La une du Figaro Magazine fait polémique

10:36 - May 21, 2016
Code de l'info: 3459878
« Saint-Denis, l'isla¬misme » au quoti¬dien, c'est le sujet qu'a choisi de trai¬ter le maga¬zine cette semaine. Le maire, les élus et les habi¬tants dénoncent une « Une raco¬leuse » et envi¬sagent de porter plainte.
« Le Figaro maga¬zine » publie ce vendredi une enquête réali¬sée sur « Molen¬beek-sur-Seine », avec, pour sous-titre « Saint-Denis, l'isla¬misme au quoti¬dien ». La Une du maga¬zine est illus¬trée par une photo de deux jeunes femmes voilées devant la basi-lique de Saint-Denis, l'ancienne abbaye royale.  
La compa¬rai¬son avec Molen¬beek c’est Karim, l’un des cadres de la mosquée Tawhid, qui la fait dans l’ar¬ticle : « Notre ville va deve¬nir Molen¬beek ! Nous sommes cernés par les inté¬gristes. Daech est aux portes de notre mosquée qu’ils veulent forcer pour impo-ser leurs lois obscu¬ran¬tistes ».
Karim a d’ailleurs sa propre théo¬rie pour expliquer l’in¬té¬rêt des inté¬gristes pour la mosquée Tawhid. « Nous sommes à deux pas des sépul¬tures des rois de France et de Charles Martel qui a arrêté l’in¬va¬sion des musul¬mans en 732. Le symbole est fort pour cette poignée de fous d’Al¬lah », analyse-t-il. Quelques lignes plus loin, un jeune explique pourquoi une femme ne doit pas serrer la main d’un homme.
Des jeunes femmes inter¬ro¬gées racontent égale¬ment qu’elles sont terro¬ri¬sées par les inté¬gristes qui les empêchent de circu¬ler libre¬ment. Abdal¬lah, français d'origine tuni-sienne de 30 ans, décrit dans l'article comme « un musul¬man très pratiquant [qui] fait ses cinq prières par jour », s'insurge juste¬ment contre cette progres¬sion des inté-gristes. « Saint-Denis a beau¬coup changé », confie-t-il à la jour¬na¬liste.
Il explique : « Les maga¬sins deviennent commu¬nau¬taires. On trouve de plus en plus de boutiques de vête¬ments isla¬miques, de restau¬rants halal ou des librai¬ries reli¬gieuses ». Face à des jeunes femmes en niqab, il s'insurge : « Ces tenues sont inter¬dites, mais les lois de la Répu¬blique sont bafouées ». Les photos qui accom¬pagnent l’ar¬ticle illus¬trent cette fameuse « isla¬mi¬sa¬tion de la ville ». On voit ainsi des femmes recou¬vertes de la tête aux pieds, des mosquées combles, des fidèles priant sur le trot¬toir.
« Nous refu¬sons cette stig¬ma¬ti¬sa¬tion publique »
Certains s'insurgent contre l'article et les photos. La polé¬mique a commencé dés jeudi soir, avec l’an¬nonce du sujet et notam¬ment le tweet publié par Jean-Chris¬tophe Buis-son, le direc¬teur adjoint du « Figaro maga¬zine » dans lequel il résu¬mait le sujet ainsi : « Trois mois d’im¬mer¬sion chez les barbus ». 
La Une du prochain @Le_Figaro maga¬zine. 3 mois en immer¬sion chez les barbus. Un repor¬tage glaçant et édifiant. pic.twit¬ter.com/tQr3lwVD5j
— J-Chris¬tophe Buis¬son (@jchri¬buis¬son) 18 mai 2016
Le maire commu¬niste de Saint-Denis, Didier Paillard, inter¬rogé dans l’ar¬ticle, a rapi¬de-ment réagi. Il indique dans un commu¬niqué qu'il exami¬nera « atten¬ti¬ve¬ment la possi¬bi-lité de porter plainte », accu¬sant « Le Figaro maga¬zine » « d'alimen¬ter les polé¬miques et les clivages extré¬mistes pour doper ses ventes ». 
« Nous sommes fiers de vivre dans cette ville jeune, popu¬laire et métis¬sée » commu-nique surhttps://t.co/jVu2TPExIKpic.twit¬ter.com/6GCmGt67QL
— Ville de Saint-Denis (@VilleSaintDe¬nis) 19 mai 2016
On retrouve le même ton dans Le Jour¬nal de Saint-Denis, un hebdo¬ma¬daire d'infor¬ma-tion consa¬cré à l'actua¬lité de la ville, dans lequel « les socia¬listes de gauche protestent éner¬gique¬ment contre cette Une raco¬leuse ayant d'abord – à l'évidence – pour objet de vendre du papier par du pseudo sensa¬tion¬nel » et dénoncent « un acte de désin¬for¬ma-tion ».
Plusieurs habi¬tants de Saint-Denis réagissent eux aussi dans « Libé¬ra¬tion » aujourd’-hui, et prennent la défense de leur ville face aux clichés et aux fantasmes qui circulent à la une de certains médias. « Nous, qui vivons, travaillons au quoti¬dien à Saint-Denis, nous refu¬sons cette stig¬ma¬ti¬sa¬tion publique », écrivent les signa¬taires de la tribune.
Sur Europe 1, le rappeur Rost, président du Collec¬tif Banlieues actives a fait part de sa colère : « On fait des projec¬tions dans les quar¬tiers, dans les écoles, pour leur expliquer qu'ils ne sont pas condam¬nés à l'échec. Or, l'image que l'on donne de ces jeunes, ils en parlent, ça a des consé¬quences graves sur leur psycho¬lo¬gie, sur leur construc¬tion. On conti¬nue en perma¬nence à les renvoyer à cette stig¬ma¬ti¬sa¬tion perma¬nente, ça suffit ! ».
Vsd.fr

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