Les principaux acteurs de la finance islamique ont pu faire le point sur la situation de ce domaine en Algérie : état de la législation et de la réglementation, contraintes, opportunités et stratégies de développement. Le forum a aussi évoqué l’évolution de la finance islamique en Afrique et dans le monde.
En cette conjoncture lourdement marquée par la crise financière mondiale, le système islamique basé sur la charia, né dans les années 70, attire à nouveau l’attention des opérateurs financiers, après que son développement s’est quelque peu confiné, ces dernières années. En Algérie, la finance islamique est représentée par Al Baraka Bank, qui s’active depuis 1991 à travers ses 22 agences. En 2007, elle a réalisé un résultat net de 20 millions $. Outre les produits spécifiques qu’elle propose, Nasseur Hideur, directeur à Al Baraka Bank Algérie indique, que, sa banque travaille actuellement sur un projet de partenariat avec un établissement suisse (FIDES) dans le cadre de la micro-finance, destiné aux très petites entreprises de la région de Ghardaia. Financial Systems Développement Services (FIDES) offrira des financements islamiques adaptés. Cet organisme suisse s’était déjà engagé dans d’autres opérations de micro-finance classique au Kenya et à Madagascar.
A l’échelle mondiale, toutes les banques islamiques pèsent quelque 700 milliards de dollars, ce qui équivaut seulement à 1% de la finance mondiale.
A côté de Baraka Bank, il y a désormais Al Salam Algérie, agréé le 17 octobre dernier.
Cet établissement des Emirats arabes, dont les activités démarrent dans quelques semaines, est doté d’un capital de 100 millions de dollars. Il fournira des services selon les règles de la loi islamique, comme il le fait déjà au Soudan et au Bahrein.
En tout cas, deux autres établissements, accompagnés par le cabinet Deloitte, sont en attente d’agrément. Il s’agit d’Abu Dhabi Islamic Bank et de Kuwait Finance House (KFH). Le nombre de banques en attente d’agrément auprès de la banque d’Algérie a enflé depuis quatre ans. Il aurait été une quinzaine en octobre 2008. Les demandes des banques islamiques n’ont connu aucun traitement de faveur.
Mais tout n’est pas rose pour les banquiers islamiques de la place d’Alger. Ils se plaignent notamment de la double imposition qu’ils subissent lors de transactions immobilières. Ils plaident pour un réaménagement juridique et espèrent que l’influente Association professionnelle algérienne des banques et des établissements financiers (ABEF) les soutiendra auprès des autorités de la Banque centrale d’Algérie. Pour l’instant, et après 17 ans d’activités, El Baraka Bank n’occupe que 1,8% du marché global – dominé par les banques publiques – et 15% du marché bancaire privé. La finance conventionnelle tient toujours le haut du pavé. Les activités financières basées sur la loi islamique proscrivent l’usure et la spéculation. Leur rentabilité est modeste, entre 3% et 5% maximum, indiquent les experts. C’est souvent bien en deçà de certains placements et des plus-values boursières, « lorsque tout va bien ».
Aujourd’hui, avec la crise financière mondiale, le segment de marché islamique dégage une certaine sérénité, une sécurité qui le rend plus attrayant. Les intervenants, durant le forum, ont convergé pour dire que c’est un marché mûr, qui correspond à la volonté de millions de personnes. A l’échelle mondiale, toutes les banques islamiques pèsent quelque 700 milliards de dollars, ce qui équivaut seulement à 1% de la finance mondiale.
Rien que sur le continent africain, Moody’s a fait quelques évaluations. Il estime que dans les prochaines années, on pourrait arriver jusqu’à 240 milliards de dollars gérés sur la base de la Charia.
Source: lesafriques