Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a déclaré en réaction a ces propos : « Nous croyons au même Dieu, le dieu de la paix, de l'amour et de la miséricorde. L'islam est d'abord tolérance et fraternité. Nous souhaitons des rapports d'amitié avec le christianisme, première religion en Europe. Le pontificat de Benoît XVI doit porter les fruits des efforts de Jean Paul II dans le dialogue inter religieux et l'amitié contre les dangers communs qui menacent tous les croyants à savoir en particulier l'extrémisme, le radicalisme, l'intolérance et la violence. » Le recteur de la mosquée de paris demandé à ce « que l'Eglise nous donne très rapidement son opinion et clarifie sa position, afin qu'elle ne confonde pas l'islam, qui est une religion révélée, et l'islamisme qui n'est plus de la religion mais une idéologie politique. »
Un dirigeant du Conseil central des musulmans d'Allemagne a estimé que l'Eglise était « mal placée » pour critiquer après s'être « laissée récupérer par le régime nazi ».
D'autre part, le Dr Ingrid Mattson, présidente de l'Islamic Society of North america (ISNA), importante organisation islamique américaine, a déclaré que « Le fait de faire une connexion explicite entre l'Islam et une religion au coeur de laquelle existe la violence est inexacte et opportuniste. » Le Pape « prend avantage de l'actuel contexte politique pour tenter de marquer des points religieux.» Le professeur d'Etudes islamiques au séminaire de Hartford dans le Connecticut, a ajouté : « Si on commence à comparer l'histoire de la violence commise au nom de l'Eglise catholique et celle commise au nom de l'Islam, cela nous prendrait beaucoup de temps », faisant clairement allusion à l'Inquisition, la contre-réforme et aux croisades. « Nous devons savoir que toutes les religions ont été utilisées pour la violence. Aucune n'en est exempte, pas même le judaïsme, » continue-t-elle. « Je ne comprends pas pourquoi le pape Benoît XVI a besoin de revenir sept siècles en arrière pour citer la règle des Byzantins qui est inexacte. Le prophète Mahomet n'a jamais permis que la religion se répande par l'épée », Mme Mattson a finalement ajoutée : « nous avons aux Etats-Unis de nombreux érudits catholiques, des prêtres experts de l'Islam qu'il pourrait consulter, qui le guideraient vers une compréhension clairement plus exacte que celle d'un dirigeant médiéval. »
Deux dignitaires koweïtiens ont demandé explicitement au pape Benoit XVI « des excuses au monde musulman pour ses calomnies contre le prophète Mohamed et l'islam » déclare Hakem al-Mutairi, secrétaire général de Oumma, parti islamique koweïtien. « J'en appelle à tous les pays arabes et islamiques pour qu'ils rappellent leurs ambassadeurs auprès du Vatican et renvoient ceux du Vatican jusqu'à ce que le pape s'excuse pour le tort porté au prophète et à l'islam, lequel prône la paix, la tolérance, la justice et l'égalité », a-t-il ajouté, invitant les dignitaires religieux chrétiens et musulmans à « répandre les valeurs de tolérance et de clémence développées par les prophètes Jésus et Mohamed. »
De son côté, Sayed Mohammad Baqer al-Mohri, le chef du Rassemblement des oulémas chiites au Koweït, a déclaré que « Son attaque injustifiée contre l'islam et le prophète Mohamed est en claire contradiction avec son appel au dialogue des civilisations. Elle ouvre la voie à l'animosité entre les religions ». Il exige des excuses publiques « pour contribuer à mettre fin à toute animosité ».
Quoi qu'il en soit de son discours sur l'islam, le pape Benoit XVI n'a pas évoqué durant son voyage les importantes questions de réformes de l'Eglise catholique. Ni l'ordination des femmes, ni la fin du célibat des prêtres et encore moins la communion commune pour les catholiques et les protestants n'ont été discuté durant ces quelques jours. M. Benoit XVI paraît attendre impatiemment une invitation à un débat théologique sur l'islam, la chrétienté, la croyance et la foi, mais les réformes tant attendues ne semblent pas être sa priorité.
Source: Saphirnews