Une musulmane au Sénat pour défendre «le vrai halal»

10:37 - April 16, 2016
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Hanen Rezgui-Pizette est la présidente de l’Association de défense des consommateurs musulmans (ASIDCOM). Auteur d’un livre sur l’histoire du halal, la Gondecourtoise est allée présenter son travail devant la mission chargée, au Sénat, de réfléchir à « l’organisation, la place et le financement de l’Islam en France. »
Rien ne prédestinait Hanen Rezgui-Pizette, 37 ans, à écrire sur le halal ni à aller défendre son point de vue devant une mission au Sénat, comme elle l’a fait le mois dernier. Ingénieur technique en génie de procédé, sciences et génie des matériaux de formation, la jeune Tunisienne est arrivée en France (Le Mans) après son bac, dans le Nord en 2011, puis à Gondecourt en 2013.
La mère de famille (elle a quatre enfants) est devenue, en 2012, présidente de l’Association de sensibilisation, d’information et de défense des consommateurs musulmans (ASIDCOM) et s’est intéressée au halal. Pourquoi ? « Parce que le halal est une obligation et une liberté religieuse, c’est un droit fondamental. Ses rites constituent un culte musulman dont l’État est garant, déclare Hanen Rezgui-Pizette. Le halal est indissociable de l’islam en France. » Or, regrette celle qui vient de publier La République et le halal, « ce qui est proposé à la consommation est très rarement halal : 95 % des volailles étiquetées halal sont en fait issues de l’abattage traditionnel en France, 100 % dans le Nord. C’est à peu près la même chose pour le bœuf. »
Pourquoi ? Parce que, selon l’auteur, il n’existe plus de lieux où les animaux sont véritablement tués de la manière préconisée par la religion musulmane. « Et puisque le halal est religieux, l’État refuse de contrôler la traçabilité des viandes entrant sur le marché halal et d’enquêter sur les pratiques trompeuses. » Paradoxalement, « c’est la mainmise de l’État sur l’abattage religieux musulman qui a désorganisé les circuits de distribution. »
Une taxe sur le halal pour financer les lieux de culte ?
Hanen Rezgui-Pizette milite pour que la France « respecte l’autonomie des musulmans à se former et à organiser le halal ». En réponse, le sénateur François Grosdidier a, lui, rétorqué en substance que, si l’État n’a pas à rentrer dans les interprétations idéologiques, on ne peut contester son rôle dans le domaine de l’abattage, qui est à la fois de l’ordre du sanitaire et de la protection animale.
Mme Rezgui a aussi expliqué devant les élus de la République qu’elle était favorable à l’instauration d’une taxe sur le halal pour financer les lieux de culte. Cette taxe contribuerait aussi, estime la Gondecourtoise, à l’éducation à la citoyenneté des enfants « par des milliers de bénévoles musulmans ». Or, selon la présidente de l’ASIDCOM, « l’enseignement de l’arabe et l’éducation islamique sont un élément essentiel pour protéger nos enfants des réseaux radicaux. » Car les prédicateurs radicaux séduisent plus facilement les jeunes dépourvus de connaissances religieuses…
lavoixdunord

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