Certains ont un sac plastique à la main pour emporter leur portion, d'autres vont s'installer derrière les longues tables où les attendent des plateaux avec pour chacun trois dattes, un verre pour le lait caillé, un yaourt, une bouteille d'eau, un gâteau et du pain. La soupe (chorba) sera servie toute chaude dès l'heure venue.
"Western Union et Une Chorba pour Tous vous souhaitent un bon Ramadan", clament des banderoles jaunes et noires. "Merci de déposer vos dons", invite plus modestement une pancarte écrite à la main, "les petits cadeaux font les grandes prières".
Depuis décembre 1992, Une Chorba pour Tous s'attache à servir un repas chaud, les soirs de Ramadan, aux plus nécessiteux, quelle que soit leur religion.
En attendant l'heure de rompre le jeûne, la radio diffuse des nappes de musique orientale. Une bénévole lâche quelques youyous en riant derrière son tas de pommes de terre à peler.
Tout le monde est déjà assis. Même ce couple chinois avec ses fillettes aux couettes en l'air attend, dans le coin réservé aux familles. Les autres sont tous des hommes seuls.
Beaucoup sont musulmans, pas tous. Certains viennent retrouver l'ambiance du bled. La plupart cherchent à qui parler pour trouver un air de famille à ce repas.
"Vous pouvez aller prendre une chorba à Barbès, elle n'aura pas le même goût. Ici, elle a un grain de charme", confie Mohammed, 50 ans, venu de Colombes.
"Notre devise, c'est: +entre partager notre repas durant ce mois sacré, quelle que soit ta croyance+ !", explique Lakhdar Smadhi, 40 ans, président de cette association "laïque et apolitique".
La chorba, préparée dans un local proche, arrive dans de grandes gamelles à bord d'une camionnette. L'association (plus de 150 bénévoles), sert chaque soir environ 1.200 repas plus 500 repas à emporter.
Son budget tourne autour de 150.000 euros, avec des subventions (mairie de Paris, Union européenne, Jeunesse et Sports) permettant d'employer trois salariés, et des dons en liquide ou en produits alimentaires. Ifri, soda connu en Algérie, fournit ainsi la boisson.
Cette année, l'association espère pouvoir continuer à servir des repas tout l'hiver dans les gares. C'est que la demande augmente, avec la pauvreté et la précarité.
"Nous avons fait deux services dès le premier jour, d'habitude c'est un seul en début de Ramadan", explique Islam, 33 ans, agent de service dans une clinique qui a pris comme l'an dernier un mois de congé pour s'occuper bénévolement de la Chorba pour Tous.
Les bénévoles non plus ne sont pas tous musulmans et sont parfois d'anciens convives. Marie était venue avec ses trois enfants il y a huit ans, "un samedi soir en sortant de la messe", histoire qu'ils aient un bout de gâteau alors qu'elle n'avait pas un sou. Maintenant qu'ils sont grands, elle aide à la pluche. "Le Ramadan, c'est un mois vraiment béni pour moi", dit cette chrétienne pratiquante.
Source: AFP