Selon les Mauritaniens, ces attaques sont le symptôme d’une radicalisation progressive de la société, visible depuis le coup d’Etat de 2005, qui a mis fin à une succession de régimes répressifs et a porté au pouvoir un gouvernement de réformateurs. « Le sentiment religieux en Mauritanie est devenu plus fort [depuis le coup d’Etat], comme dans beaucoup de pays arabes », a expliqué le professeur Yahya Ould Al-Bara, anthropologue à l’université de Nouakchott.
Lors de la dernière attaque, la façade de l’ambassade d’Israël à Nouakchott – lieu de fréquentes manifestations contre la politique d’Israël au Moyen-Orient – a été mitraillée à l’aube. Trois personnes, qui sortaient d’une discothèque proche de l’ambassade, ont été blessées. En décembre, quatre touristes français et trois soldats mauritaniens avaient été abattus par des hommes accusés d’appartenir au groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique.
Les Mauritaniens sont traditionnellement des musulmans sunnites tolérants qui, de 1984 à 2005, sous le régime du président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, ont été contraints d’observer la pratique officielle de l’Islam définie par le gouvernement. À l’époque, les mouvements islamistes étaient perçus comme une menace politique et les militants présumés étaient sévèrement réprimés.
En parallèle, la Mauritanie s’efforçait de mener une politique favorable aussi bien aux investissements arabes qu’américains, devenant en 1999 le seul pays de la région du Maghreb à entretenir des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël.
M. Abdallahi a le mérite d’instaurer un régime islamiste plus tolérant et ouvert. Il autorise à nouveau la constitution d’associations et la création d’un parti politique islamique, le Rassemblement national pour la réforme et le développement (RNRD).
Avant les derniers attentats, certains observateurs avaient constaté un changement progressif dans la vie du pays, notamment une augmentation spectaculaire du budget du ministère des Affaires islamiques, qui a été porté à 12 millions de dollars américains en 2008, et du nombre de mosquées, qui est passé de 58, en 1989, à plus de 900 aujourd’hui, selon les recherches de M. Al-Bara.
Et certains membres du nouveau et de l’ancien gouvernements poussent le président Abdallahi à prendre des mesures pour réduire les libertés publiques. « On est passé d’un extrême à l’autre. La démocratie a ses limites et elle ne doit pas permettre n’importe quoi, surtout lorsque les faits sont connus », avait déclaré un ancien ministre du président Ould Taya, avant l’attentat de l’ambassade israélienne.
Source: jeuneafrique