Quel avenir et quel marché pour la finance islamique ? C’est autour de cette question d’une brûlante actualité que sont réunis pour deux jours, à Dakar, des spécialistes de la finance islamique, venus des pays de l’Union économique monétaire ouest africaine (Uemoa), d’Europe et d’Asie. Ce séminaire sous-régional intervient un mois seulement après la tenue, à Dakar (du 13 au 14 mars 2008) de la 11e conférence islamique au sommet et dont l’une des recommandations était de mieux ancrer l’Organisation de la conférence islamique (Oci) dans la bataille du développement et le financement des économies pour asseoir un développement durable de nos pays.
A la suite d’Ibrahima Sarr, ministre délégué, chargé du Budget qui ouvrait les travaux, tous les participants se sont accordés à dire que ‘les défis qui interpellent les pays de la Ummah et d’une manière générale les pays en développement, ne pourraient être valablement relevés sans l’élargissement de l’offre de financement et une diversification des produits financiers intégrant nécessairement les nombreuses opportunités fort intéressantes offertes par la finance islamique.
De par les principes, les fondements et la philosophie qui la gouvernent d’une part et d’autre part les produits et services développés par l’ingénierie financière islamique, la finance islamique recèle assurément des atouts susceptibles d’impulser le saut qualitatif indispensable au secteur financier pour une meilleure satisfaction des besoins de financement de nos économies tout en maintenant et en renforçant la rentabilité, la subtilité et la sécurité du système’.
Avec des actifs islamiques qui ont atteint la masse de 500 milliards de dollars, à la fin de l’année 2007, le potentiel de développement de la finance islamique est important dans le monde et en Afrique, plus particulièrement dans la sous-région où elle a des marges de plus 82 % de parts de marchés à gagner.
A sa suite, Anouar Hassoune, spécialiste de la finance islamique à l’agence de notation Moody’s investors service, parlant des différents produits financiers islamiques, a laissé entendre que l’ingénierie financière du monde musulman reste très intermédiée. C’est-à-dire que ‘les banques jouent un rôle central dans le recyclage de la liquidité dérivée des pétrodollars. Eu égard à leur puissant enracinement dans l’économie du pétrole, les banques islamiques constituent une dimension importante dans la captation et la réallocation des flux financiers dans les pétromonarchies’, explique Anouar Assoune.
Pour ce spécialiste de la finance islamique à l’agence de notation Moody’s investors service, l’enjeu et l’avenir pour la finance islamique, c’est de faire en sorte que les banques islamiques arrivent à transformer la dynamique concurrentielle des systèmes financiers du monde musulman avec des produits neufs capables de compétir avec la finance conventionnelle. Et pour explorer ces niches d’opportunité qu’offre la finance islamique, Anouar Assoune est convaincu que la clef du succès passe impérativement par le développement de l’émission de sukuk bancaires (obligations islamiques, fonds islamiques, actions et immobiliers) pour tirer profit de cette industrie. Cette politique financière, si elle est mise en place, facilitera l’accès au crédit. Aussi elle va attirer les investisseurs arabes dont les fonds rapatriés dans des banques nord américaines ne serviront qu’à être investis dans un créneau porteur.
‘La solution existe. L’avenir, c’est l’émergence d’une finance islamique sans banques islamiques. Les marchés bancaires islamiques sont peu intermédiés, ce qui donne aux banques islamiques une mainmise importante sur les marchés de financement des particuliers et de certaines corporates. Pour la dynamique du marché financier islamique, il faut favoriser l’expansion de l’offre de sukuk (obligations islamiques)’, indique cet économiste libanais. Dans la même veine, il souligne que ‘la finance islamique ne gagnera ses lettres de noblesse et ne pourra accéder à une forme de reconnaissance internationale qu’à un certain nombre de conditions ; à savoir la transparence des comptes des banques islamiques, les bonnes pratiques de gouvernance, et la gestion des risques selon les principes éthiques de la Charia (loi islamique)’. Pour ce faire, plusieurs institutions financières islamiques ont pu étudier la conformité des contrats d’ijara, de mudharaba et de murabaha qui se sont dotées d’un Conseil de conformité avec la Charia (les fameux Sharia supersonique boards ou Sharia boards). ‘Les émetteurs d’instruments financiers islamiques peuvent et doivent toujours s’adapter aux contraintes et régionales qui s’imposent à eux en matière de conformité à la Charia, en fonction de leurs stratégies’, explique Anouar Assoune. Cela veut dire, en plus clair, que chaque institution financière doit se référer à la vulgate islamique de son école, à savoir l’école chafiite, hanbalite, chiite et malikite. L’ambition avouée du Sénégal, c’est d’asseoir à partir des recommandations issues du séminaire les bases solides du développement de la finance islamique ici et dans la sous-région.
Source: walf