10:22 - January 28, 2020
Code de l'info: 3471839
Akinola Olujo, chercheur à l'Institut d'études de sécurité (ISS) d’Afrique du Sud, estime que les gouvernements de la région ont des réactions trop faibles face aux groupes terroristes comme Daesh, et que les pays africains doivent être plus conscients du danger.

Dans un entretien avec l’Agence iranienne de presse coranique, il a déclaré : « Les développements récents en Afrique et en particulier dans la partie ouest du continent, montrent qu'après la défaite de Daesh en Syrie et en Irak, ce groupe terroriste recherche une présence généralisée en Afrique, et tente d'infiltrer le continent en profitant des problèmes sociaux et de la faiblesse des gouvernements africains. Cela a suscité des inquiétudes dans les gouvernements ouest-africains qui ont tendu la main à d'autres pays et organisations internationales pour lutter contre ce groupe terroriste ».
 
Akinola Olojo, spécialiste des menaces transnationales et des crimes internationaux, a aussi déclaré :
« La prolifération de la violence des éléments affiliés à Daesh et à d'autres groupes terroristes en Afrique, découle en grande partie, de la mauvaise compréhension et de la faible réponse des gouvernements à ces groupes. La réponse du gouvernement à l'extrémisme violent en Afrique de l'Est et de l'Ouest, exige un recours à la force ou à ce que l'on peut appeler une confrontation militaire. L'approche armée a des outils et ne doit pas être ignorée.
 
 Cependant, après plus d'une décennie de lutte contre les groupes terroristes en Afrique, des éléments montrent clairement que le problème auquel sont confrontés les pays touchés, est complexe et nécessite une stratégie multilatérale. Le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger sont militairement actifs dans la région de la côte, mais n'ont pas encore atteint les résultats souhaités. 
 
En fait, malgré la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi, l’ancien chef de Daesh, les groupes affiliés à Daesh en Afrique, maintiennent leur présence et poursuivent leurs attaques. Il ne faut pas oublier que ces groupes sont transnationaux en termes logistiques et idéologiques. En outre, il est important de noter que la complexité de ces défis est le résultat de décennies de mauvaise gouvernance et d’une mauvaise mise en œuvre des politiques de lutte contre le terrorisme. Après la défaite de ce groupe terroriste en Irak et en Syrie, l’Afrique est devenu un endroit pour se renforcer et se reconstruire. 
 
Cela est évident quand nous voyons le nombre de terroristes qui ont voyagé d'Afrique en Irak et en Syrie. On estime que 10000 personnes ont rejoint le groupe uniquement en provenance d'Afrique du Nord, et l'Afrique est devenue un champ de bataille et de concurrence entre al-Qaïda et Daesh qui cherche chacun, à étendre leurs zones d'influence. Bien sûr, certains groupes terroristes existaient déjà dans les pays africains. 
 
Par exemple, Boko Haram est actif dans le nord du Nigéria depuis plus d'une décennie, et d'autres groupes comme Al-Shabab sont actifs en Somalie et en Afrique de l'Est, depuis de nombreuses années. Actuellement, il existe des groupes comme ISWAP en Afrique de l'Ouest et Boko Haram au Nigéria, et des pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso sont également des pays à risque en raison de la présence de Daesh dans le Grand Sahara. Les jeunes rejoignent ces groupes terroristes pour diverses raisons. 
 
Certains sont attirés par leur discours idéologique ou par la recherche d'un sentiment d'identité. D'autres rejoignent ces groupes pour des raisons économiques ou politiques, ou pour venger le meurtre d'un membre de la famille ou d'un ami par les services de sécurité. L’itinéraire de chaque individu est différent. A mon avis, pour contrer la menace que représentent ces groupes et leurs affiliés en Afrique, il est nécessaire de renforcer la coopération régionale, en particulier dans le domaine du renseignement. 
 
Deuxièmement, les cadres de la justice pénale et des droits de l'homme doivent être améliorés, car le manque de motivation dans ces domaines, encourage certaines personnes à rejoindre les groupes terroristes. Troisièmement, il faut régler les problèmes économiques et les défis de gouvernance qui affectent ces sociétés. Quatrièmement, il faut renforcer l'engagement avec le secteur privé sur des questions comme la fourniture de solutions technologiques et un contrôle plus efficace des frontières. 
 
Cinquièmement, il faut combattre l'idéologie de Daesh et d'autres groupes terroristes, par le biais des responsables des communautés locales et des religieux. Sixièmement, les organismes chargés de l'application des lois doivent être améliorés et équipés d'outils technologiques pour détecter, suivre et empêcher les opérations terroristes en temps opportun, conformément au droit international. Enfin, un engagement plus profond entre les gouvernements et les acteurs communautaires, y compris les organisations de la société civile (OSC), les groupes de femmes, les groupes de jeunes, les institutions traditionnelles et bien sûr, les associations de victimes d'attentats terroristes, est nécessaires. 
 
Les communautés des pays touchés ont un rôle important à jouer dans la lutte contre l'extrémisme violent, car les gouvernements ne peuvent pas à eux seuls, résoudre ce problème. En particulier, la communauté musulmane est concernée. Ces groupes terroristes détournent les principes et les enseignements islamiques. 
 
La communauté musulmane a également souffert de violences terroristes, de nombreuses mosquées ont été attaquées dans certains pays et des musulmans ont été tués. Pour condamner les actions de ces groupes terroristes, nous avons besoin d'une voix plus cohérente et plus large, dans la société islamique. En outre, les érudits et les religieux ont un rôle important car ils connaissent les éléments de base de l’idéologie des groupes terroristes. 
 
Un exemple a été vu en 2005, lorsque le savant islamique d'Oxford, le cheikh Mohammad Afifi, a publié un livre (et une fatwa) contre l’idéologie de ceux qui avaient perpétré les attentats de juillet 2005 à Londres. L'influence du clergé sur la mobilisation publique et la résistance au terrorisme, est très importante comme le précise un article de 2018 de l'Institut d'études de sécurité (ISS) qui souligne que les religieux musulmans peuvent arriver à changer l’idéologie de Boko Haram ».
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