Dorénavant, les étudiants formés dans les madrassas, actuellement non contrôlées, verront leurs diplômes religieux reconnus dans le secteur public comme un "master" d'études islamiques et de littérature arabe, ont indiqué cette semaine des responsables du ministère de l'Education.
Cette reconnaissance des études coraniques était demandée de longue date par les leaders islamiques dans ce pays dirigé par une coalition gouvernementale de quatre partis dont deux islamiques.
Elle est aussi saluée par des analystes et enseignants, selon qui elle devrait permettre d'augmenter l'influence de l'Etat sur ces institutions et aider à réduire l'extrémisme.
"Cette reconnaissance est une très bonne initiative car cela va aider à contrôler, directement ou indirectement, les madrassas", estime l'expert en questions sécuritaires et ex-général de brigade, Sakhawat Hossain.
"Avant, les étudiants de madrassas étaient considérés comme inférieurs (aux autres). Ils ne pouvaient se porter candidats pour des emplois et cela a mené à l'extrémisme car ils avaient une motivation pour se venger du système", ajoute M. Hossain.
Cette décision a été révélée lors d'un discours du Premier ministre Khaleda Zia lundi devant un groupe de religieux islamiques avant d'être confirmée publiquement par le gouvernement.
Le Bangladesh, pays majoritairement musulman, compte près de 10.000 madrassas reconnues qui éduquent plus de 2,9 millions d'étudiants, pour la plupart pauvres, selon les données officielles.
Mais selon la Direction de l'éducation dans les madrassas, deux millions d'étudiants supplémentaires suivent des cours dans des écoles coraniques non reconnues.
L'année dernière, le Bangladesh avait été frappé de plein fouet par une série d'attentats attribués à un groupe islamiste interdit, le Jamayetul Mujahideen Bangladesh (JMB), qui ont fait 24 morts outre les quatre kamikazes.
Selon Golam Hossain, professeur en sciences politiques à l'université Jahangir Nagar, la décision du gouvernement devrait permettre de surveiller de plus près les madrassas.
"Des terroristes utilisent les madrassas comme une base et le gouvernement a besoin de contrôler les financements étrangers. C'est une mesure encourageante", estime-t-il.
Le gouvernement, qui a longtemps soutenu que le Bangladesh était une nation musulmane modérée, a reconnu l'année dernière s'être réveillé trop tard face à l'expansion du radicalisme et promis de s'attaquer à ses racines.
Des centaines d'extrémistes présumés ont été arrêtés. Cinq membres du JMB ont déjà été condamnés à mort.
Certains cependant ont mis en garde contre cette dernière mesure susceptible aussi d'encourager l'islamisme, selon eux.
Le quotidien Daily Star estime ainsi que le gouvernement porte un "coup majeur" à la modernisation du pays et vise simplement à attirer des électeurs avant les élections législatives prévues en janvier 2007.
Cela entre dans la lignée des mesures "d'islamisation" du pays entamées dans les années 70 et qui sapent les fondements laïques du pays, écrit le quotidien. "Maintenant vient le temps d'une nouvelle élection et d'une nouvelle dose d'islamisation", dit-il en Une.
De leur côté, les leaders musulmans ont salué la mesure mais ont prévenu que les madrassas résisteraient à toute tentative du gouvernement visant à les contrôler davantage.
"Nous ne permettrons aucune ingérence gouvernementale dans l'élaboration des programmes ou dans le fonctionnement des madrassas", a dit le mufti Fazlul Huq Aminee, député du parti Islami Oikya Jote cité par le Daily Star.
Source: AFP