Une réflexion sur les identités, les appartenances et les diversités, liées à l’Islam‎

14:46 - December 16, 2007
Code de l'info: 1612093
Paris (IQNA)-A l’initiative de la commission Islam et laïcité, s’est tenu un colloque les 7 ‎et 8 décembre 2007 à l’Unesco, ayant pour but une réflexion sur les identités, les ‎appartenances et les diversités, liées à l’Islam.‎
Association loi 1901, la commission islam et laïcité est un groupe pluriel de réflexion, ‎d’information et de formation sur l’Islam, les musulmans la société française et la ‎République. ‎
Elle s’inscrit dans la poursuite de la réflexion initiée par la Ligue de l’Enseignement et ‎reprise par la Ligue des Droits de l’homme et le Monde diplomatique…. Et entend ‎examiner les questions que doivent se poser l’Etat, les pouvoirs publics, les forces ‎politiques, les instances associatives, et les organismes religieux, pour que l’Islam et ses ‎pratiquants puissent être pris en compte dans les principes et la pratique de la République ‎et de l’égalité des droits : liberté de conscience et de culte, l’indépendance de l’Etat par ‎rapport à tous les cultes, religions et options philosophiques, égalité de traitement pour ‎tous dans le respect des droits de l’homme. ‎
A partir d’un sondage réalisée à la demande de l’association « Commission Islam et ‎Laïcités » par l’institut CSA les 28 et 29 novembre, auprès d’un échantillon de 1 000 ‎français, et publiée en exclusivité par la Vie, et à partir duquel se base la réflexion de la ‎commission Islam et Laïcité, un français sur deux estime que l’ »identité nationale est ‎menacée » mais contradictoirement, c’est selon le même sondage, le chômage, la ‎pauvreté et le racisme qui sont les premiers maux. Selon Pierre Tournemire, trésorier de ‎l’association estime que les résultats contradictoires du sondage montrent que la France ‎n’est pas au clair avec les questions d’identité nationale, d’appartenance à des valeurs, ‎etc… ‎
Nous avons interviewé Monsieur Philippe Jessu, président de l’association ‎‎« Commission Islam et licité » enseignant retraité et ancien conservateur de musée.‎
Q : Pourquoi ce colloque ? ‎
R : L’association islam et laïcité est issue de la réflexion d’un certain nombre de militants ‎laïques et de militants des droits de l’homme qui face à la question que semblait poser la ‎présence de musulmans et de l’Islam dans la société française, dès les années 1990 et ‎notamment autour des querelles autour du voile ont décidé d’approfondir la connaissance ‎mutuelle des musulmans et non musulman par rapport à l’organisation du culte, par ‎rapport à la place de l’islam dans la société française et par rapport à la possibilité de ‎chacun de vivre ses convictions dans une société pluraliste tout en étant bien entendu sans ‎vouloir imposer quoique ce soit dans l’ensemble de la société et il était indispensable de ‎se connaître mutuellement. ‎
Q : Vous accolez le terme laïcité à celui de l’Islam pourquoi?‎
R : Il faudrait entrer dans le détail des combats laïcs depuis plus d’un siècle mais en ‎réalité à la fin des années 80 lorsque des élèves sont venus voilés portant le foulard dans ‎les établissements scolaires, il y a eu des réactions comme quoi, dans les établissements ‎scolaires laïcs et républicains, il est inadmissible, on manifeste ses convictions ‎religieuses. Le système républicain s’est construit sur la laïcité comme étant une ‎neutralité, neutralité de l’institution, des enseignants qui n’ont pas à manifester leurs ‎convictions et leurs choix personnels mais jusqu’à présent la question de la non ‎manifestation de la foi à l’intérieur d’un établissement ne s’était pas posée, à l’intérieur ‎d’un établissement à condition qu’il ne s’agisse pas de prosélytisme , ni de tentative ‎d’imposer certaines conduites à d’autres qui ne le voulaient pas… cette question est ‎devenue d’actualité en France à l’égard de la laïcité, la république alors qu’il nous ‎semblait que c’était une question qui aurait du être posée fondamentalement par rapport à ‎des droits des individus.‎
Mais s’était posé la question de la reconnaissance réciproque et du respect mutuel ‎
Q : Dans ce sens, pensez vous que nous allons vers une évolution de la laïcité, une remise ‎en cause de la loi 1905, un nouveau débat qui commence? ‎
R : Il y a débat par rapport à la loi de 1905. ‎
D’abord la loi de 1905 stipule que l’Etat ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun ‎culte. Il y a d’abord la reconnaissance des différents cultes, un principe respecté au ‎niveau de la législation et de la jurisprudence. D’autre part, la question des lieux de culte ‎s’est posée de façon différente, puisqu’au moment de la loi de 1905, il n’y avait pas de ‎mosquées alors que les églises ont été mises à la disposition du clergé, c’est-à-dire, des ‎églises, à savoir les églises, les temples et les synagogues.‎
Le problème se posait donc….‎
Certains disent qu’il faut modifier la loi de 1905, d’autres estiment qu’il est possible de ‎trouver des solutions qui sont réglementaires ou pratiques pour permettre la construction ‎et la gestion de lieux de culte. Ce qui pose un problème, c’est qu’on en fait un problème ‎de principe alors qu’il s’agit de problèmes concrets et pratiques. ‎
