Association loi 1901, la commission islam et laïcité est un groupe pluriel de réflexion, d’information et de formation sur l’Islam, les musulmans la société française et la République.
Elle s’inscrit dans la poursuite de la réflexion initiée par la Ligue de l’Enseignement et reprise par la Ligue des Droits de l’homme et le Monde diplomatique…. Et entend examiner les questions que doivent se poser l’Etat, les pouvoirs publics, les forces politiques, les instances associatives, et les organismes religieux, pour que l’Islam et ses pratiquants puissent être pris en compte dans les principes et la pratique de la République et de l’égalité des droits : liberté de conscience et de culte, l’indépendance de l’Etat par rapport à tous les cultes, religions et options philosophiques, égalité de traitement pour tous dans le respect des droits de l’homme.
A partir d’un sondage réalisée à la demande de l’association « Commission Islam et Laïcités » par l’institut CSA les 28 et 29 novembre, auprès d’un échantillon de 1 000 français, et publiée en exclusivité par la Vie, et à partir duquel se base la réflexion de la commission Islam et Laïcité, un français sur deux estime que l’ »identité nationale est menacée » mais contradictoirement, c’est selon le même sondage, le chômage, la pauvreté et le racisme qui sont les premiers maux. Selon Pierre Tournemire, trésorier de l’association estime que les résultats contradictoires du sondage montrent que la France n’est pas au clair avec les questions d’identité nationale, d’appartenance à des valeurs, etc…
Nous avons interviewé Monsieur Philippe Jessu, président de l’association « Commission Islam et licité » enseignant retraité et ancien conservateur de musée.
Q : Pourquoi ce colloque ?
R : L’association islam et laïcité est issue de la réflexion d’un certain nombre de militants laïques et de militants des droits de l’homme qui face à la question que semblait poser la présence de musulmans et de l’Islam dans la société française, dès les années 1990 et notamment autour des querelles autour du voile ont décidé d’approfondir la connaissance mutuelle des musulmans et non musulman par rapport à l’organisation du culte, par rapport à la place de l’islam dans la société française et par rapport à la possibilité de chacun de vivre ses convictions dans une société pluraliste tout en étant bien entendu sans vouloir imposer quoique ce soit dans l’ensemble de la société et il était indispensable de se connaître mutuellement.
Q : Vous accolez le terme laïcité à celui de l’Islam pourquoi?
R : Il faudrait entrer dans le détail des combats laïcs depuis plus d’un siècle mais en réalité à la fin des années 80 lorsque des élèves sont venus voilés portant le foulard dans les établissements scolaires, il y a eu des réactions comme quoi, dans les établissements scolaires laïcs et républicains, il est inadmissible, on manifeste ses convictions religieuses. Le système républicain s’est construit sur la laïcité comme étant une neutralité, neutralité de l’institution, des enseignants qui n’ont pas à manifester leurs convictions et leurs choix personnels mais jusqu’à présent la question de la non manifestation de la foi à l’intérieur d’un établissement ne s’était pas posée, à l’intérieur d’un établissement à condition qu’il ne s’agisse pas de prosélytisme , ni de tentative d’imposer certaines conduites à d’autres qui ne le voulaient pas… cette question est devenue d’actualité en France à l’égard de la laïcité, la république alors qu’il nous semblait que c’était une question qui aurait du être posée fondamentalement par rapport à des droits des individus.
Mais s’était posé la question de la reconnaissance réciproque et du respect mutuel
Q : Dans ce sens, pensez vous que nous allons vers une évolution de la laïcité, une remise en cause de la loi 1905, un nouveau débat qui commence?
R : Il y a débat par rapport à la loi de 1905.
D’abord la loi de 1905 stipule que l’Etat ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte. Il y a d’abord la reconnaissance des différents cultes, un principe respecté au niveau de la législation et de la jurisprudence. D’autre part, la question des lieux de culte s’est posée de façon différente, puisqu’au moment de la loi de 1905, il n’y avait pas de mosquées alors que les églises ont été mises à la disposition du clergé, c’est-à-dire, des églises, à savoir les églises, les temples et les synagogues.
Le problème se posait donc….
Certains disent qu’il faut modifier la loi de 1905, d’autres estiment qu’il est possible de trouver des solutions qui sont réglementaires ou pratiques pour permettre la construction et la gestion de lieux de culte. Ce qui pose un problème, c’est qu’on en fait un problème de principe alors qu’il s’agit de problèmes concrets et pratiques.
