9:42 - December 01, 2020
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Téhéran(IQNA)-L'Unesco vient officiellement de lancer le concours international d'architecture pour reconstruire la mosquée emblématique Al-Nouri de Mossoul. L'édifice religieux datant du XIIe siècle avait été gravement endommagé dans les combats visant à chasser le groupe terroriste Daesh de la ville irakienne.
La mosquée Al-Nouri est le monument emblématique de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, le lieu ancestral où s’organise la vie sociale des habitants. L’édifice religieux et son célèbre minaret incliné d’Al-Hadba ("la bossue") ont réussi à traverser l’histoire tourmentée du pays depuis la seconde moitié du XIIe. Jusqu'à ce mois de juillet 2017, où les partisans de Daech l'ont dynamitée...
 
C'est de là, le 4 juillet 2014, que le chef du groupe terroriste Abou Bakr al-Baghdadi avait proclamé son pseudo "califat", dans la première et quasi unique apparition du "fantôme". Ces images avaient fait le tour du monde. Pendant trois ans, les terroristes vont ensuite faire la loi dans la ville, avant d'en être chassés par l’armée irakienne et les troupes de la coalition.
 
Dans leur retraite, les terroristes détruisent de nombreux bâtiments du centre historique de la ville, et notamment la mosquée Al-Nouri. Ce joyau de la civilisation islamique sera gravement endommagé, mais pas complètement détruit.
 
Aujourd’hui, la première phase de déblaiement a commencé. Mais pour les experts de l'Unesco, ce n'est pas simple. Ils ont retrouvé des charges non explosées dans la mosquée et dans les environs. "Il faut faire très attention, explique Paolo Fontani, représentant de l’agence onusienne en Irak. Le déblaiement est un travail délicat, le nettoyage de la ville compliqué. Il ne s’agit pas de faire de nouvelles victimes."
 
Réhabiliter un noyau urbain historique
Mossoul a été dévasté, notamment le centre-ville, à l’ouest du Tigre, où plus de 12 000 bâtiments ont été détruits. "L’idée de la reconstruction, poursuit Paolo Fontani, n’est pas de tout reconstruire, mais de réhabiliter un noyau historique pour donner une idée de ce qu’a été la ville."
 
Au cœur de ce projet, il y a bien sur la mosquée Al-Nouri. Une partie a été miraculeusement préservée. Des façades et des briques du minaret ont pu être récupérées. Les colonnes de la salle des prières, en marbre de Mossoul, sont tombées en pièces sur le sol. Elles aussi pourront être remontées.
 
Le concours architectural de l’Unesco porte sur un projet conceptuel, qui comprend la conservation des structures restées debout, la réhabilitation de certains bâtiments historiques et leur intégration dans de nouveau projets, et l'aménagement paysager de l'ensemble du site.
 
Pour la mosquée Al-Nouri, l’idée est de préserver la silhouette de l’édifice mais de réaménager les alentours, et notamment deux églises (Al-Tahera et Al-Saa’a). Le projet est financé principalement par les Émirats arabes unis, le Japon, le Canada et des pays européens.
 
Les technologies les plus modernes sont utilisées pour le projet. Des experts doivent venir prochainement sur place pour réaliser une cartographie en 3D de la ville, en particulier de son centre historique.
L'église Al-Saa'a réhabilitée par l'UNESCO
L'église Al-Saa'a réhabilitée par l'UNESCO
 
Un coup de pouce à l'économie locale
Reconstruire l’esprit de Mossoul, c’est aussi relancer l’économie locale. "Il s’agit de redonner un élan à la ville, insiste Paolo Fontani. Jusqu’à présent, nous avons créé entre 600 et 700 emplois, mais notre objectif est de parvenir à 3 500. Nous utilisons à 95 % de la main-d’œuvre locale. Nous employons de nombreux architectes, ingénieurs, maçons."
 
Car au-delà de la réhabilitation du patrimoine historique de la ville, il s’agit de relancer la vie culturelle et artisanale, ainsi que le système d’éducation, largement appauvri durant les années noires de Daech.
 
"La reconstruction de la mosquée Al-Nouri et de son minaret est plus qu’une reconstruction de pierres, souligne Saad Kambash, président des biens religieux (Waqf) sunnite d’Irak. Il s’agit de raconter l’histoire de tous les gens qui ont défié la mort pour donner de l’espace à l’espoir et laisser l’humanité vivre."
Le chantier de réhabilitation est mené à 95% par de la main-d'oeuvre locale
Le chantier de réhabilitation est mené à 95% par de la main-d'oeuvre locale
 
Déjà plus de 80 cabinets d’architecture ont montré leur intérêt pour participer au concours de l’Unesco lancé le 16 novembre 2020, et dont le gagnant sera annoncé le 15 avril 2021. 
 
"L’épidémie de Covid-19 a ralenti le chantier sur place, mais ne l’a pas interrompu, alors que Mossoul a été complètement confiné, précise Paolo Fontani. Nous étions les seuls à avoir l’autorisation de travailler."
 
Pour les autorités irakiennes, la renaissance de Mossoul est une priorité pour tourner la page noire de Daech. L’Unesco espère terminer le chantier d’ici à 2024.
 
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