
Les anti-islamophobes ont largement gagné la bataille de la mobilisation ce soir à Sarrebruck. La capitale sarroise était sous tension ce soir avec l’appel à manifester de trois organisations radicalement opposées.
Les sympathisants du mouvement Pegida (ouvertement anti-islam), renommé Saargida (Saarländer gegen die Islamisierung des Abendlandes – La Sarre contre l’islamisation de l’occident), avaient prévu un rassemblement en plein cœur de ville, devant la gare et le complexe commercial Europa Galerie. Ils étaient environ 300.
« Soyons colorés plutôt que bruns »
Mais face à eux, 9 000 Sarrois ont défilé de la Ludwigskirche à la vieille ville pour dire "nein" à l’islamophobie et aux amalgames. Non aux néo-nazis aussi. Les principaux partis politiques et les puissants syndicats ont participé à cette marche baptisée "Bunt statt braun". Un slogan qu’on pourrait traduire par "coloré plutôt que brun", soit le multiculturalisme plutôt que le fascisme. Johannes, de Berlin mais étudiant à Sarrebruck, francophone, était dans le cortège avec une pancarte faisant référence aux événements de Charlie Hebdo.
« Il y a évidemment un parallèle avec les événements de France. Les gens de Pegida profitent des attentats de Charlie et de Montrouge pour propager leur haine de l’étranger et des musulmans en particulier. Ce n’est pas bon. A Dresde, où est né le mouvement Pegida, on compte moins de 2 % de musulmans. Ce rejet de l’autre nous inquiète beaucoup », explique l’étudiant.
Pour tenir à distance pro et anti-Pegida et éviter les affrontements, un important dispositif policier a été déployé dans Sarrebruck hier soir. L’ambiance était électrique dans la ville. Chaque camp était cantonné à un bout de la Bahnhofstrasse, artère principale de la ville.
Des Lorrains avec les Pro-Pegida
Un troisième groupe a aussi donné du souci aux forces de l’ordre. Les militants antifascistes allemands, qui n’étaient pas autorisés à manifester, ont pourtant également gagné le centre-ville de Sarrebruck pour en découdre avec les "Pegida".
Les anti-fa ont été fermement maintenus sur un trottoir à proximité de l’Europa Galerie par un cordon de policiers lourdement équipés.
Parmi les pro-Pegida, il y avait des Français dont Bernard Brion, élu FN à Sarrebourg. Geoffrey est venu d’Alsting avec quelques amis et un drapeau lorrain. « On se sent concernés car l’Allemagne connaît les mêmes problèmes que la France avec la radicalisation de l’islam. » Parmi le groupe d’amis, certains ont défilé dans les manifestations « Charlie » à Metz dimanche. C’est le cas de Frédéric qui ne voit rien de paradoxal à participer à la marche en France puis au rassemblement Pegida à Sarrebruck. « A Metz, c’était une marche pour la liberté. Ici c’est pour la liberté et la sécurité ».
Républicain-lorrain