Ce qui est évident c’est la place de plus en plus importante des religions dans nos sociétés et on peut se référer au sondage1 qui a été fait en novembre pour notre association : les Français pensent que la religion a pris plus d’importance qu’il y a dix ans, c’en est un des aspects, mais je ne sais pas comment les choses vont évoluer…
Abdel Aziz Chambi, président de l’association Diversité, et ancien président des jeunes musulmans de France, présent également durant les travaux de ce colloque, nous a fait part de ses réflexions sur le sujet qui nous intéresse.
Q : vous êtes membre de l’Association Commission Islam et Laïcité, et vous participez à ce titre aux réflexions de la commission. Pourquoi votre intérêt sur ce sujet?
R : Il y a une dizaine d’années, a vu le jour ce projet, une initiative de la ligue de l’enseignement, puisqu’il s’agissait de la laïcité suite aux interdictions dès 1995 faites à certaines élèves portant le voile d’entrer dans les établissements scolaires et l’interdiction à Tariq Ramadan d’entrer sur le territoire national, et il y a eu mobilisation des partenaires, musulmans et non musulmans , pour demander à ce que Tariq Ramadan puisse venir normalement. Des liens ont été tissés avec la ligue de l’enseignement et la ligue des Droits de l’homme et la ligue de l’enseignement a eu l’idée de créer cette commission, dans un premier temps pour parler de ces questions de laïcité et de l’islam. Après 5 à 6 ans, la ligue des droits de l’homme a pris le relais et depuis un an, l’association commission islam et laïcité a pris son indépendance à l’égard de la ligue des droits de l’homme et de la ligue de l’enseignement.
Q : On a le sentiment que ce sont des sujets de nouveau d’actualité avec le gouvernement Sarkozy?
R : Oui tout à fait, depuis la campagne électorale pour les présidentielles, qui nous a démontré que le concept d’identité nationale, est instrumentalisé pour dresser une catégorie de français contre une autre, et quand on parle de ministère de l’identité nationale et de l’immigration, on sous entend que l’immigration menace l’identité nationale ou que les gens issus de l’immigration ne font pas partie de cette identité nationale.
Il y a bien un retour, ou plutôt une continuité depuis les contre révolutionnaires, les monarchistes qui se sont érigés contre le concept de citoyenneté, et nous sommes dans cette continuité contre révolutionnaire.
Qui fait dire que vous êtes français mais vous n’êtes pas comme les autres, il y a donc une sorte d’exploitation d’un fond de commerce nationaliste même par la gauche (Ségolène Royale a brandi le drapeau national durant sa campagne)
Q : Ne s’agit il pas de cacher les vrais problèmes?
R : Effectivement, lorsqu’on met en avant la spécificité culturelle ou la religion des gens, c’est pour cacher d’autres problèmes comme cela s’est produit déjà quand la classe politique n’est plus capable de prendre à bras le corps les vrais problèmes de la société : la mondialisation, le libéralisme qui pose ses conditions.
Q : Concernant la cohésion islamique, pouvez vous nous la caractériser?
R : J’ai du mal à envisager la cohésion islamique tellement les musulmans sont divers et variés comme la composante de la population qui peuple la planète… n’empêche qu’il y a un dénominateur commun qui unit cette population qui est la Shahada, mais en dehors de cela il y a de grandes différences, politiques, économiques, culturelles, qui composent cette diversité.
Je veux bien qu’on parle de cohésion islamique, sur le plan politique, quand on sait aujourd’hui que le pétrole, l’uranium, un certain nombre de ressources de ces pays sont convoités par les Etats-Unis et que la guerre au Liban, en Afghanistan, en Irak, ne sont pas des guerres gratuites, mais ayant des finalités économiques de prédation, et étant donné que ce sont dans les pays musulmans que sont situés les richesses naturelles et notamment le pétrole , je pense qu’il peut y avoir un minimum de cohésion pour défendre les intérêts de cette population… , qu’on soit sunnite, chiite, il n’y a aucune différence, puisque ce sont surtout sur le plan politique que cela se traite…les rapports politiques économiques financiers.
De nos jours, les monarchies du golfe, l’Iran ont assez d’argent pour dire leur mot sur le champ économique et peser sur l’économie mondiale, si les pays du golfe retirent leurs investissements aux Etats-Unis et en Europe, l’économie s’écroule.
Sur le plan politique, les pays notamment du Golfe devraient s’émanciper de la mainmise américaine pour retrouver leur liberté et certains nombre de points communs avec les pays dits musulmans qui ne sont pas spécialement arabes pour pouvoir faire front contre cette volonté de soumettre l’économie des populations de ces pays.
Donc, cohésion oui, sur le plan politique, elle est même souhaitable….et salutaire, sinon les pays arabes seront grignotés un à un. Malgré de grandes divergences entre les musulmans, on peut concevoir une cohésion islamique sur le plan politique….