Une marche "non autorisée" prévue vendredi par l'opposition, qui laissait craindre des affrontements avec les forces de l'ordre, a été reportée sine die après notamment un appel lancé par l'archevêque de Dakar, Théodore Adrien Sarr.
Cette manifestation contre "les dérives du régime sénégalais" avait été programmée après un premier rassemblement interrompu une semaine plus tôt par la police, qui avait brièvement interpellé plusieurs responsables de l'opposition, dont trois candidats à la présidentielle.
Mercredi, au cours d'une conférence de presse, Théodore Adrien Sarr avait appelé à un scrutin "juste et transparent" et à "détendre l'atmosphère, ne pas augmenter l'inquiétude" en vue du scrutin.
"Ce ne sont que des élections, ce n'est pas la fin du monde", avait insisté le chef de la communauté chrétienne, qui représente 5% de la population sénégalaise, estimée à plus de dix millions, contre près de 95% de musulmans.
Les interventions de chefs religieux musulmans sont également fréquentes dans la vie politique du Sénégal où les décisions politiques se négocient parfois entre Touba (centre) et Tivaouane (ouest), capitales des deux confréries mouride et tidiane parmi les plus influentes du pays, selon les observateurs.
Récemment, c'est à la suite d'une médiation du porte-parole de la confrérie tidiane, Abdou Aziz Sy, que se sont dessinées "des perspectives de retrouvailles" entre le président Abdoulaye Wade et son ex-Premier ministre, Idrissa Seck, selon l'expression de ce dernier.
M. Seck, exclu du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) en août 2005, avant d'être emprisonné pendant sept mois pour détournements présumés dans des chantiers publics, "a accepté de revenir dans le parti", avait déclaré le 22 janvier le président Wade, secrétaire général national du PDS, à l'issue d'une audience avec celui qui a été présenté un temps comme son dauphin.
La télévision publique sénégalaise a ces derniers jours montré de nombreuses images de MM. Wade et Seck, tous deux candidats à la présidentielle du 25 février, flanqués du "marabout-médiateur" Abdou Aziz Sy au cours de leurs rencontres au palais présidentiel à Dakar.
"J'ai fait une médiation pour leurs retrouvailles (Wade et Seck). Je me suis heurté à plusieurs reprises à une fin de non recevoir de leur part, mais j'ai persévéré", avait déclaré Abdou Aziz Sy à la presse, même si cette réconciliation n'est pas encore scellée.
"Les soupapes de sécurité résistent encore aux intempéries politiques", a commenté vendredi un chroniqueur d'une radio privée au sujet de ces interventions des chefs religieux.
"Nous apprécions (positivement) cette force de régulation (les chefs religieux). Sans mécanisme régulateur pour calmer le jeu politique, c'est la porte ouverte pour l'aventure. C'est une excellente chose", estime de son côté Alioune Tine, secrétaire exécutif de la Rencontre africaine des droits de l'homme (RADDHO), une ONG installée à Dakar.
Pour M. Tine, "ces chefs religieux agissent en l'absence de mécanismes institutionnels crédibles de prévention et de régulation des conflits".
Source : AFP