L'étude et la clarification des défis confrontés par le réveil islamique

12:45 - November 19, 2012
Code de l'info: 2441338
Article(IQNA)- Les femmes musulmanes françaises participent au réveil islamique. Cela se traduit par un attachement à la pratique et et porter le voile parmi les enjeux politiques et médiatiques. S’il y a un élément à retenir pour faire avancer la cause des femmes musulmanes en France c'est celui de l'attachement indéfectible qu'elles doivent apporter au savoir.
L'Islam connait un véritable réveil dans les pays occidentaux, particulièrement dans les pays européens. La France n'échappe pas à ce mouvement et le nombre de musulmans se trouvant dans ce pays se situe aux alentours de six à huit millions (les statistiques divergent) à un niveau proche des dix pour cent de la population totale. A ce titre, l'Islam est devenue la deuxième religion de France derrière le catholicisme. C'est en France que se trouve la population musulmane la plus importante d'Europe en termes de nombre de fidèles. Face à cette expansion de l'Islam, des phénomènes de peur et d'islamophobie ont pris de plus en plus d'importance au sein de la société. Ceci constitue un défi pour les musulmans vivants sur le sol européen et en France particulièrement. C'est dans ce cadre complexe fait à la fois d'éléments positifs comme une forte progression de l'Islam et d'élément négatifs comme l'islamophobie ambiante que les femmes musulmanes françaises doivent évoluer, faire leur place, défendre et faire respecter leur identité religieuse. Les défis qu'elles doivent relever se situent à deux niveaux. Premièrement à un niveau exogène dans le rapport que la femme musulmane française doit entretenir avec la société et les instances qui la composent. Elle doit donc se positionner, revendiquer ses droits dans le domaine de l'éducation, dans le domaine de l'emploi, doit se défendre face aux lois liberticides qui visent à la stigmatiser, elle doit lutter contre l'image dévalorisante que la société, à travers les médias et le monde politique montre d'elle. L'autre défi se situe à un niveau endogène, au sein même de la communauté musulmane car la femme musulmane doit lutter contre l'ignorance qui sévit et qui détourne le message islamique au sujet du véritable rôle de la femme, contre des pratiques culturelles qui dénaturent le message islamique.
Le réveil islamique en France et les défis qui se présentent face à lui.
L'Islam est une religion très dynamique en France et sa vitalité se traduit par deux critères, d'une part par le nombre de musulmans, d'autre part par l'assiduité de la pratique de l'Islam. C'est en France que se trouve en termes de nombre la plus importante communauté de musulmans d'Europe. Le catholicisme est implanté depuis des siècles en France mais il voit la population de ses fidèles diminuer et vieillir. Les églises pourtant nombreuses, restent vides. En ce qui concerne l'Islam, au contraire, les lieux de culte, du fait de la poussée du nombre des fidèles, sont insuffisants conduisant les musulmans à prier dans les rue ce qui, nous le verrons, n'est pas sans poser des problèmes. On peut noter que l'Islam en France est passé par trois âges qui vont des premiers temps avec l'Islam des immigrés, arrivés d'Afrique du Nord, venus travailler en France, puis l'Islam des "grands frères" qui représente plus un Islam des banlieues, basés dans des grands ensembles d' immeubles situés à la périphéries des villes, et maintenant un Islam des jeunes, une population diverses composée de nombreux convertis, une population éduquée et qui utilise les nouveaux moyens de communications, qui n'est pas centré sur un quartier mais qui est cosmopolite. De ce fait on passe d'une notion d'Islam en France à un Islam de France, ce qui signifie que l’Islam perd son caractère de religion importée en France par le biais de l'immigration pour devenir une religion qui s'ancre et s'inscrit complètement sur le sol Français. La vitalité de l'Islam français se mesure aussi par la pratique qui est en constante augmentation. En effet, les musulmans français respectent les prescriptions islamiques. Soixante dix pour cent d'entre eux respectent le jeune de Ramadan. Ils prient et fréquentent les mosquées, consomment de la nourriture hallal, les musulmanes portent de plus en plus le voile.
