Cette plongée dans l’islam radical est vertigineuse. «Salafistes», le long-métrage de Lemine Ould Salem, correspondant au Sahel de La Tribune de Genève et de 24 heures, réalisé par le producteur François Margolin, dérange. Et sa diffusion en salle ce mercredi fait débat en France, au point que le 19 janvier, la Commission de classification des œuvres du Centre national du cinéma (CNC) a préconisé de l’interdire au moins de 18 ans. En cause: la violence des images et des discours contenus dans les 70 minutes de ce film sans commentaire qui, selon la CNC, fait «l’apologie du terrorisme» et porterait «atteinte à la dignité humaine». Une nouvelle version, allégée de quelques scènes, devait être présentée hier devant la commission de classification. C’est désormais à Fleur Pellerin, la ministre de la Culture, de décider.
«Ce film choquera peut-être mais nous le croyons nécessaire. Nous avons choisi d’écouter des propos que nous ne voulons pas entendre, de montrer des images que nous ne voulons pas voir», avertissent les deux coréalisateurs en guise d’introduction à ce documentaire qui a inspiré le film Timbuktu. Et pour cause. Rien n’est épargné au spectateur. Aux interviews d’idéologues de cet islam obscurantiste, succèdent des scènes de flagellations publiques, d’amputations ou d’exécutions, entrecoupées d’extraits de vidéos de propagande djihadiste.
De Tombouctou au Mali, en passant par Nouakchott en Mauritanie ou Sousse en Tunisie, la parole est brute, sans filtre, et résolument du côté des salafistes. Rarement du côté des victimes. C’est un parti pris. Mais l’absence de commentaire suscite un certain malaise.
Le but de cet exercice périlleux? «Comprendre ce que ces gens ont dans la tête. Aller au fond de leurs pensées pour savoir qui on a en face de nous», explique Lemine Ould Salem, qui a pu filmer pendant trois ans au plus près des djihadistes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) au cœur du Sahara. «Cette démarche impliquait de respecter leurs conditions de tournage et de les écouter, sans jugement ni a priori», poursuit le reporter, qui rejette catégoriquement les accusations d’«apologie du terrorisme». «Pour combattre ces théoriciens de la terreur islamiste, il faut comprendre d’où vient leur folie», poursuit-il. Quant aux images de propagande, «elles existent; tout le monde y a accès sur Internet», ajoute le journaliste qui estime qu’on ne peut pas parler d’Aqmi ou de Daech sans montrer ces vidéos.
L’intention des auteurs de ce documentaire est de montrer pour permettre de comprendre dans le but de mieux combattre. Reste que dans le contexte de tension actuel, il n’est pas étonnant que le gouvernement français se pose la question de savoir si ces images sont à mettre en toutes les mains. (TDG)
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