Pourquoi je suis devenue musulmane ?

14:39 - November 18, 2007
Code de l'info: 1600293
Paris (IQNA)- Le texte suivant comprend d’une interview avec une journaliste, Madame Christine Gyum.
Vous êtes entrée en Islam il y a presque 25 ans, pouvez vous nous dire quelles étaient les conditions et les circonstances de l’époque, et pourquoi vous avez choisi l’Islam

Il faut dire qu’à l’époque, l’Islam n’était pas aussi connu qu’aujourd’hui, du moins dans nos sociétés, et si l’on parlait de l’Islam c’était surtout en raison du vénéré guide de la Révolution Islamique, Imam Khomeiny (Que le Paradis lui soit ouvert) et de son bref séjour à Neauphle Le Château. Quoi qu’étant provinciale, je n’ai jamais eu la chance de lui rendre visite à Paris et je peux même dire qu’étant très apolitique, je ne m’intéressais absolument pas à ce qui se passait dans le monde politiquement bien que j’avais beaucoup d’intérêts à voyager dans les pays arabes, sans savoir vraiment ce que j’y cherchais, si ce n’est le goût de l’étrange, plus que de l’étranger…

Qui vous a amené à l’Islam et comment s’est effectué ce parcours spirituel ?
Etant travailleur sociale dans une grande entreprise, j’étais très occupée par mes activités professionnelles et culturelles, sachant qu’en outre je poursuivais des études supérieures en préparant un DESS de conseillère du travail et que j’avais à m’occuper de mes deux jeunes enfants. J’étais à vrai dire, en quête de spiritualité sans le savoir, et j’étais une insatisfaite permanente. Pourtant sur le plan matériel, je ne manquais de rien (bon salaire, maison de campagne, activités sportives tels que tennis, plongée sous marine, voyage, etc…) mais à chaque retour de voyage, il me semblait que je devais lutter pour reprendre ma vie quotidienne…. Comme si ce que j’avais pu voir ou vivre bouleversait mes préjugés ou mes idées…. Et comme s’il m’était nécessaire d’aller voir ce qui se passait ailleurs. Ainsi, je me souviens d’un séjour en Algérie, où les gens nous avaient si bien accueillis qu’il m’avait paru normal de les inviter en retour chez moi…et quelle ne fut pas ma surprise quelques semaines après, de voir sur le pas de ma porte, un jeune homme sans papier, demander asile, alors que je n’étais pas du tout prête à le recevoir… je me souviens encore combien j’avais été gênée de devoir le renvoyer auprès des administrations …
Mais le voyage qui m’avait à l’époque subjugué, c’est sans doute le Yémen, où j’avais rencontré des gens très généreux sans compter l’aspect architectural qui m’a le plus surpris. Il est vrai qu’en tant que française, je ne pouvais pas alors imaginer que des femmes puissent être ainsi au service des autres avec autant d’abnégation et j’avais interprété comme une insulte à la féministe d’alors que j’étais.

Vous étiez engagée dans la vie active et sociale. Aviez-vous des raisons d’être mécontente de votre situation ?
Oui, c’est vrai j’étais vraiment installée dans ma vie familiale, bourgeoise, mais il y avait une insatisfaction difficile à formuler surtout dans l’entourage familial et amical… d’autant que j’avais toujours l’air heureuse, accueillant les invités avec abondance… et pourtant…. Après avoir mûrement réfléchi à la raison d’être de mon métier, je me suis interrogée sur la société, les différents défis qu’elle avait à relever, sachant que les valeurs morales avaient déjà subi le contre coup de la révolution de 1968, quand je n’étais encore qu’une lycéenne, interne dans un pensionnat de jeunes filles. Je suis originaire d’un très petit village de Lorraine, et y ai reçu de par la tradition, une éducation religieuse traditionnelle et stricte léguée par ma mère, mon père faisant plutôt figure d’un homme simple et ouvert, n’ayant eu que très peu d’autorité morale sur ses enfants étant donné son métier de cheminot qui l’obligeait à des horaires décalées.

Avez-vous des souvenirs qui pourraient aujourd’hui expliquer votre mal-être d’avant votre conversion (ou reconversion)?

