Le marché de détail islamique en France s'éleverait à 3 milliards d'euros

9:27 - May 19, 2009
Code de l'info: 1780261
France(IQNA)- Jean-Paul Laramée est le directeur général de Secure Finance et spécialiste de la finance islamique en France.
Interview réalisée avec Jean-Paul Laramée, directeur général de Secure Finance et spécialiste de la finance islamique:
-Comment expliquez-vous que la finance islamique soit tant médiatisée aujourd'hui en France ?
-Le président de la République Nicolas Sarkozy, au moment de son élection a clairement affiché sa volonté d'accroître la compétitivité de la place financière de Paris, notamment en développant sa capacité d'accueil de la finance islamique, en comblant le retard pris par rapport à Londres et en faisant ainsi de Paris la première « place financière islamique d'Europe».
La localisation de Paris dans la zone euro a vocation à renforcer significativement l‘attractivité de la capitale, eu égard à la liquidité provenant du Golfe, de la Malaisie, de l'Indonésie…
Ces éléments sont exacerbés par le fait que nous traversons une crise, que nous avons de plus en plus besoin en France d'investisseurs extérieurs notamment pour les PME et pour les collectivités locales qui ne reçoivent plus d'argent de Dexia, de la Caisse des dépôts, alors qu'elles ont par ailleurs des quantités de projets à financer.
-Il est estimé un potentiel d'investissement provenant de la finance islamique de près de 10 milliards de dollars dans les entreprises françaises. Qu'en pensez-vous ?
-C'est le chiffre consensuellement retenu. Cela dépendra de plusieurs paramètres. Tout d'abord de la situation financière mondiale. Ensuite de la capacité de la place financière de Paris à développer les possibilités de création de sukuks.
-Justement quel regard portez-vous sur les réformes juridiques entreprises dans le but de favoriser l'émission de sukuk en France ?
-Le gouvernement français a choisi une voie quelque peu différente de celle qui avait été empruntée par Gordon Brown au Royaume Uni à l'époque.
Il a été décidé de ne pas mettre en place de cadre juridique pour spécifiquement faciliter la création de produits financiers islamiques. Ainsi s'agissant des sukuk, on a fait en sorte que ces instruments financiers puissent être émis à partir de la fiducie. En cela une réforme de la législation régissant ce mécanisme est envisagée. La réforme n'est pas officiellement justifiée par le désir de faire croitre le marché de la finance islamique en France.
La modification de cette loi qui date de trois ans, qui n'a pas été beaucoup utilisée et qui est quelque peu rudimentaire est censée permettre la multiplication des possibilités de création de produits financiers issus de la fiducie.
-Pensez-vous que Paris peut aspirer à devenir la capitale de la finance islamique ?
-Nous observons une multiplication des contacts avec les pays qui pratiquent la finance islamique au plus haut niveau de l'Etat. A une époque où une banque islamique se crée tous les quinze jours en Afrique, il sera pratiquement impensable de travailler avec ce continent sur le plan financier et économique si on n'a pas les outils de finance islamique, et les gens compétents qui se spécialiseraient dans le domaine.
-De quelle manière percevez-vous le développement de l'offre des banques islamiques ?
-Il y a dans notre pays six millions de musulmans. Un certain nombre d'associations, de personnalités militent depuis longtemps pour que l'on ouvre des banques islamiques de détail à l'instar de ce qui s'est fait au Royaume Uni.
En réalité, nous devrions dans un premier temps voir apparaître des banques islamiques dans le domaine de l'investissement, du financement corporate, et celui des collectivités locales (par exemple du grand Paris qui va couter 35 milliards d'euros sur 6 ou 7 ans).
Ces banques devraient opérer en association à hauteur de 20% avec les grandes banques de dépôt. C'est à travers les guichets de ces banques conventionnelles qu'ont vocation à être proposés des produits relativement basiques.
Source: zonebourse
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