La nouvelle version du "Muslim Ban", le décret anti-immigration visant certains pays musulmans, publiée lundi par l’administration américaine, est peut-être atténuée, sa portée n’en reste pas moins discriminatoire et son contenu frappé d’incohérences. Le retrait de l’Irak de la liste initiale des sept pays dont les ressortissants sont interdits d’entrée aux Etats-Unis (avec la Syrie, l’Iran, Yémen, Libye, Somalie, Soudan) s’explique par les "procédures de vérification renforcées" mises en place dans ce pays.
Mais si ce décret entend réduire la probabilité que des attaques se produisent sur le sol américain, en éliminant "des failles que les terroristes islamistes radicaux peuvent et vont exploiter à des fins destructrices", pourquoi la liste arrêtée par les Etats-Unis inclut-elle en particulier ces six pays (en grande majorité) musulmans ? Pourquoi, surtout, la Maison-Blanche s’évertue-t-elle à considérer que le terrorisme islamiste visant les Etats-Unis émane de ressortissants de (ces) pays musulmans ?
Il faut savoir que la grande majorité des attentats islamistes dans le monde sont perpétrés dans les pays musulmans par des citoyens musulmans contre d’autres citoyens musulmans de ces pays. Par contre, les attaques "islamistes" les plus "destructrices" commises aux Etats-Unis sont l’œuvre de citoyens ou de résidents américains, bien que ceux-ci soient originaires de pays musulmans… souvent autres que ceux visés par le décret. Le Soudan a d’ailleurs manifesté mardi sa réprobation, estimant n’être impliqué dans aucun attentat sur le territoire américain.
Pas de trace des Saoudiens
Pour rappel, le déséquilibré radicalisé et adhérant aux thèses du groupe Etat islamique, qui a fait 49 morts dans une boîte de nuit d’Orlando en juin 2016, était un Américain, quoique d’origine afghane. Le couple radicalisé et lui aussi sympathisant de Daech qui a tué à l’arme automatique quatorze personnes en décembre 2015 à San Bernardino est constitué de deux Américains, originaires du Pakistan. L’attentat à la bombe qui a blessé 29 personnes à New York en septembre 2016 est l’œuvre d’un Américain, d’ascendance afghane. L’attaque du campus de Columbus en Ohio deux mois plus tard, qui blessera onze personnes, est le fait d’un jeune étudiant, résident américain, bien que né en Somalie. L’attentat du marathon de Boston en 2013, est réalisé par les frères Tsarnaev, tous deux résidents américains mais d’origine russe (tchétchène). Même constat en Europe : les plus importants attentats islamistes de ces dernières années ont été commis surtout par des citoyens européens, ou alors étrangers mais dont les pays diffèrent du décret.
Quant aux attentats du 11-Septembre, signés Al Qaïda, ils sont l’œuvre de dix-neuf pirates de l’air dont quinze étaient de nationalité saoudienne. Mais la liste du "Muslim Ban" ne mentionne ni l’Arabie saoudite, allié historique des Etats-Unis, ni l’Afghanistan ou le Pakistan.
lalibre