Je me souviens qu’à l’adolescence, j’étais une jeune fille attirée par l’atmosphère de l’église du village et j’aimais y entrer pour y respirer le parfum d’encens qui se dégageait de la coupe dorée fièrement manipulée par le curé…. Je me souviens également que tous les dimanches matins, après la messe dominicale, j’accueillais les enfants du village pour leur expliquer ce que j’avais bien pu comprendre de la religion, mais j’aimais parler de Dieu et de Jésus ou encore de Marie en me référant aux textes des catéchismes que me confiaient le curé du village, ce curé si respecté et si craint à la fois… ne m’avait –il pas interdit de me rendre à la mairie du village pour y recevoir le premier prix du canton au certificat de fin d’études primaires, car nous étions avec mes camarades du même âge en retraite (une semaine de préparation avant la communion solennelle…) je me souviens que j’en avais été très peinée, car j’avais ressenti cette non autorisation comme une punition injuste !!! Je me souviens aussi des longs moments de recueillement passés sous un arbre dans la campagne lorraine, à dessiner, peindre, ou encore jouer de l’harmonica … j’aimais ces longs moments à regarder et à écouter la pluie tomber, et cette atmosphère humide, froide et pourtant chaleureuse me transportait au-delà de l’horizon, vers l’infini. Je me souviens aussi des quelques rares moments passés chez ma grand-mère devant l’écran de télévision (à cette époque, il n’y avait pas de télévision à la maison et ce, durant toute notre enfance et adolescence pour éviter l’intoxication) où mon imagination me faisait rencontrer enfin les pays lointains de mes lectures nocturnes. Bref, j’avais me semble –t-il avec du recul, une prédisposition à l’aventure, même si mon entourage y voyait plutôt une tendance à fuir la réalité…. Je ne leur donne pas tout à fait tort, je redoutais ce monde cruel, injuste, inhumain, et je rêvais d’un monde meilleur, mais idéal que je recherchais dans les livres, que je dévorais à longueur de journée, et durant même la nuit… combien de fois, mon père rentrant de son travail de nuit à 4 heures du matin, venait frapper à la porte de ma chambre, et s’étonnait de me voir plongé dans un livre à une telle heure de la nuit…des livres de Jules Verne, de Frison Roche, puis de Stendhal, Victor Hugo, Mme de Staël, Mautpassant, Balzac, Jean Jacques Rousseau, Diderot, Voltaire, etc…. j’aimais tant lire dans la profondeur de la nuit, et réfléchir….

Combien de temps avez-vous eu à réfléchir avant de vous décider ?
J’ai l’impression d’être née avec cette question fondamentale, pourquoi suis-je là, et avec le recul, je peux dire que la véritable remise en question persista plus de quinze ans…. auparavant, je ne savais pas ce que je recherchais vraiment et le mal de vivre qui me persécutait depuis mon adolescence était sans doute le vide spirituel que j’essayais de combler par tous les moyens et notamment en pratiquant du sport à outrance, comme le tennis, le hand-ball, la plongée sous marine, et même le parachutisme…

Finalement, alors que j’étais plutôt apolitique, c’est pourtant la vision politique du monde par ces jeunes musulmans issus de la jeune révolution islamique, qui me décida à en savoir plus sur l’Islam, sur ces musulmans que je côtoyais à l’Université, et qui m’intriguaient par leur comportement un peu trop exemplaire (du moins à cette époque).

Qu’avez-vous fait ? Qui vous a aidée et comment ?
Je me mis à dévorer des livres parlant de l’Islam (Maurice Bataille, René Guénon, Henri Corbin, Massignon, Shuon, etc…) et les quelques auteurs persans traduits en français (Shariati, Motahari, Avicenne, Buruni, Rumi, etc...) qu’un groupe de jeunes étudiants iraniens me prêtaient et à les questionner sur tous les points sensibles et qui m’interpellaient, notamment le port du voile islamique, la polygamie, l’autorité de l’homme sur la femme, l’obligation pour la jeune fille d’avoir l’aval de son père pour se marier, l’héritage, celle pour la femme d’avoir l’autorisation de son mari pour travailler, voyager, sortir, etc… au fur et à mesure, je comprenais qu’il y avait des réponses à toutes mes questions, que certaines m’étaient difficiles à accepter, mais qu’il me fallait les admettre pour avancer, me promettant par la suite d’aller m’enquérir auprès de savants sur les dossiers délicats mais il me semble avoir fait pleinement confiance et surtout il me semblait être emportée par une attraction irrésistible que personne ne pouvait plus contenir…

Après votre choix qu’avez-vous eu comme sentiments ? De la crainte, de la curiosité, de la sérénité ?

Jamais je n’ai ressenti de crainte, mais plutôt un désir impatient d’arriver à cet état de sérénité que je percevais chez les musulmans que désormais je côtoyais régulièrement, notamment à l’université mais surtout dans les réunions où les discussions allaient bon train, sur la politique internationale, sur les valeurs morales, sur la situation de la femme ici et ailleurs, etc…mais j’avais surtout le sentiment de ne pas me tromper, et qu’il fallait que j’aille de l’avant… comme si une corde invisible me retenait …. Et me guidait….C’est ainsi qu’un jour, contre l’avis de nombre de mes amis, de tous mes amis, je décidai d’entrer en Islam, consciente de toutes les conséquences que cela aurait sur ma vie familiale, professionnelle et sociale… mais n’en supposant à aucun moment l’ampleur.

