L'action de 1'Imam Al-Husayn (AS) avait pour but de remédier à un mal qui sévissait au sein de la communauté, tout comme celle de 1'Imam Al-Hasan (AS) qui avait du, quant à lui, affronter un autre mal, celui de 1'état de doute qui avait rongé la communauté après 1'Imam 'Ali (AS). Ce scepticisme se manifesta notamment envers 1'attitude adoptée par les membres de la famille du Prophète (Ahl-al-Bayt). Cet état s'était aggravé jusqu'à atteindre, sous 1'imamat de1'Imam Al-Hasan (AS), un stade irrémédiable, même au prix de grands sacrifices. Avec 1'Imam Al-Husayn (AS), c'est plutôt Ie manque de volonté qui caractérisa la communauté, quoique cette dernière fût, à cette époque, après 1’état d'indécision qui 1'avait rongée, plus apte à discerner la signification réelle du conflit qui avait éclaté entre les deux factions antagonistes. Or, même après avoir défini 1'orientation à suivre, elle s'est retrouvée dans 1'incapacité de prendre position, Ier long sommeil dans lequel elle avait sombré a permis à ceux qui 1'avaient persécutée d'anéantir sa personnalité, de falsifier sa volonté et de bafouer sa dignité. L'lmam Al-Husayn (AS) fut donc amené à traiter cette situation maladive en adoptant la position évoquée précédemment (dans un autre conférence): Nous avions alors précisé que face aux différentes alternatives qui s'offraient à 1'Imam, Ier seul chemin à suivre ne pouvait être que celui qu'il avait choisi.
I - Scènes reflétant 1'absence de volonté dans la société
Nous allons essayer d'exposer la gravité du mal qui rongeait la société musulmane, afin de mieux saisir les raisons pour lesquelles leur.
Traitement devait être à la hauteur de cette gravité. Les conférences précédents avaient établi que 1'unique remède à une situation aussi maladive passait par ce grand sacrifice, devenu désormais 1'unique moyen de 1'affronter. A 1'exception d'une minorité qui gravitait autour de 1'Imam, toutes les catégories de la société en ont souffert. En voici quelques exemples:
a) Mises en garde émanant des sages et notables musulmans contre les éventuelles tentatives d'assassinat tout au long de son action, depuis 1'instant ou 1'Imam a décidé de quitter Médine pour la Mecque et d'entamer son voyage vers 1'Iraq, afin d'y assumer les responsabilités du soulèvement contre 1er pouvoir tyrannique des Umayyades, des recommandations lui parvinrent de toutes parts, et même des Musulmans considérés comme étant les sages de la communauté, qui ont prétendu préférer la prudence à 1'aventure. Ils ont unanimement mis 1'Imam en garde contre 1'éventualité d'entre tué s'il entreprenait une telle action. Ils lui avaient tous déclaré :
Comment peux-tu t'insurger contre les Umayyades qui détiennent le pouvoir, les hommes et la richesse, ainsi que tous les moyens de la tentation et de la terreur ? Ils lui rappelaient les conséquences des actes de son père, 1'Imam Ali (AS) et de son frère, 1'Imam Al-Hasan (AS), dans leur combat contre eux. IL ne pouvaient concevoir que leur sacrifice était une alternative à la vie, quelles que soient les conditions d'une telle vie. Ces recommandations provenaient de personnages considérés comme étant les notables des Musulmans, tels 'Abdullah b. 'Abbas, 'Abdullah b. 'Umar b. al-Hattab, 'Abdulhah b. Ja'far at-Tayyar, Muhammad b. al-Hanafiyya, qui jouissaient du respect et de la notoriété parmi les Musulmans. Même 'Abdullah b. Ja'far at-Tayyar, qui était Ie cousin de 1'Imam, tout en étant très attaché à la ligne de 1'Imam, lui envoya un message lui recommandant de reporter sa sortie vers 1'Iraq jusqu'à son retour. Pourquoi devait-il attendre ? A son arrivée, at-Tayyar rencontre Ie gouverneur de Yazid à la Mecque, réclame 1'état de grâce pour 1'Imam, et 1'ayant obtenu, rejoint ce dernier, s'imaginant qu'il était parvenu à dissiper les causes qui avaient amené 1'Imam à entamer son action, pensant qu'il était sorti de la Mecque par crainte d'être tué.
