La Mauritanie souhaite contrôler les mosquées

16:06 - September 11, 2012
Code de l'info: 2409805
Nouakchott(IQNA)- Le gouvernement mauritanien tente de resserrer le contrôle des lieux de culte pour lutter contre la propagation des idées extrémistes, mais ses efforts pourraient se heurter à des attitudes traditionnelles.
La Mauritanie a lancé son premier recensement national des mosquées et des mahdharas. Cette initiative s'inscrit dans le cadre d'une stratégie à long terme destinée à surveiller le rôle des institutions religieuses dans le pays.
"Les nouvelles tendances de l'Etat mauritanien visent à promouvoir le secteur des affaires islamiques", a déclaré le ministre des Affaires islamiques Ahmed Ould Nini lors de la réunion du 22 août de lancement de ce recensement.
Ce nouveau programme est destiné à surveiller les activités des mosquées et à contrôler le contenu des sermons du vendredi et des idées enseignées dans les mahdharas. Cette initiative vise à lutter contre les prêches extrémistes et à empêcher que des idées radicales ne viennent infiltrer la vie des étudiants de la charia qui apprennent pour l'essentiel des méthodes traditionnelles.
Il permettra à la Mauritanie d'actualiser la base de données sur les mosquées et les mahdharas, de les contrôler et d'en savoir plus sur le travail des imams et des étudiants, sur leur niveau d'étude et sur le nombre d'étrangers qui se trouvent parmi eux.
Selon le ministère, il existe 6 718 mahdharas et 5 082 écoles coraniques, qui accueillent quelque 163 912 étudiants. Le pays compte huit mille mosquées au total.
Certains analystes expliquent que l'absence de surveillance par l'Etat des institutions d'enseignement traditionnel et religieux a ouvert la voie à la formation de promotions d'extrémistes qui ont rejoint les camps terroristes au Sahara.
Cette mise à jour des données devrait ouvrir la voie à une surveillance des mosquées et des mahdharas en Mauritanie et au contrôle de leur utilisation dans les campagnes politiques après qu'elles soient virtuellement passées hors de tout contrôle de l'Etat, selon elmohit.net.
Pour tenter d'unifier les sermons du vendredi, le ministère des Affaires islamiques a organisé cette année une série de cours de formation des responsables religieux et lancé un recensement portant sur leur nombre. Mais ces efforts pourraient toutefois se heurter à une opinion conservatrice.
En 2003, le gouvernement avait tenté de faire adopter une loi innovante portant sur l'organisation des mosquées. Bien qu'adopté par le gouvernement, ce projet de loi avait été rejeté.
A l'époque, l'ancien ministre de la Culture et de l'Orientation islamique Iselmou Ould Sidi Moustaf avait été accusé de tenter de faire des mosquées opposées aux directives du gouvernement des "boulangeries" et de transformer les lieux de culte en "institutions de police".
"Les islamistes extrémistes et les radicaux religieux tentent toujours de saborder les plans du gouvernement visant à contrôler le rôle des institutions religieuses en Mauritanie", a expliqué Hamadi Ould Dah, spécialiste du terrorisme et des groupes islamistes. "Le manque d'organisation de ce secteur bénéficie à certains groupes, tandis que son organisation et le fait de ne pas autoriser certains à exploiter le rôle des institutions religieuses pour diffuser un discours extrémiste est dans l'intérêt de la société et de l'Etat."
Mohamed al-Mehdi Ould Mohamed al-Bashir, ancien employé au ministère des Affaires islamiques et de l'Education religieuse, a déclaré à Magharebia : "Le chômage des imams en Mauritanie est ce qui les a incités à se soumettre à ces mesures provocatrices."
Pour sa part, le journaliste Moulaye Ould Baheide a expliqué que les autorités craignent maintenant que les mahdharas puissent devenir des sanctuaires pour des courants politiques idéologiques susceptibles d'être facilement utilisés par les djihadistes. Cette initiative intervient après que les autorités mauritaniennes eurent souligné la négligence des mosquées et des mahdharas, et eurent pris cette décision pour tenter de contrôler les comportements de ces deux secteurs religieux, a expliqué à Magharebia Ould Baheide, employé chez mauritanid.net.
Mais le journaliste met en garde contre le fait que cette nouvelle mesure risque de ne pas être suffisante au vu de l'immunité dont bénéficient nombre d'imams de mosquées et de sheikhs de mahdharas grâce à des personnes religieusement et financièrement influentes dans ce courant politique en Mauritanie.
"Cela ne doit pas être un prétexte pour surveiller les imams ni pour faire de ces institutions des porte-paroles du discours politique", a déclaré Dah Ould Merzoug, imam d'une mosquée de Kiffa. "Les lieux de culte en Mauritanie ont toujours été éloignés de la controverse politique actuelle."
Il a ajouté que les imams mauritaniens ne sont pas opposés à cette idée, mais que "certains ont peur que l'Etat ne tente de contrôler les imams et de leur imposer sa volonté".
Pour sa part, le journaliste Rajel Ould Oumar a expliqué à Magharebia : "Il est désormais nécessaire de réglementer le rôle des mosquées et des mahdharas en Mauritanie au vu de la montée de l'extrémisme et de l'utilisation par les groupes extrémistes des mosquées pour diffuser un discours extrémiste à destination des jeunes. Mais cela doit se faire avec la plus grande souplesse, parce que les lieux de culte en Mauritanie ont un caractère sacré aux yeux d'une opinion publique conservatrice."
Source: magharebia
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