Cette vitalité peut s'expliquer par la diffusion du message islamique par l'intermédiaire des nouvelles technologies comme Internet (vidéo, forum, portail d'information, bibliothèque virtuelle). Les lieux de cultes se sont multipliés, le tissu associatif s'est enrichi. Pour les nouvelles générations de musulmans, il ne s'agit plus de se cacher pour pratiquer la religion comme le faisaient les premières générations immigrées qui évitaient de se montrer dans la sphère publique. On assiste donc à un réel réveil islamique dans les pays occidentaux et en France.
Face à cette vitalité, une vague d'inquiétude et de peur s'est répandue dans une partie de la société française. Inquiétude qui est exploitée par le monde politique. Ceci constitue un défi de taille pour l'Islam de France.
En effet, "la question musulmane" est souvent sur la scène politique et médiatique et elle est placée au cœur de multiples controverses qui visent à remettre en cause la légitimité des musulmans vivant en France qu'ils soient étrangers ou citoyens. De multiples forces ne veulent pas laisser les musulmans en paix. Les attaques proviennent de différentes composantes de la société civile ainsi que du monde politiques.
Ainsi, les musulmans subissent des stéréotypes négatifs qui nourrissent les discriminations en tous genres notamment dans le domaine de l'éducation et de l'emploi. Ces discriminations visent à freiner l'intégration des musulmans dans les tissus sociaux. Leurs pratiques religieuses sont stigmatisées. Les mosquées, les cimetières font l'objet de profanation. D'ailleurs, il suffit que les médias montrent du doigt les musulmans pour que le nombre des actes d'islamophobies augmentent. Ce phénomène est renforcé au moment des élections .Le nombre d'actes islamophobes est en continuelle augmentation. Le CCIF, collectif contre l'islamophobie en France enregistre une hausse de cinquante huit pour cent des actes anti-musulmans en 2011 par rapport à 2010. Malgré la législation européenne interdisant la discrimination fondée sur la religion, les employeurs refusent d’employer des musulmans sous prétexte que de tels symboles culturel et religieux (ex le port de la barbe ou du voile) pourraient déplaire à la clientèle. L'islamophobie se traduit également par l'insuffisance des lieux de culte. Les fidèles sont obligés de prier dehors et les pouvoirs publics interdisent parallèlement les manifestations religieuses comme les prières dans la rue. Les pouvoirs publics refusent les permis de construire pour édifier des mosquées. S’il y a une autorisation, la construction est soumise à une réglementation sévère avec interdiction d'élever un minaret et interdiction de faire l'appel à la prière. On constate donc que l'un des défis de l'Islam de France est de dénoncer et de lutter contre l'islamophobie qui gangrène tous les niveaux de la société. Heureusement, les musulmans s'organisent de mieux en mieux au sein d'association et de collectifs qui répertorient les actes d'islamophobie et les font connaître, organise la défense des personnes agressées. On peut noter les associations comme les Indigènes de la République.
D'autre part, il y a un réel manque de volonté politique des pouvoirs publics pour lutter contre l'islamophobie. Pire, au moment des élections, à des fins électoralistes, les partis politiques font de la surenchère antimusulmane en brandissant un péril civilisationnel que l'Islam ferait courir, en évoquant les racines judéo chrétiennes de la France et cela afin d'attirer un électorat raciste et haineux envers l'Islam. Nous avons pu constater ce phénomène dangereux lors de la campagne présidentielle 2012 ou, pour espérer se faire élire, Nicolas Sarkozy, en mal dans les sondages, n'a pas hésité à faire un appel du pied en direction des électeurs du Front National, parti qui a fait de l'Islam son principal combat. Les électeurs du Front National représentent une certaine population française: des ouvriers, des ruraux, des gens peu éduqués, des gens ayant peur de la mondialisation et des étrangers, qui ont peur pour la perte de leur pouvoirs d'achat, et se replient dans le nationalisme. Nicolas Sarkozy, sachant qu'en ses temps de crises, les sympathisants du Front National sont de plus en plus nombreux n'a pas hésité lors de sa campagne à brandir les thèmes qui peuvent séduire cet électorat. Ainsi il évoque le problème de la viande hallal dans les cantines, les demandes d'horaire de piscine non mixte. Il fait peur en agitant le risque communautaire, le refus du droit de vote aux étrangers dans les élections locales. Ses propos dangereux et inconscient de la part d'un président qui devrait tout faire pour protéger la cohésion nationale tente de dresser un mur psychologique entre les immigrés et les français, entre les français musulmans et non musulmans. Il joue avec le feu. Le défi de l'Islam est de dénoncer ces manœuvres politiques odieuses qui veulent différencier les citoyens à la place de les unir, ces politiques qui jettent la discorde agitant l'Islam comme un épouvantail jouant en cela un jeu très dangereux car les discours politiques islamophobes entrainent une recrudescence des actes racistes et anti musulmans.