Ces recommandations traduisent 1'effondrement psychologique total dont souffraient les notables de la Mecque ainsi que ses habitants. Chez ces deniers, la déchéance prenait des dimensions plus amples et se reflétait dans leur moralité, leur comportement, leurs convoitises et leurs aspirations. La passivité et 1'indifference par lesquelles 1'Imam et son soulèvement furent accueillis expriment cet effondrement à tous les niveaux.
b) L'attitude de 'Abdullah b. al-Hurr al-Ja'fi
L'lmam Al-Husayn (AS) s'était personnellement rendu à la tente de cet homme, 1'invitant à s'engager dans sa voie et à participer à son action, lui qui devait connaître Ie mieux la justesse de cette voie. Celui-ci refuse et ne pouvant rien lui offrir en sacrifice, lui fait don d'une jument.
c) Le comportement des notables de Basra
L'lmam expédia des messages à six notables de cette ville, et plus précisément, à ceux qui avaient entretenu des liens étroits avec 1'Imam "Ali (AS). A cette époque, les notables étaient divisés : certains soutenaient la ligne des Umayyades, de 'A'isha, de Talha et d'Az-Zubayr, et les autres étaient partisans de 1'Imam. L'lmam Al-Husayn (AS) choisit six d'entre eux et leur demande de 1'assister, leur faisant part du danger qui menaçait la communauté musulmane avec 1'arrivée 'de Yazid b. Mu'awiya au pouvoir, qui se prenait pour un César ou un Chosroès. A 1'exception d'un seul, 'Abdullah b. Mas'ud al-Nahshali, qui obéit aussitôt à 1'appel de 1'Imam, la réaction des autres oscilla entre la passivité absolue et la trahison. En effet, 1'un d'eux, qui avait été un fervent partisan de 1'Imam 'Ali (AS), a livré le messager de 1'Imam Al-Husayn (AS) au gouverneur de Yazid, à Basra, 'Ubaydullah b.
Ziyad, qui ordonnera son exécution. Son acte de trahison émanait moins de son soutien à Ibn Ziyad, que de sa volonté d'épargner sa propre vie et d'écarter tout soupçon qui le dénoncerait et le mettrait en péril. II ne s'agissait pas d'un partisan de 'Uthman, mais de 1'Imam 'Ali (AS), il ne 1'a pas fait par amour pour 'Ubaydullah b. Ziyad, ni par foi en sa ligne de conduite, mais uniquement pour se protéger, pour éviter que sa misérable vie ne soit mise en cause.
Un autre notable, Al-Ahnafb. Qays, qui lui aussi avait partagé des années de sa vie à lutter auprès de 1'Imam Ali (AS) et avait appris, grâce à lui, les enseignements de 1'Islam, lui écrivit, Ie conseillant de patienter et de s'apaiser. Pour Ie persuader, il lui rapporte Ie verset coranique suivant: «Et que ceux qui ne croient pas fermement ne t'ébranlent pas» (ar-Rum, 60), ne voulant pas reconnaître les appels que 1'Imam avait reçus de ses partisans.
De fait, le message expédié par cet homme reflète 1'état moral de la communauté islamique, déchirée et défaite à cette époque. En effet, après avoir subi une défaite morale et perdu sa volonté ainsi que son sentiment d'exister, en tant que communauté, 1'idée de la défaite s'était enracinée en elle.
De plus, cette attitude a été efficacement utilisée par ceux qui out causé cette défaite, en 1'approfondissant et 1'élargissant.
Cette morale est celle de la défaite, la communauté s'y était réfugiée pour justifier sa défaite et son sentiment d'être à bout de résistance. Des notions différentes de celles qui existaient auparavant, de nouvelles valeurs et des fins en émanent dans Ie but de justifier moralement, logiquement et intellectuellement les nouvelles attitudes. L'lmam Al-Husayn (AS) voulait en réalité enrayer cette morale pour en inculquer une autre, qui stimulerait la volonté d'action et de décision. II disait sans cesse : "Je ne vois dans la vie avec les oppresseurs que dégoût." II ne s'agit pas uniquement de plaintes, mais un appel au changement pour faire émerger à nouveau cette autre moralité que Al-Ahnaf b. Qays ainsi que tous ceux qui 1'ont imité, ont égaré.
d) La tribu de Bani As'ad se déplace
Habib b. Mudhahir, 1'un des fidèles compagnons de 1'Imam, connu pour sa piété, son honnêteté et son djihad, s'était rendu à sa tribu, 1'invitant à se rallier à 1'Imam. En réponse à cette proposition, les membres de la tribu décident aussitôt de s'éloigner des lieux. Selon Habib qui a, par la suite, mis 1'Imam au courant de cette réaction, ce clan craignait même de rester neutre dans conflit, car 'Umar b. Sa'd ne s'en contenterait pas. II quitte 1'emplacement, définitivement. L'lmam dit alors : "II n'y a de pouvoir ni de puissance qu'en Allah, Ie Très-Haut, Ie Tout-puissant".
