Tunesie (IQNA)- Les femmes voilées font l’objet de discrimination et d’exclusion

15:34 - October 28, 2006
Code de l'info: 1504955
On observe avec beaucoup d’inquiétude la dégradation de la situation des droits de l’homme en Tunisie. Depuis quelques semaines, les autorités mènent une campagne acharnée contre des femmes et des jeunes filles qui n’ont fait qu’exercer leur libre droit au choix de leurs tenues.
Depuis quelques semaines, les autorités mènent une campagne acharnée contre des femmes et des jeunes filles qui n’ont fait qu’exercer leur libre droit au choix de leurs tenues
Depuis le 15 septembre, date de la rentrée scolaire en Tunisie, les lycéennes et les étudiantes font l’objet de persécutions et de harcèlements cruels. L’application de la circulaire 108, adopté en 1981 sous le régime de Bourguiba, et qui interdit le port du voile dans les établissements publics, prend actuellement l’allure d’une large campagne répressive, menée par les plus hauts responsables et plus particulièrement ceux du parti au pouvoir.
La sphère privée de milliers de femmes et de jeunes filles est systématiquement et brutalement violée au nom de la « loi », alors que la circulaire 108 a été toujours dénoncé pour son inconstitutionnalité. En effet, la liberté des pratiques religieuses est garantie par la déclaration universelle des droits de l’homme, les innombrables conventions et autres résolutions internationales ratifiés par la Tunisie ainsi que par la constitution tunisienne.
La campagne actuelle inquiète également par son ampleur vue que la violation du droit à l’habillement ne se limite pas à de simples mesures ou des interdictions d’entrées aux établissements scolaires et universitaires mais la dépasse pour devenir une atteinte à l’intégrité physique et morale de ces jeunes filles. Plusieurs cas d’agressions, d’arrachement du foulard, de menaces et de convocations aux conseils de disciplines ont été enregistrés dans plusieurs universités et lycées.
Les doyens procèdent, parfois, en personne à la poursuite des jeunes filles et à leur dévoilement. Cet acharnement qui rappelle les précédentes campagnes des années 90 condamne des centaines de femmes tunisiennes à l’ignorance et menace leur liberté vestimentaire ainsi que leur droit à l’éducation.
Interpellée par les victimes de cette nouvelle campagne de terreur, on a pu recenser les diverses mesures et pratiques abusives en usage pour obliger les femmes à enlever leur voile, à savoir :
- L’usage de la violence pour interdire l’accès des étudiantes voilées aux campus universitaires et aux divers établissements scolaires. Les doyens sont souvent complices et appliquent le texte de la circulaire 108 abusivement en agressant les élèves et en les menaçant. Dans un collège au Kef (région ouest de la capitale), le doyen a déchiré la jupe d’une élève pour la rendre plus courte et qu’elle ne s’apparente pas à une jupe longue.
- Le refus total de toute négociation ou possibilité de dialogue pour trouver des solutions mesurées afin d’éviter les confrontations entre les élèves et les responsables éducatifs. Ainsi, le bandana est, également, interdit et les filles qui le portent font l’objet de mauvais traitements
- Dans la rue, les femmes et les filles sont poursuivies et conduites aux postes de police où elles sont interrogées, tabassées et forcées à signer des procès verbaux dans lesquels elles s’engagent à ne plus mettre le voile.
- Des femmes et des filles rapportent que des agents en civil les poursuivent jusqu’à leurs domiciles pour connaître leurs adresses. Le lendemain, elles reçoivent des convocations aux postes de police de leurs régions pour subir des interrogatoires et signer des engagements à ne plus porter le voile
- Des époux de femmes voilées ont reçu des menaces les appelant à obliger leurs épouses d’ôter leurs voiles
- Des citoyens rapportent que des pressions sont exercées sur certaines entreprises pour délivrer aux autorités policières la liste de leurs employées voilées qui refusent de l’enlever voire de les licencier
- Les étudiants qui prennent la défense de leurs collègues font l’objet d’arrestations et d’agressions. Le cas de M. Abdelhamid Ben Mohammed Ben Tahar SGHAÏER illustre ce fait. Le 11 octobre, cet étudiant en troisième cycle en mathématique a été agressé par la police « pour avoir pris la défense d’une trentaine d’étudiantes portant le voile auxquelles l’entrée de la fac de sciences de Tunis avait été refusée », rapporte un communiqué de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques. M. SGHAÏER a été traduit devant le juge d’instruction pour agression d’un agent de la sûreté sans l’assistance d’un avocat
- Les médias officiels, totalement sous l’emprise du parti au pouvoir depuis 1956, mènent une campagne sans précédent pour justifier ces violations visant un mode vestimentaire choisi par des milliers de femmes, les accusant de sectarisme et d’intégrisme
- Les déclarations officielles des représentants du pouvoir en place encouragent cette campagne et insistent à instrumentaliser ce dossier pour des fins politiques. Tant le ministre des affaires étrangères que celui de l’intérieur insistaient à déclarer que ce mode vestimentaire est « le symbole d’une appartenance politique qui se cache derrière la religion. »
Les autorités tunisiennes se vantent, en contre partie, d’appeler les femmes tunisiennes à s’habiller selon « les traditions du pays ». Or, le 12 octobre, Maître Abdewaheb Maatar a dû porter plainte auprès du tribunal administratif contre le ministre de l’éducation et de la formation en raison d’un abus de pouvoir pratiqué par un directeur de lycée à Sfax. Ce dernier a empêché une jeune élève d’accéder à l’établissement scolaire portant un foulard tunisien, qui est un habit traditionnel. Et malgré qu’un huissier ait pu constater les faits et témoigner que la jeune élève était en règle vis-à-vis de la loi, le directeur du lycée lui a refusé l’accès aux cours.

Source: verite-action.org
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