Les conséquences pour les femmes
Les femmes musulmanes françaises participent au réveil islamique. Cela se traduit par un attachement à la pratique et l'un des signes visibles de cet attachement est le fait que les femmes musulmanes et particulièrement les jeunes, tiennent à pratiquer et porter le voile conformément aux prescriptions coraniques. Elles sont d'autant plus attachées à leur voile que celui-ci fait l'objet d’enjeux politiques et médiatiques.
Bien malgré lui, le voile est devenu central dans la question de la place, du statut de la femme musulmane en France. Le voile est à la fois un signe de réveil de l'Islam en ce qui concerne les femmes et en même temps un grand défi qu'elles ont à affronter: celui de défendre le port du voile dans la sphère publique.
Le message de l'Islam est venu libérer les femmes des traditions tribales de la Péninsule Arabique qui ne donnaient aucun droit aux femmes. Celle ci pouvaient même être enterrées vivantes sans que cela soit condamné. L'Islam a donné toute sa valeur aux femmes aussi bien au niveau de son individualité en la considérant au niveau de la foi à l'égale de l’homme, qu'au niveau familial en lui donnant des droits d'épouse, de mère et enfin au niveau social en encourageant sa participation dans le domaine social et économique comme l'ont montré les pieuses musulmanes des premiers temps de l'Islam qui sont Khadidja(as), l'épouse du Prophètes(as), sa fille bien aimée, Fatimah la Pure(as) et la fille de celle-ci Zeinab(as). Ces illustres femmes ont montré la voie concernant le rôle de la femme musulmane dans les divers aspects de son existence.
En France, les femmes musulmanes désirent être actives au niveau social tout en pratiquant leur foi. Cela se traduit par le fait de pouvoir, travailler, s'éduquer en gardant leur croyance. Cependant les pouvoirs publics, en légiférant ne veulent pas que ces femmes là investissent le domaine social. Ils veulent les confiner à la maison, les priver de leurs droits agissant en cela comme les plus purs mouvements antiféministe et machistes. Cela paraît incroyable dans le pays qui se dit des Droits de l'Homme et pourtant c'est la triste réalité. La France prive des femmes de ces droits de citoyennes à cause de leurs convictions religieuses.
Le défis des femmes musulmanes en France est de résister contre toutes les lois qui visent à les priver de leurs droits, qui visent à les enfermer, à les considérer comme des pestiférées dans la sphère sociale. Le défi est aussi de refuser de devenir l'enjeu, la "marchandise" des politiques islamophobes. Le défi de la femme musulmane en France concerne essentiellement sa lutte incessante pour préserver son droit. La stigmatisation omniprésente véhiculée au sein de la société par les médias, les propos discriminants que les différents acteurs sociaux ( employeurs, monde de l'enseignement) se permettent en toute impunité (comme par exemple des professeurs de facultés qui demandent à des étudiantes voilées de sortir de leur cours, des interdictions d'entrer dans les banques, les mairies, les collèges pour les femmes voilées) sont autant de facteurs qui poussent la femme musulmane à se replier sur elle et l'empêchent de s'épanouir dans la société. Or, l'épanouissement du rôle de la femme musulmane passe par ces trois critères qui sont l'harmonie l'individualité, le rôle dans la famille et enfin le respect dans la société. En France, le niveau social est l'objet d'une lutte pour les femmes.
Les femmes musulmanes en France sont visées par de nombreuses lois qui les stigmatisent injustement. Leur voile dérange. Les politiques, les laïcs extrémistes, les racistes cachés que l'on peut trouver dans les rangs des biens pensants intellectuels n'ont de cesse de légiférer contre le voile, prenant en otage les femmes pour attaquer de façon plus vaste l'Islam en général.