e) L'attitude des habitants de Kufa lors de 1'assassinat du messager de 1'Imam Al-Husayn (AS)
L'lmam envoya Qays b. Mus-hir aux habitants de Kufa pour les informer de son arrivée. Mats à son arrivée, tout avait changé :
'Ubaydullah b. Ziyad contrôlait déjà tous les secteurs militaires de la ville. Qays est vite mis aux arrêts et livré au gouverneur. Ayant déchiré Ie message avant son arrivée, ce dernier lui demande : "pourquoi as-tu déchiré le message ?" Qays lui réplique : "Pour que tu ne saches pas ce qu'il contenait". 'Ubaydullah Ie questionne à propos de son contenu mais se heurte au mutisme de 1'envoyé. Le wali lui suggère alors de monter à la chaire et d'injurier les Imams 'Ali, Al-Hasan et al-Husayn(AS), pour avoir la vie sauve. Le compagnon de 1'Imam profite de 1'occasion, montre sur la chaire qui lui est proposée et avec un courage impressionnant, s'adresse aux habitants de Kufa en leur disant: "Je suis 1'envoyé d'Al-Husayn (AS), il est en route". Ayant accompli sa mission, il est mis à mort sur le champ. Après avoir été tué, un homme de la foule s'en approche et le décapite. Lorsqu'on lui demanda plus tard la raison de son acte, il répond : "pour le soulager". Cette communauté ne pouvait que réfléchir à ce niveau, celui de la pitié envers un seul individu, et non la pitié envers une situation, une entité, une doctrine, qui ont été extirpées de leur coeur, car elles content trop cher. La pitié qui ne coûte pas très cher, c'est celle qui consiste à décapiter cet homme. Le libérant de cette misérable vie dominée par des gens comme 'Ubaydullah b. Ziyad.
Ces manifestations de passivité et d'indifférence, malgré 1'ambiance dramatique et critique, laissent entrevoir Ie niveau de décadence de la communauté musulmane de 1'époque.
f) La ruée vers les autorités
L'un des phénomènes marquant la société à cette époque fut la ruée fiévreuse vers le sultan ou 1'autorité régnante. En effet, 'Ubaydullah b. Ziyad est parvenu, en deux ou trois semaines, après 1'assassinat de Muslim b. 'Uqayl, et jusqu'au premier du mois de Muharram, à enroler des dizaines de milliers de gens, connus pour leur loyauté envers 1'Imam 'Ali (AS) et pour leur participation à toutes les guerres qu'il avait entreprises. Parmi les personnes qui s'étaient ralliées au pouvoir, citons en exemple 'Umru b. Al-Hajjaj qui avait été persécuté à cause de sa loyauté envers 1'Imam 'Ali (AS). IL a finalement succombé aux séductions offertes par Ie pouvoir, ayant saisi que Ie chemin de la foi coûtait trop cher pour lui, et qu'en se dégageant de ses nécessités, il avait beaucoup à gagner dans ce monde ici-bas. Sa personnalité en tant que musulman fut définitivement ébranlée. ''Umru b. Sa'd lui confiera plus tard la mission d'empecher 1'Imam al-Husayn(p)et les siens d'accéder au point d'eau au cours du combat qui aura lieu.
L'autre exemple fut celui de Shabt b. Rub'y qui lui aussi, avait accompagné 1'Imam 'Ali au cours de sa lutte et ses batailles. II était célèbre pour sa loyauté envers ce dernier, qu'il a considéré, pendant la guerre de Siffine, comme étant Ie représentant du prophète (SAWA). Or Shabt fait aussi partie eux qui ont succombé, de façon lamentable, à cette épreuve : 'Ubaydullah le fait convoquer pour le charger de combattre 1'Imam Al-Husayn (AS), il refuse mais en avançant Ie prétexte qu'il est malade, mais Ie wali insatisfait de cette dérobade, lui dit: "Si tu n'es pas des nôtres, tu es alors notre ennemi". II se rallie alors rapidement à Ibn Ziyad. Cette réaction révèle aussi 1'état de passivité et d'indifférence dans lequel ont sombré les membres de la communauté.
g) L'épreuve de Muslim et de Hansi
L'épreuve traversée par ces deux hommes est 1'une des plus pénibles car elle concrétise les états les plus décadents de cette société en déclin. Nous pouvons nous demander comment Muslim a-t-il laisser échapper, en si peu de temps, ces nombreuses forces qui étaient favorables à 1'Imam, pour se retrouver finalement tout seul et pourquoi n'est-il pas parvenu à les mettre au service de son combat contre le nouveau gouverneur ?
En réalité, ces forces n'étaient que des noms alignés sur du papier. Leur nombre était estimé à dix-huit, vingt voire trente mille. Mais elles ne constituaient que les débris d'une communauté morte, écroulée, rongée par Ie défaitisme, à 1'esprit et la conscience saccagés.
