Aujourd’hui trente ans après, la vague de scepticisme s’est atténuée. Et les occidentaux se laissent peu à peu prendre par ce nouveau marché de croissance.
L’Islamic Banking est un procédé bancaire qui reprend les mêmes principes que le crédit-bail.
La banque islamique absorbe une partie des parts des investissements et des épargnes. Si la banque est rentable, alors les profits sont partagés.
Ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur ces dernières décennies, « contamine » les férus du haut profit international. Des Banques occidentales de plus en plus conscientes d’un marché qui se chiffre en milliards, se sont mises à la culture de la « finance halal » en lorgnant sur des taux de croissance apparemment exceptionnel et de solides perspectives.
L’année dernière la DP World, société portuaire publique de Dubaï avait soumis une offre de reprise de l’opérateur portuaire britannique P&O. A cette fin, l’entreprise proposait un instrument de financement inhabituel : les sukuks.
Le Coran interdisant aux fidèles de toucher des intérêts, les financiers de DP ont choisi comme parade, de coupler les profits à la rentabilité de la Ports, Custom and Free Zone Corporation de Dubai ( PCFC). Cette dernière, partie prenante à la transaction, a assuré ainsi, un financement exempt de taux d’intérêt. Le gouvernement pakistanais, a quant à lui, suivi une autre voie lorsqu'il émit un emprunt de 600 millions de dollars. Au lieu de servir des intérêts, il garantit aux investisseurs religieux les gains d'une concession d'autoroute à péage. Quant aux contrats de leasing des avions de la compagnie aérienne Emirates Airways, ils sont désormais conformes aux préceptes du Coran.
L’Expression a contacté sur Bahrein, M. Ladislas Gallant, un des membres de l’équipe en charge du Financement islamique, oeuvrant pour le compte de Calyon à l’international. Une discussion s’est alors nouée sur les modalités du financement islamique, les échanges avec les pays musulmans et les perspectives d’avenir.
M Gallant, avant de se lancer dans la finance islamique, a occupé différentes fonctions dans la finance conventionnelle. Diplômé d'un Master en Finance, il a intégré Calyon en 2005 et a longtemps été membre actif du Département en charge de la Trésorerie. Il a ensuite évolué, en rejoignant Calyon New York où il s’est occupé de gérer des produits d'investissement auprès d'une clientèle composée de banques privées basées en Amérique Latine.
Entretien :
-Qu'est ce que l'Islamic Banking ? Pour les fidèles, cela veut dire pas de profit, mais pour vous ? Quelles sont les similitudes et les différences entre banque standard et banque islamique ?
-L'islamic Banking est une manière de faire de la finance selon les préceptes de la Shari'a, la loi islamique. Il existe de nombreux principes découlant de la Shari'a encadrant les questions de l’argent, de l’investissement et de l’emprunt. Les trois principaux sont que l'argent n'a pas de valeur usurière, c'est à dire que prêter de l'argent n'a pas de cout et ne peut inclure des couts. De plus, la spéculation (qimar) est strictement interdite car pleine d'incertitudes (gharar). Enfin, il n'est pas autorisé d'investir dans des entreprises aux activités haram telles que les casinos, les fabricants de tabacs ou d'alcool ou les banques. Toutefois, la finance islamique se révèle une technique très intéressante afin d'aider au développement et au support des pays musulmans car c'est une finance qui se veut équitable, favorisant l'investissement, le développement et le partage des risques.
Ainsi, la finance islamique se distingue de la finance conventionnelle par l'ensemble de ces règles régies par le Coran.
- Partagez-vous les pertes et les profits avec le client ?
-Dans le cadre de l’investissement aux côtés d'entrepreneurs, la Shari'a propose un ensemble de principes tel que la Musharaka où le financier et l'entrepreneur partagent les profits et les pertes. C'est une idée récurrente dans la finance islamique. Ainsi, il est vrai que les banques prennent une certaine dose de risque en prenant place dans certains types d'investissement islamique. Mais elles sont aussi bénéficiaires quand c'est un succès.
-La banque islamique est-elle une activité réservée aux banquiers de religion musulmane ? On dit que ces derniers, une douzaine dans le monde, sont très demandés en Occident. Est-ce vrai ?
-La banque islamique est une activité réservée à tout le monde. Cependant, je pense que vous faites ici plus référence au Comité de la Shari'a. Afin d'avoir ses produits ou transactions reconnus comme islamiques, les banques mandatent des experts sur la Shari'a afin qu'ils approuvent ces transactions. Ces experts sont un peu moins de 50 dans le monde pour un nombre grandissant d'institutions faisant de la finance islamique. Il y a donc une certaine pénurie de ressource dans cette partie de l'activité. Toutefois, Calyon est fier d'avoir un Comité de la Shari'a formé d'experts très reconnus : Sheikh Nizan Yaqubi, Dr Elgari et Dr Abu Ghuddah.
-La banque islamique peut-elle être pratiquée par les non musulmans ? Et à quelles conditions?
-La finance islamique peut tout à fait être pratiquée par des non-musulmans. La finance islamique est une manière de faire de la finance. Ainsi, il suffit de respecter les préceptes pour pouvoir en faire. Il y a de plus en plus d'entreprises et de banques conventionnelles qui s'y intéressent comme un moyen alternatif d'investir ou de lever des fonds.
-L'Europe est un nouveau marché de l'«argent halal». La Grande-Bretagne vient de franchir le pas. Depuis quand la France pratique-telle ce segment d'activité financière ?
-Il faut distinguer la France de ses banques. Les banques françaises font de la finance islamique depuis plusieurs années à l'étranger. Cependant, le cadre réglementaire en France ne permet pas de conduire d'activité islamique sur le territoire nationale car l'imposition ne rendrait pas l'activité rentable.
La France n'a donc pour le moment pas franchi le pas malgré son importante population musulmane.
-On estime que d'ici 2008, le marché du crédit islamique atteindra 1,4 milliard de livres sterling au Royaume-Uni. Qu'en sera-t-il en France et dans les autres pays occidentaux ?
-Le Royaume Uni a pris l'initiative de développer la finance islamique et je pense que ses voisins l'observent attentivement pour voir si celle-ci va se développer ou non. Si c'est le cas, ils prendront le pas. Toutefois, il faut tenir compte de la politique sociale de chaque pays mais aussi de la demande des musulmans.
Source: babnet