Ces attaques ont deux raisons. Le voile est un signe visible et ainsi les islamophobes attaquent la visibilité de l'Islam, d'autre part la cible est la femme, ce qui est une cible plus facile car plus vulnérable. Le voile est donc un objet "icône" qui cristallise beaucoup de débats (commission Stasi par exemple) et se retrouve être fait sur la tête des femmes qui sont placées dans la position de l'enjeu.
L'histoire du voile débute en octobre 1989 avec l'exclusion de deux collégiennes voilées à Creil et cela déclenche une importante campagne médiatique. S'en est suivi une forte agitation sociale et beaucoup de débat sur le voile, les femmes, l'Islam, la laïcité. Le décret du 15mars 2004 interdit finalement aux élèves ainsi qu'aux personnels (professeurs, agents) de porter le voile au sein de l'école publique.
Les femmes, jeunes filles résistent. Il y eu des manifestations dans les rue, des collectifs de soutien se sont formés. Le collectif "une école pour tous" dénonce la logique d'exclusion et de discrimination que la loi proscrivant les signes religieux ostensibles à l'école a entraînée. Certaines filles s'inscrivent aux cours par correspondances, d'autres décrochent du système scolaire. Cette situation pour les femmes musulmanes est inacceptable. La loi renvoie les femmes dans leur maison, les prive du savoir au nom de leur conviction religieuse. Pourtant les jeunes filles résistent. Si elles doivent se dévoiler pour aller à l'école, elles remettent leur voile dés la porte de l'école franchie. Quand elles peuvent aller à l'université, elles portent leur voile et les jeunes filles musulmanes françaises qui étudient sont de plus en plus nombreuse dans l'enseignement supérieur et elles le font en étant voilées. L'injustice de la loi, fait qu'elles attachent une importance particulière à garder leur voile quand elles accèdent aux études supérieures. C'est un signe de résistance qui montre que le voile n'empêche pas l'étude et le savoir. C'est la preuve que la femme musulmane voilée peut être cultivée et avide de connaissance et de savoir comme le demande l'Islam qui encourage cette quête de la connaissance.
Mais, le harcèlement que subissent les femmes musulmanes a continué. Une nouvelle année du voile fut inaugurée en 22 juin 2009 par un discours présidentiel annonçant que la burqua " le voile intégral" qui cache le visage n'était pas le bien venu sur le territoire de la République Française. Il faut savoir que le voile intégral est porté que par une minorité de femmes musulmanes de tendance salafiste en France. D'après une note du ministère de l'intérieur datée de 2009, 367 femmes porteraient une burqua ou niqab. D'autres sources parlent de 4000 femmes. En tout état de cause, il s'agit vraiment d'un nombre minoritaire de femmes musulmanes. Pourtant, le gouvernement n'a pas hésité à légiférer pour ces quelques femmes mettant ainsi sur le devant de la scène l'ensemble des femmes voilées et l'ensemble des musulmans, les stigmatisant à nouveau et voulant signifier que l'Islam met en péril les valeurs de la République, que l'Islam ne peut s'intégrer dans le paysage français, qu'ils sont des dangers.
En Septembre 2010, la loi anti burqua fut adoptée. Les femmes portant le niqab sur la voie publique sont verbalisée (une amende de 150euros) la déchéance de la nationalité française a été envisagée ainsi qu'un stage à la citoyenneté .Ces mesures montrent qu'il faut "rééduquer ces femmes là ". Le paradoxe, c'est que prés d’un quart des femmes portant le niqab en France sont converties donc des françaises de souche, ce n'est pas le fait de musulmanes étrangères vivant en France.
Une nouvelle offensive contre les femmes musulmanes eu lieu en Avril 2011 par le ministre de l'Education, Luc Chatel, contre les mères voilées accompagnatrices lors des sorties scolaires. Le 22 Novembre 2011 un jugement du tribunal administratif de Montreuil a reconnu à une école primaire le droit d'inscrire dans son règlement intérieur l'obligation de neutralité pour les parents accompagnant les sorties scolaires. Cela signifie que les mamans voilées qui accompagnent bénévolement pour aider les enseignants lors des sorties scolaires ne peuvent plus le faire. C'est une nouvelle humiliation pour les femmes voilée.
