement reconnues selon les écoles de Droit – et c’est ainsi, je crois, qu’il faut envisager les différents courants de notre Oumma – ne minimisent pas, en dépit de leur accumulation pluriséculaire, la primauté de notre prophète – P.B.L. Il est important de ne jamais oublier cette excellence. Son esprit, puisant au Souffle Divin, nous unit.
Posons-nous, ainsi, la question : comment Mohamed – P.B.L. – jugerait-il les révolutions en cours dans le monde arabe ; demain, peut-être, un peu partout dans les sociétés musulmanes ? L’hypothèse, très vraisemblable sinon démontrée, de leur manipulation, par les ennemis de l’islam – plus banalement, les intérêts égoïstes –n’exclue pas, pour autant, la réalité des iniquités, des injustices et des oppressions de toutes sortes infligées, par tel ou tel dirigeant, à telle ou telle partie du peuple sous sa gouverne. Une agence coranique de presse coranique et islamique doit naviguer entre le soutien à l’indépendance des pays musulmans, vis-à-vis des puissances non-musulmanes, et la ferme défense de la justice et de l’équité, pour tous ceux qui vivent en ces pays. Je dis bien tous : le droit du voisin, dans la cité islamique, est accordé à quiconque accepte le principe de non-agression. Ce n’est pas simple, je vous l’accorde. Mais c’est un impératif, pour la cohérence de notre témoignage au monde.
Musulmans, nous sommes convaincus que le système qui domine, actuellement, le monde est bancal, pour ne pas dire pervers. On le qualifie d’occidental, parce que c’est en Europe occidentale qu’il est né et a effectué ses premiers pas, sanglants. Les révolutions anglaise et française, plus ou moins populaires mais toujours manipulées, ont été des sommets d’horreur. La Bretagne, ma région d’origine, a été ainsi saignée de près de deux cent mille personnes de 1791 à 1800… On aurait beaucoup à dire sur la genèse du capitalisme… Mais bref : ce que je veux dire, surtout, c’est qu’aujourd’hui, ce système, mondialisé, n’appartient plus complètement à l’oligarchie occidentale. D’autres, chinoise, indienne, sud-américaine, arabe, africaine, etc., contestent son hégémonie et tendent à la supplanter.
Cette lutte planétaire des oligarchies est-elle de nature à abattre le système qui les nourrit, au dépend des peuples ? Je crains que non. Une autre dictature est à l’œuvre, sous cette rivalité. Certains l’ont appelée la « chose marchande » et l’on pourrait, plus simplement encore, parler de « dictature de la chose ». René Guénon – 'Abdel Wâhid Yahyâ, de son nom musulman – évoquait le « règne de la quantité » et c’est une autre façon, en effet, de désigner l’œuvre satanique en cours. S’il faut en comprendre le sens spirituel, il faut, aussi, l’analyser, dans son propre langage ; entendre comment elle « fonctionne ». Une agence de presse coranique et islamique ne doit pas craindre d’utiliser les concepts les plus modernes, pour éclairer l’opinion en ce sens. Analyse du contexte contemporain, dans ses fondements. Je crois que ce faisant, une telle agence préparera, au mieux, l’avènement d’un nouveau système, profondément imprégné de l’esprit de fidélité et d’adaptation dont je parlais en exergue.
Un homme, nous en sommes tous, musulmans, persuadés, en incarnera complètement le sens, dans toutes ces dimensions. Mohamed fils d’Abdallah, Al Mahdi, de la lignée de notre prophète – Paix et Bénédictions sur Elle et Eux. Douzième Iman pour les uns, ixième pour d’autres, parfois confondu avec ‘Issa – P.B.L. – dont nous partageons, avec les chrétiens, également, la certitude du retour, il saura, en tout cas, nous montrer, à tous, la voie de l’unité, la voie du combat commun pour l’avènement de la justice, dans l’adoration de Dieu. C’est en la préparation de cette voie qu’une agence de presse coranique et islamique se distingue, sans équivoque, d’une quelconque entreprise d’informations profanes. Une qualité d’être. Une intention droite. Un service lucide. Et Dieu, certes, est Le Savant oua salamou aleykoum ‘ita’ala oua barakatouhou.
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