II en fut de même avec le deuxième compagnon de 1'Imam, Hani b. 'Arwa. En effet, 1'histoire rapporte que 'Ubaydullah b. Ziyad 1'avait convoqué, disant: "Viens rendre visite au prince, car les princes ne supportent pas la rupture, pourquoi es-tu si distant ?" A cette époque, Muslim b. 'Uqayl séjournait chez cet homme, y accueillant secrètement les partisans de 1'Imam. Se pressentant devant Ie wali, ce dernier 1'accuse de cacher Muslim chez lui, et de préparer la révolte contre Ie pouvoir. Les deux hommes se disputent. Le wali lui conseille de fuir pour Ash-Sham avant qu'il ne soit trop tard, mais Hani finit par dire :
"Même si Muslim était caché sous mon pied, je ne te Ie livrerais pas". En lançant ces paroles, Hani s'imaginait qu'il était soutenu par plusieurs milliers de partisans qui exécuteraient ses ordres, à la lettre. 'Ubaydullah se met dans une grande colère et ordonne de 1'incarcérer. Ayant cru que Hani a été tué, quatre mille hommes de sa tribu, dirigés par 'Umru b. Al-Hajjaj, se précipitent vers Ie palais du wali pour s'assurer de son état. Le gouverneur ordonne au juge Sharih de se rendre à la cellule de Hani pour s'assurer de son état et en informer ses partisans. Ce dernier racontera plus tard que lorsqu'il avait rencontre Ham dans sa cellule, ce dernier s'était écrié : "Ou sont les Musulmans, si dix d'entre eux attaquaient le palais, ils parviendraient à me délivrer". En effet, le palais du gouverneur n'était pas protégé par la police ou
1'armée, dix personnes auraient suffi à 1'assaillir, la seule police étant composée des illusions de cette communauté qui a perdu son courage et sa volonté. Le juge eut peur de rapporter aux hommes qui 1'attendaient les paroles de Hani, se contentant de les rassura sur 1'état de leur proche. Us s'en aillèrent et c'est ainsi que Hani fut tué le lendemain.
Muslim b. 'Uqayl, en personne, accompagné de quatre mille hommes, assiégent le palais à peine gardé par une cinquantaine de personnes, soldats inclus. Mats rongés par la peur, ils abandonnent Muslim seuil dans la mosquée. Ceci indique clairement que c'est le mouvement d'Al-Husayn (AS) qui les a finalement remis sur la voie, et même les soixante-dix personnes qui tombèrent martyrs avec lui. Muslim b. 'Uqayl prie, et les gens se dispersent. On rapporta que les femmes entraient, arrachaient leur mari, leur père, leur frère, leur disant: "Que vous importent les actes des sultans ?" Les hommes se sont laissés faire ; en face, c'est aussi une femme qui, après le martyre de 1'Imam Al-Husayn (AS), déjouera le complot du pouvoir en empêchant 'Umar b. Sa'd, le meurtrier d'Al-Husayn (AS), d'être nommé gouverneur d'Al-Kufa.
h) Contradiction entre 1'action et les sentiments de la communauté
L'un des phénomènes qui exprimerait le plus cet état de déchéance de la communauté est le paradoxe flagrant entre ses sentiments réels et son action. Cette contradiction fut éloquemment exprimée par un grand poète, Al-Farazdaq, qui avait alors rapporté à 1'Imam Al-Husayn (AS) ces paroles, résumant fort bien la situation : "leurs coeurs sont avec toi mais leurs épées te sont hostiles". II ne s'agit pas d'une société partagée entre partisans et adversaires de 1'Imam. Les paroles du poète parlent d'une même communauté qui vit cette contradiction entre ses réels sentiments et ses actes. En réalité, nulle contradiction lorsque la volonté est absente, car dans ces cas, un membre peut se mouvoir contrairement de ce que désire le coeur. C'est pourquoi ils pleuraient et assassinaient 1'Imam en même temps, car ils savaient très bien que, par leur crime, ils supprimaient leur dernier espoir et tout ce qui restait de 1'Imam 'Ali. Avec ce massacre, tout espoir de ressusciter 1'Islam et de se délivrer de 1'oppression s'estompait. Ce sentiment les accaparait réellement, mais ils ne pouvaient que 1'assassiner tout en pleurant.
Prions Allah pour que nous ne soyons point de ceux qui tuent 1'Imam Al-Husayn (AS) et le pleurent en même temps, de ceux qui dénigrent ses objectifs et le pleurent au cours de la commémoration de son martyre. L'lmam Al-Husayn (AS) n'est pas un homme comme les autres. II incarne 1'Islam, ses objectifs et ses valeurs, pour lesquels il a combattu et s'est sacrifié. L'épreuve traversée par les habitants de Kufa peut très bien se répéter avec nous : le fait de le pleurer ne signifie pas que nous n'aurions pas été ses meurtriers. 'Umar b. Sa'd ne 1'aurait pas été non plus. En effet, bien qu'il ait ordonné de tuer 1'Imam, il avait éclaté en sanglots à la vue de Zaynab, qui passait, dans Ie convoi des captives, parmi les victimes, qui se retournait vers son frère décapité, ou qui s'adressait au prophète, implorant son aide, lui montrant le cadavre de son petit-fils, lui parlant des femmes captives emmenées et des enfants ligotés. Tous ceux qui avaient participé au massacre de 1'Imam Al-Husayn (AS) et de ses proches et fidèles, avaient éclaté en sanglots en entendant Zaynab se plaindre au prophète. Les larmes ne sont pas une garantie, ni les émotions ne peuvent assurer notre non participation à ce massacre commis à 1'époque. Il nous faut passer à 1'épreuve, méditer sur nos réelles intentions : ne serions-nous pas nous aussi les assassins de 1'Imam Al-Husayn (AS)? Est-il suffisant de 1'aimer, de visiter sa tombe, de le pleurer pour échapper à cette éventualité ? II se peut très bien que nos actes soient purement émotionnels, qu'ils ne répondent pas à des engagements très coûteux. Un examen de conscience serait don nécessaire, il nous faudra méditer sur nos comportements et réfléchir sur nos attitudes avec plus de profondeur, de compréhension, en y discernant les répercussions et les circonstances, pour pouvoir s'assurer que 1'on ne commet pas, de près ou de loin, directement ou indirectement, 1'assassinat de 1'Imam Al-Husayn (AS).
