L’Indonésie, pays où le dialogue interreligieux fonctionne et porte du fruit

11:42 - December 01, 2007
Code de l'info: 1607102
Rome(IQNA)- En Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, le dialogue ‎interreligieux fonctionne et porte du fruit. Les bonnes relations entre les leaders sont ‎consolidées et les chrétiens sont estimés et appréciés dans la société, malgré certains ‎épisodes négatifs, qui n’invalident pas le cadre positif général.‎
‎“L’Indonésie, pays où le dialogue interreligieux fonctionne et porte du fruit” Interview du ‎père jésuite Ignazio Ismartono SJ, coordinateur du “Service de crise et de réconciliation” ‎de la Conférence épiscopale indonésienne
En Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, le dialogue interreligieux ‎fonctionne et porte du fruit. Les bonnes relations entre les leaders sont consolidées et les ‎chrétiens sont estimés et appréciés dans la société, malgré certains épisodes négatifs, qui ‎n’invalident pas le cadre positif général. C’est ce qu’a déclaré dans une interview à ‎l’Agence Fides le père jésuite Ignazio Ismartono Sj, coordinateur du “Service de crise et ‎de réconciliation “ de la Conférence épiscopale de l’Indonésie, et Vice-président de la ‎Commission pour la Dialogue Interreligieux. Le P. Ismartono, infatigable tisseur des ‎rapports islamo-chrétiens, présente un cadre de la situation de l’Indonésie et explique les ‎fondements et les perspectives de dialogue.‎
Après le virage démocratique de 1998, comment est la situation politique et sociale en ‎Indonésie aujourd’hui ?‎
Politiquement nous sommes au début d’un processus de décentralisation, qui se configure ‎dans l’ère post-Suharto, le dictateur qui a gouverné le pays pendant plus de trente ans. ‎Mais il faut veiller à ce qu’au centralisme étatique ne se substitue pas un ‘centralisme ‎local’, avec des hommes forts qui imposent un modèle de pouvoir absolu dans les ‎différentes régions. La jeune démocratie indonésienne doit faire des pas de participation ‎effective vers le gouvernement, de protagoniste de la société civile au niveau local. ‎Certes, la démocratie n’est pas la panacée à tous les maux, et doit favoriser le ‎développement économique et social. Autrement, dans un pays aussi diversifié comme ‎l’Indonésie, on risque la fragmentation. Dans les zones de la nation considérées ‘chaudes’ ‎les problèmes sont divers et variés entre eux. Dans le Nord de Sumatra, à Aceh, où je suis ‎allé de nombreuses fois, on parle de l’établissement de la charia, la loi islamique. Mais la ‎société civile n’en veut pas. Les instances de séparatisme ne dépendent pas de la religion, ‎mais plutôt de la pauvreté. En Papouasie indonésienne également, dans l’extrême Est de ‎l’archipel, la population indigène est tenue en marge du développement, elle a un niveau ‎infime d’instruction, tandis que l’exploitation des grandes ressources naturelles, à travers ‎les multinationales, n’a pas de retombées de croissance pour les communautés locales ‎rechutes. Aux Iles Moluques et à Sulawesi (théâtre de conflits interreligieux en 1999-‎‎2002) la situation s’est améliorée et nous espérons qu’elle demeure stable. Mais, en ‎général, aujourd’hui en Indonésie le problème majeur est le manque de travail : nous ‎avons quarante-deux millions de chômeurs, ce qui produit pauvreté, misère et tensions ‎sociales. ‎
Comment se situe actuellement le facteur “religion” dans la vie nationale ? ‎

Les deux organisations principales islamiques, “Nahdlatul Ulama” et “Muhammadiyah” ‎‎(qui comptent au total environ 70 millions de disciples) continuent à déterminer le ‎scénario. Si elles agissent de manière éclairée, elles apportent des valeurs et des batailles ‎justes, encouragent la concorde, le pays emprunte la voie de l’harmonie sociale. Le ‎gouvernement comprend le rôle-clé qu’elles réalisent, par conséquent elle l’implique. ‎Certes, il existe de petits groupes qui veulent la violence. Le paradoxe est l’existence de ‎facteurs et d’éléments non religieux qui créent des problèmes religieux : la répartition des ‎ressources naturelles, les mass media, la globalisation qui crée la marginalisation. D’un ‎autre côté il existe encore en Indonésie l’utilisation instrumentale de la religion pour des ‎raisons politiques. C’est pourquoi il faut rendre les personnes conscientes de ce risque. ‎De notre côté, en tant que chrétiens, nous cherchons à conjurer de toutes les façons le ‎soulèvement de conflits : nous cherchons toujours à tisser de bonnes relations avec les ‎musulmans et à encourager des manifestations et des campagnes communes, pour éviter ‎ces dangers.‎
