Les prières matinales de ces dernières semaines ne se sont pas toutes déroulées dans la chapelle. Deux salles de conférence de l'institut ont été transformées en "mosquée" et en "synagogue" improvisées, la première avec des couvertures et un tapis de prière étendus sur le sol en direction de la Mecque, l'autre avec des chaises - disposées à gauche pour les femmes et à droite pour les hommes - et un panneau sur lequel est inscrit un verset de la Torah avec les explications que les participants juifs en ont données à leurs condisciples.
Chaque jour, un groupe religieux préparait et présidait ce moment de prière et les autres étaient invités à y assister et à y participer dans la mesure où ils s'y sentaient à l'aise.
"Notre but n'est pas de mélanger nos religions pour en créer une nouvelle, globale, mais de mieux comprendre les identités des uns et des autres", déclare le Russe orthodoxe Morris Gagloev.
Pour Steven Bell, qui va être ordonné prêtre dans l'ordre nord-américain des Pères Paulistes, l'expérience de la spiritualité des autres peut aussi contribuer à affermir la vie de prière personnelle. Il a été impressionné par la richesse du chant et de la psalmodie du judaïsme et par la discipline de la prière musulmane.
Valeria Gatti, catholique romaine du Pérou, l'exprime ainsi : "Voir votre ami s'approcher de Dieu à sa manière, c'est si beau!"
Les amitiés qui se sont créées à Bossey ont joué un rôle important dans le processus d'apprentissage chez les participants. Elles ont favorisé les discussions franches lors des cours et des ateliers quotidiens, même lorsque l'on abordait des questions difficiles telles que la politique ou le genre.
Le fait que ces jeunes adultes ont passé ensemble un mois sous le même toit, en partageant des temps à la plage et à la cuisine, ainsi que dans la salle de conférences, est donc essentiel à ce que les participants ont appelé "une expérience unique".
Au vu du programme des étudiants, comprenant des discussions en groupes qui se sont souvent poursuivies jusqu'à neuf heures du soir, il est étonnant de constater l'attention soutenue avec laquelle ils ont participé aux cours proprement dits.
Ces discussions étaient inspirées par la forte présence de spécialistes locaux des trois religions abrahamiques, dont des enseignants des universités de Genève et de Lausanne; des experts internationaux ont aussi apporté leur contribution et leurs origines diverses ont mis en lumière les divisions existant au sein de chaque groupe religieux; ainsi, les étudiants ont fait la connaissance avec les formes sunnite et chiite de l'islam, orthodoxe et réformée du judaïsme et la grande variété des dénominations chrétiennes.
La plus grande surprise, selon Steven Belle, c'est que les jeunes des trois religions se trouvent confrontés au même dilemme: "Ils découvrent leur spiritualité, mais ils ne la retrouvent pas dans les édifices religieux - la mosquée, l'église, la synagogue - parce que ceux-ci sont tellement plongés dans les valeurs traditionnelles qu'ils n'ont pas de relation avec leur expérience personnelle."
Lors de la cérémonie de clôture les trois universitaires qui, avec le directeur de l'Institut, avaient imaginé ce cours d'été il y a trois ans, ont salué l'empressement des jeunes à découvrir les racines de leur propre religion et à devenir plus profondément chrétiens, juifs et musulmans.
Le Rabbin Marc Raphaël Guedj, ancien Grand Rabbin de Genève et président de la Fondation Racines et Sources, Hafid Ouardiri, président de la Fondation Interconnaissance (Ta'aruf) pour la promotion de la connaissance de l'islam auprès des non-musulmans, et le pasteur Hans Ucko, responsable du programme Relations et dialogue interreligieux du COE, ont qualifié de succès cette première que Hafid Ouardiri a appelée une "plongée en apnée spirituelle", qui sera repris ces prochaines années.
Source: wcc-coe.org