II - Substituer la mentalité défaitiste par celle de la volonté ferme
Une communauté vaincue, privée de sa personnalité et de sa volonté, se forge une moralité correspondant à 1'état de défaitisme qui la ronge. Même en présence d'alternatives disponibles, d'objectifs clairs et des facultés à distinguer rationnellement Ie Vrai du faux, même en ayant dévoilé la réalité de la thèse prêchée par Mu'awiya, thèse anté-islamique enrobée d'islam, même après avoir pu discerner, suite à la trêve conclue par 1'Imam Al-Hasan (AS), que la thèse de 1'Imam 'Ali (AS) constituait 1'expression réelle de 1'Islam dans son second combat contre lajahiliyya ressuscitée, la communauté s'est forgée une moralité défaitiste correspondant à sa défaite psychologique, morale et spirituelle. L'lmam Al-Husayn (AS) s'est donc retrouvé entre deux morales : celle de la défaite, prédominante dans la communauté musulmane avant même Ie jour de 1'affrontement de 'Achura, qu'il voulait éliminer et remplacer par une autre qui incite au sacrifice, à la force de décision et à la dignité. Il voulait instaurer le courage pour affronter Ie défaitisme, profondément ancré dans la communauté et qui a donné lieu à des conceptions diverges concernant l’action, le positif, Ie négatif, entravant ainsi toute possibilité d'action. Mais il préféra le faire sans provocation. Il faisait face au défaitisme énoncé par Al-Ahnafb. Qays, qui avait alors qualifié les préparatifs de 1'Imam à la révolution, d'actes insensés et irrationnels.
Le défaitisme était également manifeste dans les paroles du frère de 1'Imam, 'Umar al-Atraf, qui lui conseilla de faire acte d'allégeance à Yazid pour ne pas etre tué. Les paroles d'Al-Ahnaf exprimaient le défaitisme en ce qui concerne le sacrifice : le sacrifice ne mène qu'à la mort, c'est un acte précipité et irréfléchi. Mais, suite au mouvement d'Al-Husayn (AS), le concept de sacrifice reprendra sa vraie signification, avec le mouvement des repentants (Tawwdbm), qui ne concevra sa libération que par le biais du sacrifice.
En revanche, au sein du mouvement révolutionnaire, 1'état d'esprit était tout à fait contraire : le fils de 1'Imam 1'avait questionné, lors du déclenchement de la bataille, à propos de la justesse de la lutte, et lorsque son père lui répondit par 1'affirmative, il répliqua aussitôt: "Il nous est donne bien égal que nous allions vers la mort ou qu'elle vienne à nous".
L'lmam devait donc affronter cette mentalité passive exprimée dans les conseils de Muhammad b. Al-Hanafiyya qui avait suggéré à 1'Imam : "Je crains, qu'en te dirigeant vers 1'une des contrées musulmanes, ta présence ne sème la discorde entre les Musulmans, en les divisant en partisans et adversaires, ils seraient peut-être amenés à s'entre-tuer à cause de toi. Il est préférable que tu restes à 1'écart et que tu expédies les messagers pour appeler les gens à ta cause. S'ils 1'approuvent, entame ton action, sinon, ta raison, ta religion et ton mérite seront à 1'abri". Or, c'est le martyre de 1'Imam Al-Husayn (AS) qui incitera la communauté à se rebeller contre 1'oppression qui sévissait. Ce sang qui, pour Muhammad b. Al-Hanafiyya, serait perdu, a été la clé de la transformation. De leur coté, les oppresseurs tels que leur chef, Yazid b. Mu'awiya, affichaient également une mentalité défaitiste. Il envoya un message à 'Ubaydullah b. Ziyad dans lequel il disait: "Les Abi Talib sont les plus aptes à s'engager dans des confrontations sanguinaires", qualifiant d'actes sanguinaires les tentatives sérieuses pour affronter sa tyrannie, alors que 1'Imam voulait inculquer le sens de 1'action fondée sur Ie sacrifice et la volonté, dictée par une éthique islamique véritable, qui adopte des attitudes actives ou passives conformes aux prescriptions de la législation musulmane.
