Mais, aussi ténue soit-elle, l'histoire de cette relation mérite que l'on s'y attarde, notamment en ce qui concerne la période de l'avant-guerre. Quelques dates pour planter le décor : le premier hadj jamais accompli par un Japonais a lieu en 1909, suivi d'un second en 1923 ; le Coran est traduit in extenso en 1920 ; une délégation de jeunes Bachkirs musulmans se rend par deux fois au Japon, en 1920 et en 1921, tandis que des réfugiés de l'ancien Turkestan russe fuyant le régime soviétique s'installent dans ces années-là à Séoul, Kôbe, Nagoya, Sendai et Tôkyô. De fait, la rencontre entre l'islam et le Japon repose sur une alchimie subtile qui marie les ingrédients suivants : l'islam, la Turquie de Kemal, la passion d'une poignée d'intellectuels pour l'Asie centrale, le panasiatisme prôné par les milieux ultraconservateurs nippons - sans lesquels il eût été inconcevable d'ériger une première mosquée à Kôbe en 1935, puis une seconde à Tôkyô en 1938.
On décèle, côté japonais, des visées profondément ambiguës, qu'incarne de façon caricaturale Shûmei Okawa (1886-1957), brillant chef de file des études islamiques.
Respect envers une religion et des peuples non chrétiens, d'une part ; nécessité de saisir l'islam afin d'asseoir la domination de l'empire nippon - bâti sur le modèle des impérialismes occidentaux - sur les peuples musulmans, d'autre part.
Source : courrierinternational