Les informations mensongères peuvent-elles influencer une élection? Journalistes et responsables politiques se sont interrogés ces derniers mois sur les "fake news", ces articles fantaisistes produits à la chaîne, et sur le rôle qu'ils auraient notamment joué aux Etats-Unis. L'ère serait à la "post-vérité", les faits devenus impuissants, et les fausses nouvelles partagées des millions de fois sur les réseaux sociaux. En Indonésie, cette inquiétude est partagée par les autorités religieuses, qui ont décidé de réagir.
Le Conseil des Ulémas a annoncé ce mercredi qu'une fatwa contre les fausses informations était en préparation. Le texte vise à interdire le mensonge et la diffamation chez les musulmans. "Nous allons la produire le plus vite possible car la situation est inquiétante", a promis Maaruf Amin, président de l'institution, cité par Reuters. "Nous espérons que les musulmans ne fabriqueront plus de canulars." Si l'impact de ce décret religieux devrait être limité, il s'attaque à un problème qui a pris d'inquiétantes proportions dans le pays.
Déstabilisation par le piment
Basuki Tjahaja Purnama, connu sous le nom de Ahok, est un homme politique indonésien, candidat au poste de gouverneur de la capitale Jakarta. Alors que l'élection prévue le 15 février approche à grands pas, l'homme est poursuivi pour avoir insulté le Coran. Une vidéo mal sous-titrée d'un de ses discours de campagne mise en ligne sur Facebook a été largement partagée fin 2016. Outre les conséquences judiciaires, des centaines de milliers de manifestants ont défilé à Jakarta pour protester contre le blasphémateur présumé.
Les Chinois d'Indonésie comme le candidat Ahok, minoritaires, sont souvent victimes de ces informations incorrectes ou déformées. En décembre, l'ambassade chinoise a même exprimé son inquiétude face aux rumeurs qui accusaient quatre Chinois d'utiliser "des armes biologiques pour déstabiliser l'économie". Ils avaient été arrêtés pour avoir planté des piments contaminés par une bactérie. Des internautes y ont lu une intention d'empoisonner volontairement les cultures indonésiennes. En 2014, le président lui-même avait été accusé d'être d'origine chinoise durant sa campagne.
Le gouvernement a fort à faire s'il veut contrer la circulation des rumeurs. L'Indonésie est un des pays dont les citoyens sont les plus actifs sur les réseaux sociaux. Une réunion est prévue courant février avec des responsables de Facebook pour discuter des actions à entreprendre.
sfr