Précision et minutie dans le processus de transformation
En effet, au cours de ce processus, 1'Imam affrontait 1'une des situations les plus délicates de son entreprise. Il aspirait à diffuser dans la conscience de la communauté une nouvelle moralité, sans pour autant paraître s'insurger contre la mentalité traditionnelle qui régnait en raison du défaitisme ambiant. Il lui fallait éveiller cette conscience en réalisant une action jugée légale aux yeux de la communauté, dont les critères avaient complètement basculé.
Ill - L'lmam Al-Husayn (AS) planifie Ie processus de transformation
Des le début, 1'Imam avait adopté une attitude positive, claire et sincère devant son Seigneur, décidant d'engager la lutte quel que soit le prix à payer, quelles que soient les conditions et les circonstances. Il avait décidé de s'engager, intégralement, même au prix de sa vie. Sa décision était indépendante des réactions émanant de la communauté car il avait pour objectif, plutôt, de susciter des réactions nécessaires à son mouvement. C'est pourquoi il prend 1'initiative d'écrire aux responsables de Basra. Bien que ses lettres aient été envoyées secrètement, il y avait franchement déclaré sa décision de se révolter contre le pouvoir Umayyade, assurant que sa voie et celle de ses père et frère étaient justes, expliquant que ces derniers avaient préféré garder Ie silence tant que Ie Coran et la tradition prophétique étaient encore respectés. Mais lorsque Ie Coran est bafoué et la tradition négligée, lorsque les hérésies ressuscitent et que la tyrannie se propage, il lui faut agir et changer la situation ; les Musulmans devaient, pour leur part, passer à l'action pour préserver le message divin.
. C'est pourquoi il les a aussi appelé, au début, à se regrouper autour de son mouvement, ce qui indique que son action n'était pas une simple approbation des réactions émotives ou irréfléchies de la communauté, mais bien une initiative de sa part pour motiver la communauté en faveur de son plan et du mouvement qu'il voulait engager. Sa rencontre avec le wali de Médine, qui 1'avait convoqué en pleine nuit, pour lui proposer de faire acte d'allégeance à Yazid, était aussi claire, de même que son refus. Par la suite, 1'Imam a explicitement déclaré qu'il avait droit au pouvoir, ce qui reflétait sa volonté et sa décision de mener un mouvement armé contre Ie sultan usurpateur.
Ces messages et cette initiative expriment clairement qu'il agissait en vue de stimuler la communauté à l'action, quelles que soient les circonstances.
IV - Les arguments de 1'Imam Al-Husayn (AS)
En avançant les arguments relatifs à son action, à une communauté démunie de toute volonté et moralement vaincue, 1'Imam ne s'exprimait pas clairement en toutes les occasions. II prenait en considération la mentalité qui régnait dans la communauté, car s'il avait ignorée, son action aurait perdu toute légitimité à ses yeux et il aurait été, par conséquent, incapable de secouer sa conscience.
a) Inéluctabilité de la mort
A ceux qui désapprouvaient son action, tels que 'Abdullah b. Az-Zubayr, 1'Imam répondait: "Que je me révolte ou non, je serai sûrement tué. Les Umayyades ne me laisseront jamais, ils me suivront la où j'irai, je suis un homme mort ou que je sois, quoique je fasse, il est donc préférable que je ne sois pas tué à la Mecque, pour que la sacralité de ce lieu ne soit pas violée".
Cet argument réaliste s'accorde avec la mentalité défaitiste de la communauté, incapable de trouver une issue pour désapprouver le mouvement de 1'Imam. En disant: "dans tous les cas, je serai tué", et les faits le prouvent assez bien (les Umayyades étaient déterminés à le tuer en secret ou en public), il répondait au défaitisme par Ie réalisme.
b) L'origine céleste de sa décision
Cet aspect fut mis en avant lors de la discussion qui se déroula entre 1'Imam et Muhammad b. Al-Hanafiyya, auquel il avait promis de réfléchir à ses recommandations. Pendant la nuit, 1'Imam avait pris la décision de partir. Lorsque son frère lui demanda les causes de ce changement subit, il lui répondit qu'il avait, au cours de son sommeil, entendu Ie prophète lui dire qu'il sera assassiné. En relatant cette vision, il réitérait le thème de 1'inéluctabilité de la mort, celui aussi de se sacrifier et d'entreprendre ce voyage, qui finirait par son assassinat.
c) La nécessité de répondre aux appels des habitants de Kufa
L'lmam Al-Husayn (AS) utilisait cet argument pour répondre à tous ceux qu'il avait rencontrés au cours du trajet de la Mecque à 1'Iraq, et qui Ie conseillaient de ne pas s'y rendre. Il leur rapportait que les habitants de Kufa lui avaient demandé de venir à leur aide, ajoutant que les conditions objectives étaient en faveur de sa démarche et qu'il avait pour charge d'instaurer Ie Vrai et de supprimer le faux. Il justifiait son acte comme étant une réponse à la demande d'une partie de la communauté qui a voulu agir, et qu'il n'avait aucun prétexte pour refuser. En réalité, 1'Imam Al-Husayn (AS) ne s'était pas contenté, au cours de cette étape, d'attendre 1'appel de la communauté, sinon il n'aurait pas pris lui-même 1'initiative de correspondre avec les notables de Basra, leur demandant de passer à 1'action. Mais il utilisait cet argument qui était plus en conformité avec la mentalité défaitiste, qui approuve davantage une action réalisée en réponse aux demandes provenant de différentes parties de la communauté. Alors qu'un acte de principe serait perçu par elle comme étant une aventure périlleuse et irréfléchie. Les arguments avancés par 1'Imam étaient réalistes et répondent au défaitisme régnant dans la communauté.
