
Les spectateurs américains ont retrouvé le couple dans l’Amérique de Trump, sans que la moindre éclaircie économique n’illumine leur ciel. Confrontée à des sujets de société aussi divers qu’étonnants, ainsi qu’aux travers de ses concitoyens dépeints sans complaisance, « Roseanne » n’a rien perdu de sa force comique et du sens de l’autodérision qui firent le succès de la sitcom.
Pour clôturer cette dixième saison en beauté, ses producteurs ont choisi d’aborder la question sensible des préjugés qui assombrissent l’image des Américains de confession musulmane, et leur corollaire, la montée en flèche de l’islamophobie violente, pour mieux se moquer des islamophobes et démystifier joyeusement les peurs irrationnelles qui éloignent les uns des autres.
Comment faire sourire et réfléchir intelligemment dans les chaumières, sans offenser et nuire à celles et ceux qui ont été diabolisés comme jamais par Donald Trump, le sombre démagogue de Washington, sont éternellement abonnés aux rôles des méchants ou des pasionaria de l’islam à Hollywood, ou encore derrière lesquels l’Occident voit des terroristes en puissance, frémissant dès que la formule Allah Akbar est prononcée ou qu’un exemplaire du Noble Coran est aperçu dans des mains innocentes ? La série « Roseanne » est-elle parvenue à relever ce défi de taille et à flatter autre chose que les bas instincts ?
Oui, indéniablement, et elle s’en tire même avec les honneurs pour Nihad Awad, le directeur exécutif du Conseil sur les relations américano-islamiques (CAIR), l’association musulmane phare des Etats-Unis, qui ne saurait trop conseiller à ses coreligionnaires de regarder en famille ce dernier épisode mémorable, drôle et émouvant à la fois.
« J’apprécie beaucoup que la réalité de l’islamophobie et de sa recrudescence soit reconnue par la série Roseanne », a-t-il tweeté, riant encore à l’évocation du vent de panique qui a soufflé sur la maisonnée, lorsque Roseanne et son époux ont appris, avec effroi, que leurs nouveaux voisins, les Hazaris, étaient musulmans…
Leurs cerveaux en ébullition ont alors imaginé les pires scénarios catastrophes, convaincus de vivre à côté de redoutables terroristes, déterminés à tout faire sauter autour d’eux, et épiant leurs moindres faits et gestes, en proie à une angoisse irrépressible qui entraînera un délire collectif : le mot de passe wifi des Hazaris ne pouvait que sonner comme un cri de guerre « DeathToAmerica », quant aux engrais utilisés pour fertiliser leur potager, ils leur servaient forcément pour fabriquer leurs bombes, car c’est un fait bien connu que les engrais ont un tel pouvoir… explosif !
« Je te le dis, c’est ce que font les Irakiens et les Talibans, ils se cachent dans des quartiers comme le nôtre, tu ne regardes pas les infos ? », s’emporte Roseanne, manifestement influencée par la propagande islamophobe et autres énormités distillées par les médias, notamment par la chaîne ultra-conservatrice Fox News, comme le lui fait remarquer un autre personnage de la série, en ironisant sur la rhétorique anxiogène de la droite américaine. « Vous ne voulez pas dire les infos, vous voulez dire Fox News », lui rétorque-t-il de manière sarcastique.
Heureusement, tout est bien qui finit bien, puisque Roseanne et les siens finiront par se libérer de leur anxiété sclérosante pour réaliser que les musulmans sont des citoyens comme les autres et que leurs voisins, objet de leurs plus noirs fantasmes, forment une famille formidable.
Si ce « Happy end » a touché Nihad Awad, l’un des fers de lance de la lutte contre le fléau de l’islamophobie et de la défense des droits des musulmans américains, il n’a en revanche pas fait verser une larme à ceux qui ne pardonnent pas à Roseanne Barr, la star de la série, ses prises de position passées. Ces internautes américains en colère ont ainsi rappelé opportunément sur les réseaux sociaux son militantisme en faveur de Donald Trump, quand ce dernier battait la campagne en électrisant les foules, et exhumé ses propos abjects proférés contre les musulmans, les Arabes, les Palestiniens et les militants pro-palestiniens, qualifiés de « nazis ».
Restés de marbre devant l’heureux dénouement de la saison 10 de « Roseanne », ils se sont chargés de rafraîchir la mémoire de leurs concitoyens, en faisant resurgir le hashtag #BoycottRosanne qui avait été lancé contre la femme-orchestre du show-business américain et ses opinions. Des opinions dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles contrastent fortement avec la tolérance dont Roseanne Barr fait preuve, ou plutôt le personnage qu’elle incarne, dans le dernier épisode de la série éponyme.
La réaction très positive de Nihad Awad, directeur du CAIR
Just watched it. I laughed and was moved as well.
I appreciate .@therealroseanne'srecognition of rising Islamophobia in the US. #Islamophobia is real. It impacts American Muslim families and children. #Roseanne#CAIR pic.twitter.com/2e2holBGid
— Nihad Awad نهاد عوض (@NihadAwad) May 9, 2018
“Est-ce que Roseanne a présenté des excuses pour avoir tenu, à plusieurs reprises, des propos blessants contre les Musulmans, les Arabes, les Palestiniens ?”, s’est insurgé l’un des nombreux twittos en colère.
This is where the politics and rhetorics of the star matter. Has Roseanne apologized for her many offensive comments about Muslims, Arabs, Palestinians? "Roseanne" doing an episode about Muslim neighbors at Roseanne Barr's urging https://t.co/vanH4FL56X via @ew
— Wajahat Ali (@WajahatAli) May 8, 2018
oumma