Je décidai donc en cette nuit de janvier 1984 d’apprendre la prière, et je me souviens qu’il m’a fallu une bonne partie de la nuit à répéter phonétiquement ces mots que je ne connaissais pas et qu’il me fallait apprendre par cœur pour communiquer avec Dieu, et dès le lendemain matin, je me rendis à mon travail, la tête couverte d’un voile bleue azur, et d’une longue robe jaune…. Surprise générale…. Les collègues une fois remis de leur surprise en me voyant ainsi vêtue, se moquent, et surtout s’abstiennent de me parler, font mine de ne pas me voir, gênés par mon apparence qui contrastait du tout au tout avec mes tenues de la veille, d’autant que , suite à une recherche dans le cadre d’un diplôme universitaire supérieur de travailleur social, j’avais pu démontrer la discrimination faite aux femmes sur le lieu de travail et j’avais alors été qualifiée d’activiste féministe par mes subordonnées, qui eurent du mal à accepter mon changement, même s’ils avouaient ne pas voir dans mon nouveau comportement, d’attitudes agressives à l’égard de quiconque… Quoiqu’il en soit, au fur et à mesure que ma conviction se raffermissait, j’étais de plus en plus l’objet de sarcasmes et de moqueries de la part des supérieurs et des collègues masculins, plus pour exprimer de la stupéfaction que de l’animosité, les femmes quant à elles, étaient totalement contrariées d’avoir à se positionner en féministes convaincues face à moi, d’autant plus qu’elles avaient eu connaissance de mes idées et de mes recherches…. Bref, les relations se compliquèrent de plus en plus si bien que je n’hésitais pas à démissionner, un geste courageux de ma part si l’on considère la valeur travail qui prévalait à l’époque et dont j’avais été largement nourrie par ma mère qui voulait pour ses filles un autre avenir que celui qui lui avait été réservé par ses parents , une fille sans études, au service de la terre et de ses frères…. et sœur… bref, ma mère envisageait pour ses filles des carrières médicales ou paramédicales mais certainement pas le chômage pour raisons idéologiques…. C’est pourquoi, j’avais pris le soin de ne démissionner qu’une fois assurée d’avoir un poste ailleurs….


Comment était perçu le voile à ce moment-là ?

A cette époque, le foulard certes apparaissait incongru dans l’atmosphère ambiante mais plus pour des raisons d’esthétisme que d’idéologie, et grâce à Dieu, je n’eus jamais à choisir entre le voile ou le travail, car j’avais définitivement et une fois pour toutes choisi d’obéir à l’ordre divin….ce qui devint au fil du temps un véritable défi vu l’ambiance hostile qui s’installait peu à peu dans la société française qui finalement adopta la fameuse loi de 2004 contre le port de signes ostentatoires qui s’avère être une loi contre le voile, puisqu’ aujourd’hui, vous ne trouverez plus un seul emploi excepté la garde d’enfants après l’école, ou les tâches ménagères dans les bureaux et quelquefois du service d’aide à domicile….ce qui incite d’ailleurs les musulmanes à se réunir pour trouver des solutions à une situation de plus en plus difficile si l’on considère qu’aujourd’hui, le travail est devenu indispensable à tous les ménages quelque soit leur composition pour des raisons économiques… cette fameuse loi promulguée nous dit-on, pour libérer les femmes de la soumission masculine (car bien entendu, le port du voile est plus que jamais mal perçu par l’opinion, pour qui ce voile n’est rien d’autre qu’une régression des droits de la femme. Finalement, la lutte menée par les superpuissances contre l’Islam s’est matérialisée par une loi en France, une loi discriminatoire, qui lèse toutes les filles de leur droit légitime à l’éducation, mais aussi toutes les femmes de leur droit au travail…

Quelles ont été les conséquences sur votre vie ?