d) La nécessité de se révolter contre le sultan tyrannique
Parallèlement, 1'Imam affirmait un argument emprunté à la citation prophétique : "quiconque verrait un sultan oppresseur statuant sans avoir recours au droit divin, et qui omettrait de le changer, par 1'action ou la parole, mériterait qu'Allah le juge comme il jugera celui-la". En plus des arguments qui légitimaient son action, selon les critères de la moralité de la communauté, il usait de cet argument réaliste qui devait devenir le fondement de la nouvelle éthique qu'il voulait inculquer à la communauté musulmane.
V - Moyens utilisés pour vaincre le défaitisme
a) Refuser de commencer le combat
Dans le but de concilier entre ces deux morales et de remplacer progressivement le défaitisme par celle qui prône le sacrifice, 1'Imam avait décidé de ne pas commencer lui-même 1'affrontement. Cette attitude avait été celle de 1'Imam 'Ali bien que les conditions aient été sensiblement différent. En effet, 1'Imam 'Ali (AS)- était alors un chef d'Etat, qui ne devaitjamais entreprendre la lutte centre les citoyens, sauf en cas d'insurrection. Il avait, par exemple, refusé de déclencher la bataille contre 'Aysha, az-Zubayr et Talha, tant qu'ils ne s'étaient pas révolté contre le statut légitime du dirigeant de la communauté. La situation de 1'Imam Al-Husayn (AS) était bien différente car il était en situation de révolte contre un pouvoir instauré. Son attitude ne semblait pas logique, mais il avait voulu, par cette attitude, faire admettre à la mentalité défaitiste, que son acte était légitime. Ainsi, lorsqu'il rencontre le bataillon de 'Ubaydullah b. Ziyad, commandé par Al-Hurr, composé d'un millier d'hommes, il rejette la suggestion de Zuhayr b. Al-Qayn d'entreprendre les hostilités contre ce bataillon, sous le prétexte qu'il devait être plus facile à vaincre que ceux qui lui succéderont.
Le rôle donné à Muslim b. 'Uqayl tend aussi à confirmer ce même principe : 1'expédition de ce messager était limitée au cadre de cette attitude, ce qui expliquerait 1'absence de toute démarche active de sa part pendant les événements à Basra. Certains seraient amenés à supposer qu'il fut incapable d'évaluer la situation à sa juste mesure, ou qu'il devait prendre 1'initiative pour mieux contrôler la situation. Ces suppositions traitent Muslim comme s'il avait été désigné gouverneur. Mais aucune référence historique ne fait allusion à une pareille désignation de la part de 1'Imam. Ses messages adressés aux habitants de Kufa se limitaient à dire : "Je vous ai expédié un homme de ma famille en qui j'ai pleinement confiance, pour qu'il s'informe de votre situation, s'assure de votre fidélité et qu'il m'en fasse part. S'il me confirme ce que vous m'aviez écrit, je répondrai à votre invitation et je viendrai".
Muslim b. 'Uqayl était uniquement chargé de s'informer de la situation de la base qui avait entretenu une correspondance avec 1'Imam, ce qui explique qu'il n'a pas dépassé les limites de sa mission. Arrivé à Kufa, il fut 1'hote d'al-Muhtar chez qui les Chi'ites se réunissaient publiquement, pour écouter les objectifs de 1'Imam Al-Husayn(AS), lui assurer leur fidélité et déclarer leur disposition à agir en sa faveur. L'arrivée de 'Ubaydullah b. Ziyad bouleversa la situation et mit fin à cet enthousiasme. Muslim décide alors de changer son lieu de résidence et s'installe chez Hani b. 'Arwa, le nouveau wali ayant décidé son incarcération, alors que le précédent manifestait une certaine indifférence, ce qui lui avait permis d'agir plus librement. Dés lors, les réunions furent plus discrètes jusqu'au jour ou Muslim apparut, accompagné de quatre mille hommes, devant Ie palais qu'il voulait occuper pour mieux contrôler la situation. Cette démarche ne faisait pas partie du plan initialement prévu entre Muslim et 1'Imam, il s'agissait plutôt d'un acte de défense contre 1'offensive de ' Ubaydullah qui avait pris la décision de poursuivre et de supprimer les partisans de 1'Imam;
Dans un message envoyé avec Qays b. Mushir As-Saydawi, 1'Imam demandait à ses partisans de tenir bon, en attendant son arrivée, car il n'était pas question de commencer la bataille. L'lmam devait, au départ, convaincre la masse que son action était au-dessus de tout soupçon, qu'elle était légitime, même pour les Musulmans vaincus moralement et spirituellement. D'ailleurs, nous remarquons que 1'Imam, pendant sa marche de la Mecque à 1'Iraq, répétait sans cesse qu'il fallait poursuivre le voyage pour répondre aux appels qui lui étaient parvenus. Même lorsqu'on lui rapporta la mort de Muslim, de Hani puis de Qays, il ne changea pas d'attitude,, meme au cours de sa rencontre avec Al-Hurr b. Yazid Ar-Riyahi, qui lui proposa de se réfugier dans une montagne en attendant qu'il puisse lui rassembler vingt mille hommes qui le soutiendraient et le dispenseraient d'aller a Kufa. Malgré toutes les indications qui montraient que les habitants de cette ville s'étaient déliés de leur promesse, 1'Imam n'arrêta pas sa marche. Il ne s'agissait donc pas d'être persuadé, ou de réagir en faveur des appels lancés par la base, mais d'affronter ce défaitisme par lequel la communauté concevait tout acte de sacrifice comme étant une témérité insensée et irréfléchie.