Puis eu lieu le 5 avril 2011 le débat sur la laïcité avec vingt six propositions de l'UMP légalisant la discrimination à l'embauche contre les femmes voilées y compris dans le secteur privé. Enfin, en janvier 2012 eu lieu la loi "anti nounou" loi visant à étendre la neutralité aux structures privées de la petite enfance. Cette loi touche les femmes voilées qui travaillent comme assistantes maternelles, qui gardent des enfants chez elles. Elles doivent recevoir un agrément de la Préfecture et cette loi vise à les empêcher de travailler et de garder des enfants si elles sont voilées.
On constate donc que la France par le biais législatif réduit considérablement les droits des femmes musulmanes en les empêchant d'étudier, de travailler. Ceci d'autant plus que ces lois donnent lieu à des applications sauvages qui sortent du cadre initial de la loi et ce, dans toutes les sphères de la société (discrimination à l'embauche systématique pour les femmes voilées, refus de formation, refus d'accès dans les lieux publics, banque, poste, guichet, logement, loisirs).
On pourrait évoquer aussi la demande des femmes voilées d'avoir des horaires non mixtes pour les piscines, demande qui est constamment rejeté par les municipalités.
De l'avalanche de lois de ces dix dernières années on perçoit bien que le défi de l'Islam en France est de lutter contre la stigmatisation. Stigmatisation qui prend les signes visibles comme tremplin. A ce titre, les femmes et le voile, signe visible, est une arme systématiquement utilisée par les islamophobes aussi bien au niveau politique qu'au niveau social global.
Les femmes doivent en avoir conscience et relever ce défi. Les menaces qui pèsent contre elles sont celle de l'enfermement pour qu'elles disparaissent de la sphère publique. Leur réveil passe par leur opposition et dénonciations face aux attaques injustes dont elles font l'objet aux lois liberticides. A ce titre, elles se mobilisent. Des manifestations ont lieu lors de la promulgation des lois et elles se réunissent en collectifs pour se défendre, pour répertorier les actes discriminatoires dont elles font l'objet et pour faire condamner leurs agresseurs. Ainsi, de plus en plus de femmes osent parler et faire remonter leur plainte par le biais d'associations de défenses si elles ont été victimes d'actes de discriminations.
Le deuxième défi qui concerne les femmes musulmanes a un caractère plus endogène, intrinsèque au réveil islamique lui même. Il s'agit pour les femmes musulmanes de lutter contre l'ignorance due à une mauvaise interprétation du message islamique et les dégâts qui en découlent. Dans divers aspects culturels persistent des traditions, des habitudes qui maintiennent les femmes dans un statut inférieur, qui les enferment dans un rôle réducteur. Les femmes musulmanes en général doivent s'intéresser avec approfondissement au contenu islamique véritable qui concerne les femmes, connaître les devoirs de la femme mais aussi ses droits. Une grande partie de ces droits sont ignorés. La circulation de cette connaissance doit être assurée également, de générations en génération, de mères en filles. Le rôle éducateur de la femme, de la mère est très important. On remarque que malheureusement les mauvaises interprétations du message islamique proviennent des femmes, même si ces interprétations lui sont néfastes. C'est bien souvent la mère qui, en éduquant sa fille dans des habitudes culturelles contraire au véritable droit de la femme musulmane, fait perdurer ses mauvaises habitudes. Il est donc indispensable que les femmes, conscientes de leurs responsabilités dans la transmission s'attachent à découvrir et transmettre les enseignements véridiques islamiques.
