La pauvreté et la guerre ont fait que de nombreux droits sociaux et l'attention à la santé, en particulier dans le domaine des femmes et de l'éducation, ont été laissés de côté, dans ce pays.
Les femmes somaliennes sont confrontées à l'analphabétisme, aux mariages forcés et aux préjugés ethniques et tribaux, qui peuvent empêcher les femmes d'accéder à l'éducation et aux établissements de santé, ce qui se traduit parfois, par des handicaps, des mutilations et même des risques de mort pour les femmes et les filles.
Les efforts d’Hawa Abdi pour améliorer la situation des femmes en Somalie, dans ces conditions difficiles, a suscité l'admiration du monde entier.

Hawa Abdi est née en 1947 à Mogadiscio, la capitale de la Somalie. Le père de Hawa travaillait dans le port de Mogadiscio, et sa mère est décédée quand elle avait 12 ans. Abdi a donc dû assumer les responsabilités familiales, notamment élever ses quatre jeunes sœurs, et à cette époque, comme beaucoup de filles somaliennes, elle fut contrainte d’épouser un homme beaucoup plus âgé qu’elle qui était policier. Ce mariage arrangé a pris fin plusieurs années plus tard.
Dans une interview accordée à News Ghana en 2013, Hawa a déclaré : « Quand j'étais petite, ma mère est décédée suite à un accouchement. J'étais très triste, ma mère souffrait sous mes yeux, mais je ne pouvais pas l'aider. Quand elle est morte, j'ai ressenti une douleur très profonde. Beaucoup d'enfants ont perdu leur mère comme moi. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de devenir médecin. Je voulais éviter aux générations futures et aux enfants, la douleur que je ressentais. En Somalie et dans ma communauté, il était inhabituel pour une femme, d’étudier la médecine. La Somalie était encore une colonie à cette époque, et il n’y avait même pas de femmes médecins parmi les Italiens et les Britanniques ».
Hawa a reçu une bourse du Comité des femmes de l'Union soviétique en 1964, pour étudier dans un institut médical à Kiev, en Ukraine, et a obtenu son diplôme en 1971. C'est là qu'elle a rencontré Aden Mohammad, qu’elle a épousé en 1973. Abdi a donné naissance à son premier enfant deux ans plus tard.

L’année suivante, elle a commencé à étudier le Droit à la nouvelle Université nationale de Somalie, à Mogadiscio. Elle pratiquait la médecine le matin et étudiait le Droit pendant son temps libre. Finalement, en 1979, Hawa réussit à obtenir son diplôme de Droit.
Hawa a déclaré : « Lorsque j'ai terminé mes études en Union soviétique, je suis revenue en Somalie. À cette époque, les gens étaient opprimés. Il n’y avait pas de débat ni de liberté d’expression. A l'hôpital, je voyais des femmes enchaînées à leur lit. C'étaient des femmes qui étaient tombées malades en prison, et envoyées à l'hôpital. Beaucoup de médecins avec qui je travaillais, ne voulaient pas les toucher, simplement parce que ces femmes venaient de prison. J’ai discuté avec elles et j'ai réalisé que ces femmes étaient souvent victimes d’injustices. J'ai donc décidé de devenir avocate ».
En 1983, Abdi a créé l'Organisation de développement de la santé rurale (RHDO) dans la région sud de Sabelle. Au début, il s'agissait d'une clinique avec une seule salle qui fournissait quotidiennement des services d'obstétrique et de gynécologie gratuits, à environ 24 femmes rurales, puis s'est transformée en un hôpital de 400 lits.
Hawa a déclaré à propos de ce projet : « Premièrement, j'avais une ferme pour aider ceux qui n'avaient pas les moyens d'acheter leur nourriture, et des amis au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), au Programme alimentaire mondial (PAM) et à Médecins Sans Frontières (MSF Suisse) qui m'ont soutenue pour sauver cette communauté mourante.
Lorsque la guerre civile a éclaté en Somalie, au début des années 1990, Abdi est restée sur place pour aider les personnes vulnérables. Elle a ensuite créé une nouvelle clinique et une école pour les déplacées et les orphelins.
RHDO est devenue la « Fondation du Dr Hawa Abdi (DHAF) » en 2007, et s’est progressivement élargie pour inclure un camp de secours qui a hébergé 90 000 personnes sur 1 300 hectares de terrain, autour de l’hôpital, pendant la sécheresse de 2011.
En 2009, au plus fort de la rébellion du groupe terroriste Al-Shabaab dans le sud de la Somalie, ce complexe a été encerclé et ils ont tenté de forcer Abdi à le fermer. Hawa a tenu bon et la milice est partie au bout d'une semaine, sous la pression des résidents locaux, des Nations Unies et d'autres groupes de défense. Les terroristes ont de nouveau pris d'assaut la zone, en février 2012, obligeant Abdi à suspendre temporairement ses services jusqu'à leur départ.
En mai 2010, ces milices ont saisi son hôpital et son camp, et détruit des documents et du matériel médical. Ils ont exigé qu'en raison de son âge et du fait qu'elle soit une femme, elle leur confie la gestion de l'hôpital. Les commandants des milices ont détenu Abdi pendant des heures, tandis que des garçons âgés de 15 à 16 ans, pillaient l'hôpital, tiraient sur les appareils d'anesthésie et cassaient les fenêtres.
Hawa Abdi dit : « Un des miliciens m’a dit que je n’étais pas autorisée à assumer aucune responsabilité parce que j’étais une femme et une vieille ! J’ai dit que je ne quitterai pas mon hôpital et que si je mourais, je mourrai pour le peuple et dans la dignité. J’ai dit : « Vous êtes jeune et un homme, mais qu'avez-vous fait pour votre communauté ? »
Des centaines de femmes du camp de réfugiés ont protesté contre l'arrestation d'Abdi, et obligé les miliciens à la libérer après des jours d'assignation à résidence, et à lui écrire une lettre d'excuses.
Les activités humanitaires de Hawa Abdi ont attiré l'attention internationale. En 2010, elle et ses filles (Deko et Amina) figuraient sur la liste des femmes de l'année, du magazine Glamour.
Hawa Abdi a été nominée pour le prix Nobel de la paix en 2012, et a reçu un doctorat honorifique de l'Université Harvard en 2017, aux côtés de Mark Elliot Zuckerberg, le fondateur de Facebook, Judi Dench (actrice anglaise) et James Earl Jones (acteur et doubleur américain).
Hawa Abdi est décédée le 5 août 2020. Après sa mort, le ministère somalien du Développement des femmes et des Droits humains l'a décrite comme une « fervente partisane des droits des femmes et des enfants somaliens » qui avait consacré sa vie à fournir des services de santé gratuits aux femmes et aux enfants, et a déclaré que son héritage restera dans les vies qu'elle a changées.