Six semaines après les controverses soulevées par le film américain L’Innocence des musulmans, portant atteinte au prophète Mohamad, un long métrage égyptien cette fois-ci, Abdo Mota, engage une nouvelle polémique. Car soi-disant les paroles de l’une de ses chansons évoquent Fatma, fille du prophète, en la désignant comme la mère d’Al-Hassan et d’Al-Hussein. La chanson est accompagnée d’une danse du ventre de l’artiste Dina, de quoi être considérée par les uns comme un pur manque de respect.
Résultat : plusieurs associations et factions religieuses ont réclamé le boycott du film écrit par Mohamad Samir Mabrouk et réalisé par Ismaïl Farouq. Elles réclament même l’arrêt de sa projection et appellent les instances religieuses à émettre leur opinion. « Notre intention n’était pas du tout d’injurier les saints ou les personnalités religieuses, mais la chanson évoquait des expressions populaires dont l’usage est fréquent chez les marginaux et les classes les plus démunies », se défend le producteur du film, Ahmad Al-Sobki, durant la première du film. Et d’ajouter : « Nous avons été victimes de ceux qui veulent semer la zizanie, qui pêchent en eau trouble ».
Deux comités ont été formés afin de trancher cette affaire. L’un fut convoqué par le ministre de la Culture et l’autre par l’Union des syndicats artistiques en présence du mufti. Les deux comités ont presque donné leur consentement, jugeant que l’œuvre est « non injurieuse ». Et le réalisateur, Ismaïl Farouq, a, par ailleurs, présenté ses excuses au public.
Par ailleurs, le film Abdo Mota mérite que l’on s’y attarde à cause de sa trame d’histoire basée sur le personnage du baltagui (homme de main), qui a fait des razzias dans la société égyptienne au lendemain de la révolution.
Abdo est un jeune homme, dont la vie est jalonnée de toutes sortes de corruption et de nonchalance. Drogue, sexe, abus de pouvoir, il est prêt à tout. Le film abonde alors d’aventures, de poursuites, de suspense et de scènes violentes, voire sanglantes.
Côté scénario, rien de nouveau sous le soleil. Une énième histoire sociomorale, déjà présentée dans plusieurs autres films, depuis Gaalouni mogrémane (ils m’ont rendu criminel) de Farid Chawqi dans les années 1950, à Tito d’Ahmad Al-Saqqa, en passant par Al-Machbouh (le soupçonné) de Adel Imam et par Al-Horoub (la fuite) d’Ahmad Zaki. Les ingrédients sont presque les mêmes : aventures, action excessive, esprit de vengeance, jusqu’à conduire le principal protagoniste à la délivrance ou à la peine de mort.
Si l’idée du film paraît à la mode, le scénario reste plus ou moins creux. Il cherche à donner corps à un personnage qui plaît à un public d’adolescents, leur servant de modèle à suivre. De quoi inciter certains critiques et sociologues à juger que le film « nuit à l’intérêt public, en ces moments critiques ».
Les dialogues vont de pair avec les scènes, à part quelques effets comiques clichés, des expressions visant à glorifier le super-héros et un lexique qui regorge de termes religieux peu nécessaires. Des tirades verbales qui tombent presque toutes à l’eau, essayant de justifier les crimes de Abdo, le signalant victime d’une société corrompue.
Côté réalisation, la forme est placée au service du fond et le tout sert l’idée de créer un super-héros populaire, un baltagui aimé quoique fautif.
Il faut signaler toutefois la présence d’une belle image qui atténue la crudité de certaines scènes ou certains procédés dramatiques. Mais la beauté visuelle s’avère parfois être un excès, avec des couleurs trop criardes pour un bidonville et des vêtements trop moulants pour un quartier populaire.
Les poursuites entre Abdo Mota et les policiers tout au long du film sont excellentes sur le plan de l’exécution et du tournage. Ces scènes ont été tournées avec des caméras à main ou grâce à la technique Jimmy Jib des caméras mouvantes. Et une bande musicale turque domine l’œuvre donnant une impression très bizarre, malgré sa douceur.
Côté interprétation, tous les comédiens ont excellé dans leurs rôles, bien que certains personnages aient été dessinés par le scénariste d’une façon caricaturale, comme le gros bonnet de la drogue, campé par Sayed Ragab. Une note spéciale peut être adressée au jeune Ahmad Begga qui, responsable du casting et de la production, a merveilleusement interprété le « niais » du coin.
Bref, Abdo Mota est une œuvre qui ne laisse pas indifférent, soit par son contenu épineux ou ses allusions religieuses, de quoi faire couler beaucoup d’encre.
Source: hebdo.ahram