Quelle est la base, le cadre qui fait bien fonctionner le dialogue interreligieux en ‎Indonésie ?‎
Le cadre qui garantit le dialogue est la “Pancasila”, la philosophie qui est à la base de ‎l’état, sanctionnée par la Constitution. Telle est la philosophie des cinq principes (panca = ‎cinq, sila = principe): foi en un Dieu suprême unique ; humanité juste et civile ; unité de ‎l’Indonésie ; démocratie menée par la sagesse ; justice sociale. La Pancasila indique ce ‎qu’il y a de bon en chaque religion, les principes communs comme la solidarité, le ‎respect, la justice, et donc apporte de l’aide dans un parcours de dialogue. La Pancasila ‎est un instrument pour servir, non pour dominer : elle sert à répéter l’unité de l’Indonésie ‎et l’engagement commun de la population indonésienne à respecter et à promouvoir ‎certaines valeurs fondamentales, qui garantissent la paix et la stabilité.‎
Dans la mesure où nous croyons au Christ, nous devons développer dans la nation un ‎esprit de fraternité, d’égalité entre communautés de culture, d’ethnie et de foi diverse, ‎comme base de repère pour une cœxistence pacifique. Nous devons faire grandir chez ‎chacun une attitude positive et ouverte, dans la connaissance réciproque, l’écoute, la ‎compréhension et le dialogue. ‎
Pensez-vous que le modèle de dialogue entre leaders en Indonésie puisse être exportable, ‎et peut-être puisse représenter un paradigme pour d’autres régions du monde ?‎
Pour un homme comme moi qui cherche à comprendre les localismes (et l’Indonésie est ‎une nation dense de particularisme, langues, cultures, races et religions), c’est difficile de ‎parler de comparaisons ou de paradigmes. Il faut toujours considérer l’arrière-plan ‎historique et culturel : quand l’islam parvint en Indonésie, il trouva une culture modelée ‎par l’esprit indo-bouddhiste ; de plus il arriva grâce aux commerçants et non par la ‎violence. Les marchands arabes respectèrent les traditions et les usages locaux : ainsi ‎l’islam s’introduisit petit à petit dans la société et la tradition culturelle de Java avec ‎discrétion, et sans éliminer la tradition. Les modalités du dialogue sont toujours ‎influencées par l’arrière-plan historico-culturel. Le Moyen-Orient, par exemple, a une ‎histoire socio-politique complètement différente. Peut-être peut-on dire que depuis le ‎Moyen-Orient on peut regarder au-delà, vers l’Extrême-Orient, pour comprendre ‎certaines dynamiques et stratégies, sur la façon de promouvoir un dialogue et une ‎rencontre fructueuse entre religions et cultures, spécialement sur le versant islamo-‎chrétien. Il est intéressant que le gouvernement indonésien se fasse le promoteur d’un ‎forum interreligieux et d’un modèle de bonnes relations entre leaders et communautés de ‎foi différente.‎
Comment est considérée l’Eglise en Indonésie ?‎
L’Église (les catholiques sont au nombre de six millions) très bien considérée par les ‎personnes parce qu’elle fait beaucoup dans le domaine de l’instruction et de la santé. Ces ‎œuvres ont été très appréciées surtout dans les zones rurales, où souvent il n’existe pas ‎d’autres structures étatiques. Nous voulons servir les personnes de la meilleure façon, en ‎assistant surtout les pauvres. Les hôpitaux catholiques ont une section spéciale pour les ‎indigents, qui n’ont même pas l’assistance sanitaire de base. Les évêques construisent la ‎Caritas indonésienne qui s’appelle “Karina”: un beau pas en avant pour le mouvement de ‎solidarité que l’Église a toujours assuré au peuple indonésien, comme on l’a vu ‎également à l’occasion du tsunami ou des derniers désastres naturels à Java. ‎
Source: Eucharistie Misericordieuse
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