La grande mosquée de Cordoue en Espagne

12:55 - November 13, 2007
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Espagne (IQNA)- Après avoir fait de Cordoue (en arabe Qurtuba), ville située au sud de l’Espagne, la capitale de son émirat, ‘Abd al-Rahmân Ier y commande en 785 la construction d’une grande mosquée.
La mosquée comprend à l’origine une salle de prière rectangulaire conçue comme un immense hall prestige du bâtiment en tant que centre religieux de l’émirat nouvellement fondé –unique royaume islamique d’Occident– mais aussi par la taille de la ville, alors la plus peuplée d’Europe.
Une cour toute aussi importante la précède permettant aux fidèles n’ayant pas trouvé de place à l’intérieur de participer malgré tout à la prière.
Onze nefs orientées vers le mur de la qibla* constituent le plan de cette salle. La nef centrale, légèrement plus large que les dix autres, mène directement au mihrab*.
Quatre entrées sont percées de part et d’autre, dont la célèbre “Porte des Ministres” (ar. Bâb al-Wuzarâ) qui est encore visible aujourd’hui dans son état d’origine.
Au fil des règnes suivants, plusieurs transformations modifient peu à peu le plan initial. Le premier agrandissement a lieu sous le règne de ‘Abd al-Rahmân II, en réponse à un accroissement de la population. Les travaux durent quinze ans, de 833 à 848.
Le mihrab d’origine est rasé et le mur de la qibla repoussé en direction du sud sur une distance de huit travées, donnant quasiment à la salle de prière la forme d’un carré. ‘Abd al-Rahmân III, proclamé calife en 929, procède lui aussi à quelques additions, notamment au niveau de la cour, qu’il agrandit, et du minaret.
Il se débarrasse du précédent érigé par Hicham Ier et en élève un nouveau (aujourd’hui disparu) sur la façade sud de la cour. Mais le nouveau calife est alors autrement plus préoccupé par le grand chantier de son règne, celui de la ville-palais de Madînat al-Zahrâ’, ce qui explique certainement le peu d’investissement de sa part dans la poursuite des travaux.
La façade du nouveau mihrab est richement décorée, notamment de mosaïques dorées d’une grande finesse. Il s’agit sûrement d’une des œuvres les plus prestigieuses de l’art califal de Cordoue.
Le dernier agrandissement de la mosquée de Cordoue se fait sous l’autorité d’al-Mansûr, le régent du jeune calife Hicham II.
Ces nouveaux travaux durent de 962 à 966 et consistent là encore en un énième prolongement de la mosquée.
Mais en raison de l’instabilité du terrain au sud, de la présence du palais gouvernemental à l’ouest et de la cour au nord, il ne reste plus au puissant vizir qu’à engager les travaux en direction de l’est.
Cette extension est la plus grande dans l’histoire de la ville et nécessite des dépenses considérables.
Huit nefs latérales sont ajoutées sur toute la longueur du bâtiment laissant le mihrab en place, en position excentrée par rapport au reste de l’édifice. Avec cette dernière entreprise, la grande mosquée de Cordoue occupe une surface totale de 23 400 m2 (salle de prière et cour), offrant pas moins de dix-neuf nefs et un mur de la qibla de 128,41 mètres. Ces dimensions font d’elle la mosquée la plus grande du monde après celle de La Mecque et consacrent ainsi sa forme définitive.
À l’intérieur, la célèbre “forêt de colonnes”, alternant parfois dans une savante combinaison le marbre rouge et le marbre noir, propose à nos yeux un spectacle unique et les arcades superposées donnent une grande légèreté d’ensemble à la structure.
Des arcs superposés de la sorte sont courants dans l’architecture sacrée des Omeyyades d’Orient (mosquée de Damas), dont ‘Abd al-Rahmân Ier est le dernier héritier, mais cet emprunt se combine à d’autres traditions architecturales, d’Afrique du Nord par exemple mais aussi locales.
Au sommet des colonnes, on remarque ici et là des chapiteaux romains antiques et wisigothiques réutilisés dans le plan initial, et des chapiteaux originaux d’inspiration arabe ou mauresque d’un type nouveau baptisé “émiral”, présents essentiellement dans les agrandissements successifs. Premier centre culturel et religieux d’al-Andalus, la mosquée de Cordoue est, outre un lieu de prières, un lieu de débats et de “légifération” très important qui participe à cette époque au rayonnement incomparable de la ville dans le monde musulman et au-delà.

Source : UOIF
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