11:06 - October 12, 2019
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Au Havre, la communauté musulmane passe par le biais de plateformes de financement participatif pour financer ses projets de lieux confessionnels. Avec plus ou moins de réussite.
Si l’aumône aux démunis selon sa richesse (la « Zakat ») est le troisième pilier de l’Islam, donc obligatoire, les musulmans sont régulièrement sollicités cette fois sous la forme de dons (« Sadaqqa ») pour apporter leur contribution financière, matérielle ou autre en vue d’aider directement les nécessiteux ou l’élaboration de projets.
 
C’est actuellement le cas par l’association Foyer marin en vue de créer un centre culturel doté d’une salle de prière, à l’angle de la rue des Chantiers et de l’avenue du 16e-port, en bordure du quartier des Neiges.
 
Foyer marin
Pour l’heure, l’immeuble de deux étages et combles ayant, par le passé, accueilli en pas de porte une supérette Corsaire, n’a pas subi de transformations visibles. L’association annonce vouloir permettre aux musulmans de la ville du Havre de pratiquer le culte par l’organisation des prières quotidiennes et celles des vendredis, de leçons et conférences pour expliquer les enseignements de l’Islam, par l’apprentissage de l’arabe ainsi que la préparation du repas de rupture du jeûne du ramadan. Depuis les années 70 et jusqu’en 2016, la salle de prière du foyer de travailleurs immigrés Adoma - Le Marin, boulevard Amiral-Mouchez, permettait d’accueillir les fidèles.
 
Si le centre venait à voir le jour, il s’ajouterait aux mosquées Al Oumma, quartier Brindeau, Ennour à la Mare-Rouge et Fatih Camii au Mont-Gaillard. Liste que l’on complétera avec le centre Essalam, également à la Mare-Rouge, ou encore le Centre islamique du Havre (CIH), à Caucriauville.
 
S’il voit le jour, car les porteurs du projet risquent bien de se confronter à la difficulté de lever des fonds. Sur les réseaux sociaux et sur leur site Internet, ils en ont appelé à la générosité des musulmans, citant des propos rapportés du prophète : « Celui qui bâtit une mosquée pour Allah, il lui bâtira une place au paradis ». Lancée il y a un peu plus d’un an, la collecte n’a pourtant permis de rassembler « que » 42 000 € sur les 350 000 € nécessaires pour bâtir et aménager l’ensemble. Seul le temps permettra de répondre.
 
« L’unique frein en nous-mêmes »
Du temps, l’association des musulmans du Havre (AMH), déjà vieille de près d’un quart de siècle, devra également s’en donner si elle veut voir arriver à terme son projet sous la forme d’un « waqf » (donation faite à perpétuité) d’acquisition d’un immeuble, rue Aristide-Briand, implanté sur un terrain de 450 m², en vue d’apporter, grâce aux loyers acquis par la suite, plus d’indépendance financière aux mosquées Essalam et au CIH qu’elle a, par le passé, réussi à faire ériger, mais dont l’ensemble des charges de fonctionnement est estimé à 12 000 € par an. Coût de l’investissement : 250 000 €.
 
La difficulté de la collecte des dons, Ibrahim Wane s’y est heurté. Au point aujourd’hui de douter de la faisabilité de son projet. « Je quitte la région et il y a fort à parier que tout cela soit abandonné. À moins qu’une nouvelle équipe ne prenne le relais. »
 
En 2016, après l’acquisition de l’ancien presbytère de l’église Saint-Jean-Baptiste, rue Théophile-Gautier dans le quartier de Bléville, il envisageait, si possible dès la rentrée 2017, d’ouvrir une école musulmane, dans un premier temps hors contrat : l’école Maurice-Bucaille, du nom de cet ancien médecin normand ayant pratiqué auprès de la famille du roi Fayçal d’Arabie et rédigé plusieurs ouvrages affirmant que le Coran serait conforme aux théories scientifiques modernes.
 
Le permis de construire obtenu en juin 2018, le chantier pouvait débuter. Si des travaux de cloisons et une extension ont bien été réalisés, on est loin d’imaginer des élèves dans ce qui devait devenir un établissement confessionnel. Ibrahim Wane a pourtant multiplié les collectes sur de nombreux marchés du Havre, sollicité les dons via Internet et distribué de nombreuses petites tirelires vertes. Mais il y a un an, alors que le projet prenait du retard, il s’alarmait sur sa page Facebook. « Notre seul et unique frein est encore une fois en nous-mêmes. La majorité des personnes engagées à investir 500 € n’ont pas encore donné suite... Nous avons également sollicité le soutien d’associations de mosquées, mais nous restons sans réponse de leur part. »
 
Le coût de l’aménagement complet du bâtiment avait été estimé également à 250 000 €. À plusieurs reprises, le projet avait été gelé. Peut-être cette fois définitivement.
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