Dans cet ordre d'idée on peut noter qu'en France, le renouveau islamique concernant un certain nombre de jeunes musulmans et musulmanes s'inspire de mouvances islamiques se réclamant du salafisme. Le salafisme est une tendance qui s'attache au piétisme du croyant et à la non participation citoyenne. Les jeunes musulmans et souvent les convertis qui suivent cette mouvance accordent beaucoup d'importance aux signes extérieurs de la pratique (port de la barbe, de vêtements spécifiques pour les hommes, de voile intégral pour les femmes). Dans un contexte politique comme décrit plus haut, qui est à l'affut de tous signes visibles pour critiquer l'Islam comme religion contraire aux valeurs républicaines françaises, les salafistes donnent aux islamophobes de bons arguments pour dénigrer la religion musulmane. Il est donc important de noter que le défi de l'Islam en France est de tenir compte du champ miné dans lequel il évolue et de comprendre que s'attacher à afficher coute que coute sa religion est dangereux et contre productif dans un environnement social, politique, médiatique aussi hostile. Ainsi les femmes portant le niqab sont minoritaires mais les politiques se sont servies d'elles et de leurs signes religieux pour discriminer l'ensemble de la communauté musulmane. D'autre part, le mouvement salafiste encourage ces partisans à se désinvestir du champ social car ils le considèrent comme le terrain des mécréants selon leurs propres propos. De ce fait, ils sont opposés au vote, opposés aux manifestations qui visent à condamner les actes islamophobes. Ils encouragent la hijra, c'est à dire l'exil.
Les défis à l'intérieur même de l'Islam est de lutter contre le désengagement prôné par certains courants existant même au sein des musulmans afin que le réveil islamique s'oriente vers des actions concrètes sur le terrain, sur l'engagement et l'organisation des musulmans et des musulmanes aux sein d'associations pour mettre en commun les compétences, les moyens de défenses, pour œuvrer à la construction d'une communauté active qui fera la place sur le sol français à un Islam vivant en harmonie et esprit de tolérance avec les autres composantes nationales.
En Islam, la femme occupe une place de choix dans la société. Force est de constater le rôle déterminant qu'elle a pu jouer dans la construction des civilisations et le facteur de changement et d'évolution qu'elle représente. Sa participation à la réforme sociale est plus qu'évidente mais au fil de l'histoire, le statut de la femme a perdu de son éclat et celle- ci a été reléguée au second plan. Le réveil islamique de la femme musulmane passe par la connaissance véritable de l'Islam. Souvent il s'agira d'une véritable découverte tellement le contenu religieux aura été recouvert par des déviations culturelles très éloignées du contenu islamique. Le réveil passera aussi par la prise de conscience des défis qui apparaitront pour détourner une nouvelle fois les femmes de la connaissance: des défis intérieurs qui pousseront les femmes, sous de faux prétexte dogmatiques, à l'inertie et à la passivité (le salafisme) et des défis extérieurs qui proviendront des attaques incessantes des islamophobes politiques, médiatiques, sociaux qui voudront exclure les femmes musulmanes de la sphère publique en s'attaquant avec acharnement à leur voile.
Néanmoins, malgré cet état des lieux malheureusement réaliste, il existe quelques lueurs d'espoir, de ces lueurs qui viennent anéantir tous les préjugés dont fait l'objet la femme musulmane. Cette lueur, signe que peut être, les temps changent est celle d'une affiche représentant une jeune fille voilée choisie pour promouvoir la prestigieuse Ecole Centrale de Paris. Cette affiche tord le cou à l'équation réductrice : voile = aliénation et archaïsme. Une tête bien pleine dans une tête bien faite même portant le foulard est possible et c'est l'un des pôles d'excellence français en matière de formation de leaders scientifiques qui le proclame. Cette affiche présentant une femme voilée pour promouvoir une Grande Ecole montre peut être l'amorce d'un changement dans la perception sociale de la femme musulmane. Le signe visible, élément si sensible, est utilisé à des fins positives pour une fois. Il est là pour concilier pratique religieuse et savoir. S’il y a un élément à retenir pour faire avancer la cause des femmes musulmanes en France c'est celui de l'attachement indéfectible qu'elles doivent apporter au savoir. Il n'y a que le savoir qui leur permettra avec l'aide de Dieu de ne pas dévier dans le message islamique et il n'y a que le savoir qui leur permettra de se faire respecter. Le savoir, la connaissance représente le bouclier le plus solide face à la bêtise, à l'islamophobie ambiante, aux faux préjugés.
Il est à noté que cet article est réalisé par Mme FARHAT Zeinab, âgée de 42 ans née et vivant en France, musulmane convertie depuis vingt cinq ans, engagée associativement et s'intéressant particulièrement au sujet du voile porté par les femmes musulmanes en France. Intérêt qui a donné naissance à une étude sociologique et psychologique du voile sous la forme d'un recueil: "Paroles et regards de femmes voilées".
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