A moins d’un coup de théâtre, le représentant officiel de l’islam turc en France, Ahmet Ogras deviendra le 1er juillet le nouveau président du Conseil français du culte musulman (CFCM), succédant ainsi à Anouar Kbibech. Il s’agit d’une première, puisque jamais aucun responsable turc n’a occupé cette fonction – depuis la création du CFCM en 2003, Algériens et Marocains l’avaient exclusivement présidé en alternance.
Mais cette succession risque bien d’échauffer les esprits. En cause, les liens d’Ahmet Ogras avec l’AKP, le Parti de la justice et du développement, au pouvoir en Turquie depuis 2002 et avec l’entourage, à Ankara, du président islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan. Car Ogras, 46 ans, doit son ascension au sein de l’islam de France à sa belle-famille et les relations qu’elle entretient avec l’AKP d’Erdogan : son beau-frère Ali Hasal et sa belle-sœur travaillent tous deux au palais présidentiel au service des relations publiques.
Arrivé en France à l’âge de 3 ans, Ogras, fils d’ouvrier, a grandi dans le quartier populaire des Rottes à Vendôme (Loir-et-Cher). Ingénieur de formation, il a participé au milieu des années 2000 à la fondation de l’Union des démocrates turcs européens (UDTE), liée à l’AKP et parrainée par Erdogan. A ce titre, Ahmet Ogras était à la manœuvre lors de la grande manifestation franco-turque, en janvier 2012, contre la loi pénalisant la négation du génocide arménien. L’UDTE a également organisé à Cologne, fin juillet 2016, une manifestation en soutien au président Erdogan après la tentative de putsch raté. Et récemment, en Suisse, elle a été soupçonnée de surveiller les opposants au régime turc…
Il y a quatre ans, Ahmet Ogras a «délaissé» le terrain politique pour le religieux. Sans avoir jamais dirigé de lieu de culte ni s’être investi dans ce genre de dossiers, il a été propulsé, à la faveur d’un mini-coup d’Etat, à la présidence du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF). C’est la vitrine officielle de l’islam turc, directement reliée à la Diyanet, le bureau des Affaires religieuses à Ankara. Pour cela, Ogras avait l’appui, selon des sources turques en France, du puissant conseiller aux affaires théologiques de l’ambassade de Turquie à Paris.
liberation