VI - Mobilisation de toutes les émotions dans le combat
L'un des moyens utilisés par 1'Imam consista à mobiliser toutes les forces et les possibilités pour le combat qui allait se dérouler : il ne se limita pas à s'exposer lui-même à la mort, mais il exposa également sa famille, femmes et enfants et ceux qui 1'accompagnaient, au massacre et à la déportation. Il a voulu que son combat rassemble Ie plus de drames, de sacrifices et de souffrances possibles, pour empêcher que le doute ne traverse la mentalité défaitiste, qui minimiserait 1'importance de 1'acte entrepris par un homme seul qui a trouvé la mort. Elle ne pourrait pas trouver d'excuse, par contre, à tons les crimes horribles qui furent commis par une armée, 1'armée Umayyade, contre les membres de la famille du prophète. Il fallait que la mentalité défaitiste réalise pleinement que le massacre commis par 1'armée Umayyade était illégitime, à tous les niveaux, d'après toutes les considérations. L'lmam devait donc entreprendre Ie combat avec son propre sang, celui de ses enfants et proches, avec toutes les considérations émotionnelles ou historiques. Il se para de la coiffure du prophète et il porta son épée. Il utilisa ces symboles historiques et émotionnels pour couper court à tous les discours défaitistes, à toutes les protestations, pour secouer la conscience du Musulman abattu, dont la volonté s'était ramollie. Ce fut ainsi. Il y parvint, grâce à cette planification minutieuse.
VII - Quelles sont les leçons ?
L'une des principales leçons à tirer de cet événement est que toute action de changement de la morale de la communauté ne peut se permettre d'affronter ouvertement la moralité corrompue qui sévit car elle serait vite isolée, renfermée sur elle-même et ineffable faut donc procéder de façon à pouvoir donner conscience à la communauté, 1'acte entrepris devant alors être sensé et légitimé. C'est ainsi que 1'Imam Al-Husayn (AS) a agi, et son action fut reconnue véridique et légitime, alors que celle des Umayyades fut taxée d'injuste et de tyrannique.
C'est grâce à cette vision lucide que les Musulmans ont pu s'ouvrir à de nouveaux horizons d'une moralité qui s'oppose au défaitisme. Cette lucidité a secoué la conscience des Musulmans et la secoue encore de nos jours. Ce n'est pas en ébranlant la conscience des Musulmans pendant une seule génération ou en dévoilant la vérité des Umayyades que Ie prix du sang de 1'Imam Al-Husayn (AS) sera payé. La réelle valeur de son martyre réside dans le fait qu'elle préserve son rôle moteur, motivante et purificatrice chez toutes les générations musulmanes, tout au long de 1'histoire. En pénétrant notre conscience comme cela fut le cas pendant treize siècles, nous apprenons à affronter toutes les tentations et toutes les menaces. Il nous faudra réaliser la grandeur du sacrifice de 1'Imam et le comparer avec tous ceux, minimes, que nous sommes parfois appelés à faire, avec ce que nous offrons ou faisons en faveur de 1'Islam. L'lslam exige une part infime de sacrifice :
Il nous faut lui consacrer une partie de notre temps, de notre réconfort, de nos intérêts personnels et de nos désirs, pour mobiliser nos efforts et capacités sur cette voie. Quel sacrifice pourrait être comparé à celui de ce personnage magnifique qui a donné sa vie, celle de sa progéniture, voire même sa dignité, selon les normes de la vie ici-bas ? C'est en vivant cet acte et sa réelle signification que la valeur du martyre de 1'Imam Al-Husayn (AS) exercera son influence tout au long de 1'histoire.
Par Martyr Sayyid M. Baqir as-Sadr
Source: al-Shia.com