Des musulmans craignent une montée de l'intolérance

13:51 - September 04, 2013
Code de l'info: 2584587
Montréal(IQNA)- Trois jours après que des individus ont déversé du sang de porc sur une mosquée de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, plusieurs membres de la communauté musulmane imputent cet événement au débat sur la Charte des valeurs québécoises, qui engendrerait une montée de l'intolérance.
«Une femme de notre association à la recherche d'un emploi a rencontré récemment une directrice de garderie qui annonçait un poste. Quand elle s'est présentée à l'entretien avec son foulard, on lui a répété: ''non, quittez, il n'y a plus de poste, quittez la garderie''», raconte Ahlem Belkheir, vice-présidente de l'Association des femmes algériennes.
Selon elle, Montréal regorge d'histoires de la sorte depuis que le gouvernement de Pauline Marois a fait de la question identitaire une priorité. Inquiète des répercussions qu'aurait l'adoption de la Charte des valeurs québécoises telle que décrite par les médias depuis quelques jours, Mme Belkheir constate que les femmes musulmanes qui ne portent pas le voile défendent le droit des autres de le porter.
«Si le gouvernement interdit le port de signes religieux ostentatoires des postes de la fonction publique, ce sont nos mères, nos cousines et nos soeurs qui seront touchées. Même si on ne porte pas le voile, on est visées», explique-t-elle.
Une bataille juridique
Le Conseil musulman de Montréal (CMM) annonce déjà ses couleurs: la nouvelle charte sera contestée devant les tribunaux. Des rencontres avec un grand cabinet de Montréal sont prévues afin de préparer une stratégie juridique.
«La charte des valeurs québécoises est décrite comme une pièce législative pour protéger l'égalité homme-femme, mais elle aura l'effet inverse. Des femmes musulmanes qui portent le voile ne l'enlèveront pas. La loi les empêchera de travailler», affirme d'une voix colérique et d'un ton exaspéré Salam El-Menyawi, président du CMM.
«Depuis que le débat est médiatisé, des femmes musulmanes me disent être interpellées ou violentées verbalement sur la rue par des [Québécois de souche] plus souvent qu'avant. Ce n'est pas une charte des valeurs, mais une charte de l'intolérance», dit M. El-Menyawi.
Selon lui, le vandalisme sur la mosquée du Saguenay pourrait se répéter sur des institutions musulmanes montréalaises. Il soutient que le projet de Charte des valeurs attise les animosités «entre les Québécois de souches et les musulmans».
Source: lapresse
captcha