10:26 - February 27, 2020
Code de l'info: 3472109
Téhéran(IQNA)-Comme le ministère de l'Intérieur, l'association observe une hausse des actes et insultes visant des personnes supposément ou réellement musulmanes. Une hausse alimentée selon elle par le climat médiatique et politique.
2019, année peu reluisante sur le plan du racisme antimusulman. C’est le constat que dressait ce mardi matin le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) à l’occasion de la publication de son rapport annuel. L’association d’aide juridique affirme avoir été saisie à 2 000 reprises au sujet d’actes ou propos islamophobes (c’est-à-dire des agressions ou insultes motivées par l’appartenance réelle ou supposée d’une personne à la religion musulmane) l’année dernière et, après recoupements, arrive au nombre de 789 faits avérés. Soit une hausse de 17 % par rapport à 2018, et de 77 % en deux ans. De son côté, le ministère de l’Intérieur, dont la méthode de calcul est différente, a dénombré 154 faits antimusulmans en 2019, en hausse de 54 % par rapport à 2018.
 
Un faible taux de déclaration
Si les autorités y voient surtout des atteintes contre les lieux de culte, les faits recensés par le CCIF sont pour leur part constitués à 59 % de discriminations. Celles-ci visent dans leur grande majorité des femmes (comme lorsque deux d’entre elles se sont vues refuser d’installer un stand sur une brocante dans le Nord, ou qu’une exposante a été exclue d’un «salon de la femme» à Béziers), dont près des deux tiers seraient le fait d’administrations publiques. Qu’il s’agisse des données gouvernementales ou de celles du CCIF, elles sont de toute manière considérablement sous-estimées, compte tenu du faible taux de déclaration des actes racistes dans l’ensemble.
 
Pour le CCIF, l’ambiance du moment n’est pas à négliger dans cette aggravation : «La cadence des déclarations politiques et médiatiques entraîne une augmentation des actes», selon le directeur exécutif de l’association, Jawad Bachare. Il est vrai que 2019 n’a pas été avare en polémiques et événements à même de susciter l’inquiétude des musulmans vivant en France et d’exciter les racistes : attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande le 15 mars, énième polémique sur les mères accompagnatrices de sorties scolaire portant le foulard, dont l’une d’elles sera publiquement agressée par un élu RN lors d’un conseil régional… En octobre, tandis qu’Eric Zemmour obtient une émission quotidienne sur CNews, un climat de suspicion visant les policiers musulmans s’installe à la suite de l’attaque de la préfecture de police de Paris, et la quête des «signaux faibles» de radicalisation conduit à jeter le soupçon sur des pratiques religieuses banales.
 
Cette atmosphère a culminé le 28 octobre, quand un ancien candidat FN aux régionales a attaqué une mosquée à Bayonne et blessé deux personnes par balles. Face au phénomène, le CCIF appelle entre autres à «reconnaître l’islamophobie comme une forme spécifique de racisme», à former les employeurs sur la législation anti-discrimination et à ce que les médias invitent des «experts issus d’institutions indépendantes reconnues». Vaste chantier.
 
 
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