
Selon Al Jazeera, dans une salle qui rappelle les anciennes écoles coraniques, des enfants, des jeunes et même des personnes âgées écrivent encore les versets du Coran sur des planches en bois à l’aide d’un calame traditionnel.
Au centre coranique du cheikh Ahmed Al-Naas, connu sous le nom de « Manarat Sheikh Ahmed Al-Naas » (Al-Manara), situé dans la région de Tajoura, des dizaines d’élèves s’attachent à préserver une méthode ancestrale.
Malgré ses six années d’existence, le centre a choisi comme devise « l’attachement à la méthode traditionnelle », considérée par ses responsables comme le secret de la réputation de la Libye en tant que « pays au million de mémorisateurs du Coran » et de la réussite de ses représentants dans les compétitions internationales.
Une méthode traditionnelle fondée sur l’écriture et la transmission orale
Au centre Al-Naas, il n’y a ni Corans électroniques ni tableaux intelligents. L’ensemble du processus pédagogique repose sur la planche en bois. Selon le directeur, la mémorisation rigoureuse commence par la réception directe du verset depuis la bouche de l’enseignant.
Chaque élève entame un parcours quotidien avec les versets : il écoute d’abord la récitation du professeur, puis les écrit soigneusement sur son loh. L’enseignant corrige ensuite l’orthographe et veille au respect des règles d’écriture coranique.
Le travail ne s’arrête pas là : l’élève revient réciter ce qu’il a écrit pour corriger sa prononciation, avant de s’isoler afin de consolider sa mémorisation.
Le passage d’un niveau à l’autre n’est autorisé que lorsque l’élève maîtrise l’écriture, la récitation et la mélodie. Une fois la page mémorisée, il peut effacer la planche dans un espace spécifique appelé « l’effaceur » pour commencer une nouvelle page, une méthode qui renforce l’ancrage dans la mémoire. Le centre applique également un système alterné : un jour consacré à l’écriture, un autre à la récitation. Durant les vacances d’été, la mémorisation devient quotidienne et intensive, tout en tenant compte du temps des apprenants.
Un apprentissage sans âge et des résultats concrets
Le centre n’est pas réservé aux enfants et aux jeunes. Il accueille aussi des personnes âgées et des retraités qui y trouvent un refuge spirituel et un espace d’accomplissement. Certains adultes ont déjà réussi à mémoriser l’intégralité du Coran sous la supervision des enseignants, illustrant le principe selon lequel « l’apprentissage n’a pas d’âge ».
Les responsables estiment que l’écriture sur le loh crée un lien émotionnel particulier avec le texte sacré, différent de la simple lecture d’un exemplaire imprimé. Le directeur évoque une relation intime entre l’élève et sa planche, renforçant la concentration et l’attachement au Coran.
Cette méthode traditionnelle exigeante a produit des résultats tangibles. Les élèves du centre ont obtenu des classements au niveau national et ont décroché la deuxième place lors d’un concours international de mémorisation complète du Coran en Tunisie.

Face aux inquiétudes concernant l’impact de la mémorisation sur la scolarité, un enseignant supervisant une classe de 40 élèves affirme que l’expérience démontre le contraire : les élèves du centre excellent généralement dans leurs établissements scolaires. Selon lui, le Coran n’entrave pas la réussite académique, mais stimule la motivation et ouvre l’esprit. Durant les périodes d’examens, le centre accorde d’ailleurs des congés pour permettre aux élèves de réviser leurs matières scolaires, assurant ainsi un équilibre entre apprentissage religieux et études générales.