« Le problème réside dans le fait que tout régime autoritaire a les rapports tendus avec l’opposition. L’opposition azéri est également laïque mais très divisée si bien que la situation commence à ressembler à celle qui s’est créée en Ouzbékistan où le régime de Karimov avait démantelé l’opposition laïque passée depuis dans le camp des religieux. »



Les islamistes jouent également sur les contradictions entre les musulmans azéris d’obédience chiite et sunniste. Ils sont largement financés par les états de l’Orient arabe et notamment par l’Arabie Saoudite pour renforcer ainsi leur modèle salafiste de l’islam, estime Andreï Souzdaltsev :



« L’Arabie Saoudite est réputée comme sponsor des salafites dans l’ensemble des pays de l’Orient arabe. Or, l’Azerbaïdjan est une plaque tournante entre ces deux courants de l’islam. Le soutien financier accordé par l’Arabie Saoudite vise à encourager les salafites dans l’espoir qu’ils finiront par l’emporter en Azerbaïdjan. C’est une tendance très dangereuse qui peut finalement conduire au « scénario syrien ».



Dans ce contexte, la propagation de l’islam radical présente un danger non seulement pour l’Azerbaïdjan mais encore pour les régions limitrophes du sud de la Russie, fait ressortir Grigori Trofimtchouk, premier vice-président du Centre de simulation de l’évolution stratégique :



« En sa qualité de leader du monde islamique, l’Arabie Saoudite cherche à se fixer politiquement au Caucase et puis en Fédération de Russie, dans la région du Caucase du Nord. Nous devons nous le rappeler et suivre très attentivement les processus qui se déroulent en Transcaucasie. La Russie n’a rien contre l’islam modéré mais se dresse contre ses formes radicales. Il est réjouissant de constater que les dirigeants russes se rendent compte de ces facteurs et les surveillent attentivement. La limite entre l’islam modéré et l’islam radical est cependant très fragile et un contrôle de tous les instants s’impose en la matière. »



Selon Grigori Trofimtchouk, tant la Russie que l’Azerbaïdjam ont aujourd’hui pour mission prioritaire de « former » leurs leaders religieux dont le prestige et l’idéologie doivent prendre le dessus sur les idées du wahhabisme. Gagner à sa cause des millions d’esprits islamiques suppose des efforts de longue haleine, fait remarquer l’expert, car à défaut de cela, la région du Caucase finira par basculer dans le chaos.