Tout d’abord, grâce à Dieu, il me semble que ma vie s’est enrichie non seulement sur le plan spirituel, mais aussi intellectuel, et on peut dire aussi matériel. En effet, j’acquis une telle confiance en moi, grâce à Dieu, qu’il m’était devenu nécessaire de poursuivre mes études et mes expériences sociales et professionnelles…
C’est ainsi que d’assistante sociale d’une grande entreprise à l’avenir assuré, je passais à la diplomatie avant finalement d’entrer dans le journalisme et l’enseignement universitaire, sur le plan intellectuel, je poursuivis des études de sociologie à l’issue desquels j’ai obtenu un DESS (en sciences sociales) et de linguistique (où j’ai la ferme intention de terminer un doctorat interrompu pour des raisons familiales)
Ainsi, mon univers lorrain s’est élargi jusqu’à l’Orient qui m’adopta et que j’adoptais définitivement en m’installant avec mon mari en Iran, où j’y séjournai durant plusieurs , me remplissant de plénitude, et jonchées d’expérience et de rencontres avec des femmes merveilleuses artistes, scientifiques , intellectuelles ou même politiciennes, et avec des hommes non moins merveilleux tels qu’ Ostad Jafari qui fut l’une des plus impressionnantes pour moi, tellement cet homme de religion et de science avait su garder son authenticité et sa simplicité… j’ai vraiment regretté sa disparition même si je sais qu’il repose en paix (que Dieu ait son âme)


Quelle est votre situation aujourd’hui ?

Bien entendu, après avoir travaillé plus de quinze ans dans le service social, et avoir subi de plein fouet, la discrimination religieuse en raison de mon voile puisque j’ai été licenciée « en raison du port du voile islamique » comme il l’a été indiqué dans la lettre écrite par la direction de l’établissement qui n’avait pourtant pas eu de scrupules de m’embaucher alors même que je portais déjà ce voile, après avoir ressenti quelque tristesse d’être ainsi dépossédée de mon droit le plus légitime de travailler et d’être ainsi dépossédée de ma liberté de conscience, j’ai décidé de me consacrer à la presse audiovisuelle afin de faire écho de tous les mensonges divulguées par ces medias à l’encontre de l’Islam, des musulmans et de l’Iran islamique

Pour l’heure, je collabore avec quelques chaînes iraniennes pour lesquelles je prépare des programmes sur l’Islam, les musulmans en Europe, le mois de Ramadan, ou encore des sujets plus délicats, tels que l’opinion américaine face à la guerre en Irak…. Les différents reportages que j’ai pu réaliser en Europe , mes voyages aux Etats-Unis, m’ont permis de constater le renouveau de la spiritualité ainsi que la vitalité de l’Islam en Occident et ce, malgré toutes les désinformations sur ce sujet, et je crois que Dieu me donne cette force et le courage de continuer à travailler pour transmettre le message de paix, d’amour que le monde aujourd’hui a tant besoin.

Parlez nous de votre spiritualité aujourd’hui ?

La spiritualité, pour moi se vit plus qu’elle ne se conçoit, c'est-à-dire qu’il s’agit plus d’une manière de vivre que de penser, et j’ai vraiment du mal à concevoir ce qu’est la spiritualité sans la vivre… or, il me semble que la spiritualité du croyant transpire dans chacun de ses actes, et l’on ne peut pas la séparer de notre vie quotidienne… Dieu est présent dans tous les instants du moins si je suis en harmonie avec ses enseignements, je veux dire par là, que autant Dieu et ses anges nous accompagnent, autant Diable et ses adeptes surveillent nos moindres faiblesses pour apparaître….

Mais on peut dire qu’il s’agit d’un combat de tout instant, dans nos sociétés, et lire des invocations, le Coran, et prier pour parler à Dieu sont des instants privilégiés de communion avec Le Seigneur qu’il nous faut absolument préserver malgré nos activités professionnelles et familiales, nos soucis quotidiens qui nous accaparent.
L’être humain est très compliqué : d’une part, il aspire à la tranquillité, la sécurité, et au confort, et ce sont dans les épisodes de sa vie les plus difficiles (maladie, déficit économique, isolement) qu’il ressent le besoin de se rapprocher de Dieu, sur qui il peut s’appuyer…. Et j’ai l’intime conviction que les épreuves que nous rencontrons et que nous considérons comme telles, sont en fait des bienfaits divins puisque par elles, nous nous « recentrons » sur Dieu, et nous nous rappelons à Lui…. J’ai vraiment le sentiment que tous les problèmes que nous rencontrons et qui sont causés ou non, par nous-mêmes, sont des preuves d’amour de Dieu pour nous, car de chacun de ces tourments qui jalonnent notre vie, nous en ressortons plus forts, avec la satisfaction d’avoir pu les surmonter et surtout d’y avoir trouvé une issue… grâce à Dieu. Mais il est vrai que les instants de plénitude ne doivent pas faire oublier Notre Créateur, et notamment dans la vie de tous les jours, de tous les instants, savoir qu’Il nous accompagne, et cela c’est le plus grand des défis de l’homme, être reconnaissant à son Créateur…. Et le voile est l’un des moyens à ma disposition pour me rappeler à Lui, pour aller vers Lui, vers Sa Lumière, le but ultime de la vie , c’est pourquoi, il m’est impossible de l’enlever….




captcha