Le ministère tunisien des Affaires religieuses cherche à reprendre le contrôle de plus de cinq mille mosquées avant le Ramadan, après que certaines d'entre elles furent tombées aux mains d'imams extrémistes.
Près de cent vingt mosquées sont encore contrôlées par des prêcheurs salafistes, selon Ali Lafi, conseiller politique auprès du ministre des Affaires religieuses, Noureddine Khadmi. Ce chiffre était de quatre cents en mars, a-t-il précisé.
Le ministère des Affaires religieuses "traitera de toutes les violations de la loi sur les mosquées" en coopération avec le ministère de l'Intérieur, selon ce communiqué du ministère.
En Tunisie, des dizaines d'institutions ont échappé au contrôle du gouvernement après la révolution. Des imams extrémistes ont utilisé ces lieux de culte pour inciter au meurtre d'artistes et de journalistes ou pour appeler à combattre pour le djihad en Syrie.
Certains groupes ont également tenté d'isoler les imams nommés par le ministère des Affaires religieuses et de les remplacer par des prêcheurs affiliés à la mouvance salafiste.
Début juin, la police a arrêté un imam de la mosquée al-Rahma de Jendouba, dans le nord-ouest du pays, après qu'il eut appelé à tuer des membres de la sécurité.
Depuis des mois maintenant, un groupe salafiste extrémiste, qui s'est heurté à plusieurs reprises aux forces de sécurité, a trouvé refuge dans une mosquée de Jendouba.
Début juin, le ministre Khadmi avait été bousculé à la mosquée de Gazelle à Ariana, à l'ouest de Tunis, par des salafistes qui avaient pris le contrôle de la mosquée, avait indiqué l'AFP. Ils en avaient chassé le ministre et avaient caché ses chaussures lors d'une prière du vendredi.
Khadmi s'est engagé à ce que son ministère surveille les prêches dans les mosquées pour prévenir des incidents tels que les violences meurtrières qui ont fait suite aux commentaires d'un imam à propos d'une exposition d'art très controversée à La Marsa, a indiqué Tunisia Live dimanche 24 juin.
"Un imam n'est pas censé susciter la controverse ni porter atteinte à la réputation des personnes", a déclaré Ali Lafi. "Notre ministère avait au départ choisi de gader le silence sur de tels incidents. Aujourd'hui, nous adoptons une approche plus stricte", a-t-il déclaré.
Un responsable de la mosquée de la Zitouna s'est déjà vu interdire de prêche, après les commentaires controversés tenus lors des prières du 15 juin.
Houcine Laabidi, président du Comité des sciences de la mosquée, avait déclaré que les artistes impliqués dans l'exposition "blasphématoire" au Palais Abdellia étaient des "infidèles" qui devaient être mis à mort.
Sofiene Mseddi, un fidèle de la mosquée d'El Menzah à Tunis, a expliqué à Magharebia : "Nous allions prier avec un imam que nous aimions tous, quand soudain, il a été retiré par la force et remplacé par un extrémiste. J'ai donc décidé de prier chez moi et de ne plus me rendre à la mosquée."
C'est une situation similaire qu'a connue Mohamed Zeitouni, un chauffeur de taxi.
"Je ne peux plus aller à la mosquée Hina après le renvoi de notre imam ouvert et modéré et son remplacement par un imam extrémiste", a-t-il expliqué. "Le discours de ce nouvel imam est tendu et laisse transparaître une grande violence, et même ses sources ne sont pas dignes de confiance."
"Honnêtement, ces imams extrémistes sont un danger pour l'esprit de nos jeunes dans les mosquées. Ils tentent de faire passer des messages remplis de violence, de haine et d'extrémisme religieux qui alimentent le terrorisme", a conclu pour sa part Mustapha Bidani.
Source: magharebia