Financées par la Ville de Paris, ces soirées ouvertes à tous, musulmans et non-musulmans, et le plus souvent gratuites ont pour vocation d'"étendre les cultures d'Islam", comme l'explique Véronique Rieffel, directrice de l'Institut.
-Pourquoi ces veillées ?
-Le moment du ramadan, c'est le mois le plus important dans le calendrier lunaire des musulmans. C'est un moment de réflexion sur soi, un jeûne du corps mais aussi un jeûne de l'esprit. On essaie de se purifier dans la journée et une fois le soir arrivé, on rompt le jeûne en famille ou entre amis, mais on est très rarement seul. Dans les pays musulmans, il y a vraiment un aspect de générosité et de partage qui est très fort. C'est cette ambiance-là qu'on a voulu recréer à travers les "Veillées du ramadan".
-Pourquoi avoir choisi de diffuser La Petite Mosquée dans la prairie ?
-Dans certains pays arabo-musulmans, comme en Egypte, c'est devenu une habitude de rompre le jeûne devant des feuilletons qui sont créés exprès pour le ramadan et qui sont formatés pour tenir tout le mois avec un épisode par soir. On voulait faire connaître ça en France et en même temps ça rejoint, en Occident, l'engouement pour les séries américaines. Cette série, réalisée par Zarqa Nawaz, une Canadienne d'origine pakistanaise, fait preuve de beaucoup d'autodérision et confronte les clichés les uns aux autres. Cela montre que les cultures sont proches et que les traditions peuvent se croiser. D'ailleurs, ça marche très bien : il y a des personnes qui reviennent tous les soirs !
Certains soirs des concerts sont organisés, d'autres des rencontres avec des intervenants et des musiciens très différents...
L'esprit des "Veillées", c'est d'associer des moments de réflexion, avec par exemple la diffusion du documentaire L'Age d'or de l'Islam, et des moments plus festifs. On a voulu être à l'image de la diversité des cultures de l'Islam. On a pris très à cœur de ne pas réduire le monde musulman au monde arabe, ce qui est souvent le cas. Notre rôle, c'est justement cela, étendre les cultures d'Islam.
-Comment vous inscrivez-vous dans le quartier de la Goutte-d'Or ?
-Il y a pas mal d'habitants qui viennent tous les soirs suivre La Petite Mosquée dans la prairie. Il y a aussi des familles qui viennent pour les contes. Dans le quartier, il y a aussi des tensions assez fortes, qui peuvent ressortir pendant le ramadan.
On souhaite aussi créer des passerelles entre le quartier et l'extérieur. Dans les deux sens, il y a des blocages. Le quartier de la Goutte-d'or a été beaucoup stigmatisé comme un quartier interlope. Les "Veillées" ont permis à des personnes qui s'intéressaient à l'Islam de venir dans le quartier. Inversement, les habitants ne sortent pas forcément beaucoup du quartier. On essaie d'être un pont. Par exemple, l'année dernière, on avait organisé la grande soirée de l'aïd au Théâtre du Châtelet, qui avait mis à notre disposition quatre cents invitations. On avait pu convier tous les habitants que l'on connaissait et qui, pour beaucoup, mettaient les pieds pour la première fois au Châtelet. Les Veillées, ce sont aussi de belles histoires.
Source: LEMONDE