Ce qui est évident c’est la place de plus en plus importante des religions dans nos sociétés ‎et on peut se référer au sondage1 qui a été fait en novembre pour notre association : les ‎Français pensent que la religion a pris plus d’importance qu’il y a dix ans, c’en est un des ‎aspects, mais je ne sais pas comment les choses vont évoluer…
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Abdel Aziz Chambi, président de l’association Diversité, et ancien président des jeunes ‎musulmans de France, présent également durant les travaux de ce colloque, nous a fait ‎part de ses réflexions sur le sujet qui nous intéresse. ‎
Q : vous êtes membre de l’Association Commission Islam et Laïcité, et vous participez à ‎ce titre aux réflexions de la commission. Pourquoi votre intérêt sur ce sujet?‎
R : Il y a une dizaine d’années, a vu le jour ce projet, une initiative de la ligue de ‎l’enseignement, puisqu’il s’agissait de la laïcité suite aux interdictions dès 1995 faites à ‎certaines élèves portant le voile d’entrer dans les établissements scolaires et l’interdiction ‎à Tariq Ramadan d’entrer sur le territoire national, et il y a eu mobilisation des ‎partenaires, musulmans et non musulmans , pour demander à ce que Tariq Ramadan ‎puisse venir normalement. Des liens ont été tissés avec la ligue de l’enseignement et la ‎ligue des Droits de l’homme et la ligue de l’enseignement a eu l’idée de créer cette ‎commission, dans un premier temps pour parler de ces questions de laïcité et de l’islam. ‎Après 5 à 6 ans, la ligue des droits de l’homme a pris le relais et depuis un an, ‎l’association commission islam et laïcité a pris son indépendance à l’égard de la ligue des ‎droits de l’homme et de la ligue de l’enseignement. ‎
Q : On a le sentiment que ce sont des sujets de nouveau d’actualité avec le gouvernement ‎Sarkozy?‎
R : Oui tout à fait, depuis la campagne électorale pour les présidentielles, qui nous a ‎démontré que le concept d’identité nationale, est instrumentalisé pour dresser une ‎catégorie de français contre une autre, et quand on parle de ministère de l’identité ‎nationale et de l’immigration, on sous entend que l’immigration menace l’identité ‎nationale ou que les gens issus de l’immigration ne font pas partie de cette identité ‎nationale.‎
Il y a bien un retour, ou plutôt une continuité depuis les contre révolutionnaires, les ‎monarchistes qui se sont érigés contre le concept de citoyenneté, et nous sommes dans ‎cette continuité contre révolutionnaire.‎
Qui fait dire que vous êtes français mais vous n’êtes pas comme les autres, il y a donc ‎une sorte d’exploitation d’un fond de commerce nationaliste même par la gauche ‎‎(Ségolène Royale a brandi le drapeau national durant sa campagne) ‎
Q : Ne s’agit il pas de cacher les vrais problèmes? ‎
R : Effectivement, lorsqu’on met en avant la spécificité culturelle ou la religion des gens, ‎c’est pour cacher d’autres problèmes comme cela s’est produit déjà quand la classe ‎politique n’est plus capable de prendre à bras le corps les vrais problèmes de la société : ‎la mondialisation, le libéralisme qui pose ses conditions. ‎
Q : Concernant la cohésion islamique, pouvez vous nous la caractériser?‎
R : J’ai du mal à envisager la cohésion islamique tellement les musulmans sont divers et ‎variés comme la composante de la population qui peuple la planète… n’empêche qu’il y ‎a un dénominateur commun qui unit cette population qui est la Shahada, mais en dehors ‎de cela il y a de grandes différences, politiques, économiques, culturelles, qui composent ‎cette diversité.‎
Je veux bien qu’on parle de cohésion islamique, sur le plan politique, quand on sait ‎aujourd’hui que le pétrole, l’uranium, un certain nombre de ressources de ces pays sont ‎convoités par les Etats-Unis et que la guerre au Liban, en Afghanistan, en Irak, ne sont ‎pas des guerres gratuites, mais ayant des finalités économiques de prédation, et étant ‎donné que ce sont dans les pays musulmans que sont situés les richesses naturelles et ‎notamment le pétrole , je pense qu’il peut y avoir un minimum de cohésion pour défendre ‎les intérêts de cette population… , qu’on soit sunnite, chiite, il n’y a aucune différence, ‎puisque ce sont surtout sur le plan politique que cela se traite…les rapports politiques ‎économiques financiers.‎
De nos jours, les monarchies du golfe, l’Iran ont assez d’argent pour dire leur mot sur le ‎champ économique et peser sur l’économie mondiale, si les pays du golfe retirent leurs ‎investissements aux Etats-Unis et en Europe, l’économie s’écroule. ‎
Sur le plan politique, les pays notamment du Golfe devraient s’émanciper de la mainmise ‎américaine pour retrouver leur liberté et certains nombre de points communs avec les ‎pays dits musulmans qui ne sont pas spécialement arabes pour pouvoir faire front contre ‎cette volonté de soumettre l’économie des populations de ces pays. ‎
Donc, cohésion oui, sur le plan politique, elle est même souhaitable….et salutaire, sinon ‎les pays arabes seront grignotés un à un. Malgré de grandes divergences entre les ‎musulmans, on peut concevoir une cohésion islamique sur le plan politique…. ‎
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