La mouvance anti-islam Pegida débarque en Suisse

9:48 - January 12, 2015
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Berne(IQNA)-Le mouvement annonce une manifestation le 16 février. Les réactions sont vives.

L’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo a donné des ailes à Pegida Suisse. Présente sur les réseaux sociaux depuis quelque temps, la version helvétique de la mouvance anti-islam allemande est passée du virtuel au réel. Une association s’est créée vendredi à Zurich, rapporte la SonntagsZeitung. Une première manifestation aura lieu le 16 février, dans un lieu qui reste à déterminer, selon ses organisateurs qui restent anonymes.
Pegida Suisse? Selon les statuts qui circulent sur Internet, ses buts seraient avant tout identitaires. Il s’agit de «lutter contre le radicalisme, qu’il soit politique ou religieux», de «résister contre les idéologies violentes et misogynes mais pas contre les musulmans intégrés qui vivent ici». L’association veut aussi «mettre en œuvre l’initiative UDC contre l’immigration de masse», «protéger notre culture judéo-chrétienne», «interdire la burka», ou encore «refuser des écoles d’imams.»
Des soutiens à l'UDC
Très controversée en Allemagne, Pegida, en Suisse, bénéficie déjà du soutien du conseiller national Walter Wobmann (UDC/SO), membre du comité d’Egerkingen qui avait lancé l’initiative contre les minarets, ou encore du président des Jeunes UDC. L’identité et le nombre des adhérents de la nouvelle association restent toutefois difficiles à établir.
En Suisse romande, l’écho de Pegida semble pour l’heure faible. Oskar Freysinger, seul élu UDC romand membre du comité d’Egerkingen, n’était pas joignable dimanche. L’UDC Vaud n’a pas abordé la thématique. Mais elle ne soutient pas formellement la démarche, indique son secrétaire général, Kevin Grangier: «Si nous pouvons nous reconnaître dans la volonté de mettre en œuvre l’initiative contre l’immigration de masse ou de ne pas ouvrir des écoles pour imams, il n’y a dans notre politique, aucun combat idéologique contre les musulmans.»
En Allemagne, Pegida réunit depuis trois mois des foules de plus en plus nombreuses pour «dénoncer l’islamisation de l’Occident». Le conseiller national Ueli Leuenberger (Verts/GE) est convaincu qu’en Suisse la mouvance aura moins d’écho. «L’important aujourd’hui est que nous ouvrions le débat pour avancer dans la bonne direction.»
Appel musulman
Différents représentants musulmans de Suisse ont ainsi lancé un appel, hier, dans la presse dominicale. L’imam de Wil et président de la mosquée albanaise veut renforcer le travail de prévention auprès des jeunes, tandis que l’islamologue Rifa’at Lenzin affirme: «Nous, musulmans, devons réfléchir à notre foi et la repenser dans le contexte contemporain.» Et cette dernière de demander la mise en place de conditions-cadres à cet effet, notamment la formation d’imams. «Ils ont entièrement raison, réagit Ueli Leuenberger. Il y a maintenant un projet de formation d’imams à Fribourg. Il faut le soutenir comme tous les projets qui permettent aux musulmans de se réunir dans des locaux de prière dignes, ayant pignon sur rue.»
Autre proposition: la vice-présidente du Forum pour un islam progressiste plaide pour l’interdiction du Conseil central islamique de Nicolas Blancho (CCIS), jugé «dangereux pour la paix religieuse» en Suisse. «Vouloir interdire le CCIS ou former des imams sont de fausses bonnes idées, juge Kevin Grangier. L’important est de pouvoir engager une politique d’intégration qui évite toute forme de communautarisme. Et cela sous-entend une limitation de l’immigration. Pour le reste, j’aime à croire que la très large majorité des citoyens ne se laisse pas instrumentaliser par des discours fanatiques.»
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