
La troisième instance de dialogue avec l’islam qui s’est tenue lundi Place Beauvau à Paris, c’est un peu son baptême du feu sur un sujet hautement inflammable. «Dans quelques mois, l’islam de France pourra s’appuyer sur trois piliers»,affirme le nouveau ministre. Enfin, on l’espère. «Il se passe quelque chose d’irréversible et de bénéfique pour la société française», poursuit-il.
De fait, il se dessine concrètement un nouveau schéma de l’organisation du culte musulman, avalisé (peu ou prou) par les 200 délégués venus de toute la France. Au côté du Conseil français du culte musulman (CFCM), il y a une Fondation pour l’islam de France, déjà sur les rails et présidée par Jean-Pierre Chevènement, mais surtout une association cultuelle, une sorte de fonds de soutien pour le culte musulman.
Devant l’instance de dialogue, Chevènement affiche ses ambitions. «Un beau programme d’action», dit-il. Il le décline. La fondation pourra financer des bibliothèques, des expositions, des programmes de recherches en islamologie… Le «Che» rêve même d’une chaîne de télévision musulmane. Mais pour le moment, les moyens restent limités, à peine un million et demi d’euros pour la première année. C’est un début, espère-t-on. «Des donateurs potentiels ne voulaient pas apparaître à la création de la fondation. Ils attendent de financer des projets concrets», souligne un expert du dossier.
Cajoleries officiellesLe troisième pilier, c’est la future association cultuelle. «Il faut aller vite et avancer sur sa création», presse le ministre. «Sa concrétisation apportera une aide substantielle au financement du culte», plaide, de son côté, Anouar Kbibech, le président du CFCM. A écouter les délégués, il va falloir pourtant convaincre le terrain. «C’est un schéma qui vient d’en haut. Cela donne l’impression que tout est déjà décidé», s’agace en privé le responsable d’une mosquée.
L’objectif est ambitieux : trouver des fonds et les mutualiser pour construire et entretenir les mosquées, assurer la formation des imams, prendre en charge leurs cotisations sociales… Le dossier est sur la table. L’association devrait naître assez rapidement. Mais reste à trouver les fonds. L’idée est de demander sa contribution à la filière halal, en particulier aux organismes de certification. Le recteur de la grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, laisse entendre qu’ils ne sont pas forcément très enthousiastes. «La confiance doit se gagner. Il faut que les fidèles comprennent où va aller tout cet argent», soutient-il. Les obstacles politiques ne manquent pas. Ainsi, la Grande Mosquée de Paris traîne les pieds, peu satisfaite de la petite place qu’on lui fait dans ces nouvelles instances. Malgré les cajoleries officielles, son recteur, Dalil Boubakeur, boude… Il n’est pas venu, ce lundi après-midi, prononcer son discours.
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