Dans un entretien accordé à l’agence IQNA, le religieux bahreïni Cheikh Abdallah Daqaq est revenu sur la vision de l’ayatollah Ali Khamenei concernant l’unité du monde musulman.
Il présente cette unité comme un principe religieux, politique et civilisationnel destiné à renforcer la solidarité entre les musulmans face aux défis contemporains.
Daqaq évoque également les principaux obstacles au rapprochement entre les différentes écoles de l’islam, les moyens proposés pour consolider cette unité ainsi que le rôle des responsables religieux dans la préservation de la cohésion de la communauté musulmane.
IQNA : Comment l’ayatollah Ali Khamenei considérait-il l’unité entre les musulmans et pourquoi la jugeait-il nécessaire ?
Daqaq: L’unité islamique est présentée comme un devoir religieux et une nécessité stratégique pour l’ensemble de la communauté musulmane. Elle ne constitue ni un simple slogan politique ni une mesure circonstancielle, mais un projet destiné à restaurer la dignité, la force et l’influence du monde musulman. Les défis politiques, militaires et culturels auxquels sont confrontés les musulmans exigent une coopération fondée sur les valeurs communes et le rejet des divisions confessionnelles. Le renforcement de la solidarité entre les peuples musulmans est ainsi considéré comme la condition essentielle pour faire face aux menaces extérieures et préserver les intérêts de l’ensemble de la communauté.
Quels étaient les principaux obstacles au rapprochement entre les différentes écoles de l’islam ?
Les principaux obstacles identifiés sont le fanatisme religieux, le sectarisme et l’exclusivisme confessionnel, qui alimentent les tensions entre musulmans. Le maintien des convictions propres à chaque école est jugé légitime, mais leur défense ne doit pas conduire aux insultes, au mépris ou à l’hostilité envers les autres traditions islamiques. Les différends historiques ne doivent pas être exploités pour provoquer des divisions dans l’espace public. Les mouvements takfiristes sont également présentés comme un facteur majeur de fragmentation du monde musulman, tandis que certaines puissances étrangères sont accusées d’encourager les rivalités confessionnelles afin d’affaiblir les sociétés musulmanes. Le manque de conscience des intérêts communs de la communauté islamique est enfin cité parmi les causes de la persistance des divisions.
Quelle importance accordait-il à la lutte contre les divisions confessionnelles dans ses discours et ses messages ?
La lutte contre les divisions confessionnelles occupait une place centrale dans ses discours et ses déclarations. L’unité n’est pas présentée comme une fusion des différentes écoles de pensée ni comme un abandon des convictions religieuses de chacun, mais comme une coopération fondée sur les intérêts supérieurs de la communauté musulmane. Les divergences doctrinales sont considérées comme compatibles avec une coexistence fondée sur le respect mutuel, le dialogue et la solidarité. Toute initiative susceptible d’alimenter les conflits confessionnels est rejetée au profit d’une approche visant à préserver la stabilité et la cohésion du monde musulman.
Comment reliait-il l’unité islamique à la dignité, à la puissance et au progrès du monde musulman ?
L’unité est présentée comme le fondement du développement scientifique, économique, politique et culturel des sociétés musulmanes. La fragmentation affaiblit les capacités collectives, disperse les ressources et réduit les possibilités de répondre efficacement aux défis extérieurs. À l’inverse, la coopération entre les peuples musulmans permet de mobiliser leurs compétences, leurs richesses et leurs moyens au service d’un projet commun. La dignité, l’indépendance et le progrès du monde musulman sont ainsi directement associés à sa capacité à préserver son unité et à renforcer sa solidarité.
Quelles actions auraient été entreprises pour favoriser le rapprochement entre les différentes écoles de l’islam ?
Plusieurs initiatives sont mises en avant pour encourager le rapprochement entre les musulmans. Elles comprennent le soutien aux rencontres et aux dialogues entre les savants des différentes écoles islamiques, le renforcement des activités consacrées au rapprochement des courants religieux, l’interdiction des insultes visant les personnalités ou les symboles religieux des autres confessions, ainsi que la valorisation de la Semaine de l’unité islamique comme moment de dialogue et de rapprochement. L’accent est également mis sur les causes communes du monde musulman, en particulier la question palestinienne, présentée comme un facteur de rassemblement dépassant les différences confessionnelles.
Quel rôle jouent les savants et les élites religieuses dans le rapprochement entre les différentes écoles de l’islam ?
Les savants et les élites religieuses sont doivent jouer un rôle central dans le renforcement de l’unité du monde musulman. Leur mission consiste à promouvoir une culture de respect entre les différentes écoles de l’islam, à éviter les discours susceptibles d’alimenter les tensions confessionnelles et à mettre en avant les nombreux points communs qui unissent les musulmans. Ils sont également invités à sensibiliser les fidèles aux dangers des divisions, à développer les échanges scientifiques et culturels entre les institutions religieuses et à favoriser le dialogue afin de préserver la cohésion de la communauté musulmane.
Existe-t-il des exemples illustrant le respect envers les différentes écoles de l’islam dans son parcours et ses orientations ?
Le respect de l’ensemble des écoles de l’islam est présenté comme un principe constant. Les insultes ou les atteintes aux personnalités et aux symboles religieux susceptibles de provoquer des conflits entre chiites et sunnites sont rejetées. Les divergences religieuses doivent être gérées dans un esprit de fraternité, de coexistence et de respect mutuel. Les rencontres avec des responsables religieux sunnites sont citées comme des exemples de cette démarche, tandis que l'accent mis sur la question palestinienne est présenté comme la démonstration d'une volonté de défendre une cause considérée comme commune à l'ensemble des musulmans, indépendamment de leur appartenance confessionnelle.
Comment défendait-il l’unité islamique face aux mouvements extrémistes et aux acteurs accusés d’entretenir les divisions ?
La lutte contre les mouvements extrémistes repose sur la condamnation du takfir et du rejet de toute logique d'exclusion religieuse. Les divergences doctrinales ne sont pas considérées comme un motif pouvant justifier l'hostilité ou les affrontements entre musulmans. Le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération sont présentés comme les moyens les plus efficaces pour préserver l'unité. Parallèlement, certaines puissances internationales et régionales sont accusées d'alimenter les conflits confessionnels afin d'affaiblir les sociétés musulmanes, ce qui renforce, selon cette vision, la nécessité de maintenir la solidarité entre les différentes composantes de la communauté islamique.
Quel lien établissait-il entre sa vision de l’unité et l’axe de la résistance ?
L'unité islamique est présentée comme le fondement de la résistance face à l'occupation et aux interventions étrangères. La coopération entre les différentes composantes du monde musulman est considérée comme un moyen de défendre les causes jugées essentielles, au premier rang desquelles figurent la Palestine et Jérusalem. Dans cette perspective, le soutien apporté au Hezbollah libanais, au Hamas, au Jihad islamique palestinien et à d'autres mouvements de résistance est présenté comme l'expression d'une solidarité dépassant les appartenances confessionnelles et reposant sur un objectif commun de défense des intérêts du monde musulman.
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