La demande de l'association des musulmans de Limoges pour la fraternité(AMLF) en froissera certains. Elle soulèvera à coup sûr un débat au niveau local. Cette initiative, unique en France, risque en tout cas de susciter de vives critiques de la part des tenants de la laïcité. Depuis plusieurs mois, les membres de l'AMLF, créée en 1983 à Limoges recherchent, de manière officielle, un terrain pour accueillir un véritable cimetière. Et les recherches sont aujourd'hui toujours très actives.
«Nous avons effectué de nombreuses démarches pour trouver un lieu. Nous avions un début de piste à Mézières-sur-Issoire mais le terrain en question se trouvait sur le tracé d'une déviation. Nous n'avons donc pas pu.» Des lettres ont été envoyées à la mairie de Limoges et le refus a été catégorique.
Il faut dire que sur la question, la loi est claire. Selon l'article R 2213-33 du code général des collectivités territoriales, l'inhumation d'une personne décédée sur le territoire national doit avoir lieu 24 heures au moins et 6 jours au plus tard après le décès. Or l'association souhaiterait que les défunts soient inhumés selon leur coutume : le jour même, entourés d'un linceul.
Il est surtout interdit de créer un cimetière confessionnel en France. Interrogés sur cette question précise de l'interdiction, les deux membres de l'AMLF que notre journal a rencontrés restent sur leur position et s'en expliquent.
« Nous savons ce que dit la loi. Mais les demandes de nos fidèles, notamment des anciens, sont toujours très pressantes. Ils veulent avoir un cimetière réservé. Pour eux, être enterrés à côté des gens du Livre, à la rigueur, mais à côté d'athées, ils ne le veulent pas » indique Mohamed Ouladmoussa, secrétaire et membre de l'AMLF.
« Notre volonté n'est pas de provoquer, ajoute le président de l'association Fethi Belabdelli, ni de monter les gens les uns contre les autres. Il doit y avoir un moyen juridique pour créer un tel lieu. Ça serait par exemple faisable sur un terrain privé et une convention avec la commune concernée. Ce n'est pas un problème de place. Il y en a par exemple à Louyat, au carré musulman. Mais les anciens ne veulent pas être enterrés dans un cimetière interconfessionnel. »
Confirmation du côté de Mohamed Anfouh, 62 ans. « Toute ma famille est née en France. Je préfère logiquement être enterré ici. J'aimerais effectivement qu'il s'agisse d'un cimetière à part, à Limoges ou dans les environs, Couzeix par exemple, pourquoi pas ? »
Les deux hommes sont, entre autres, à l'origine de la création de la grande mosquée de Limoges qui sera inaugurée prochainement. Ces 3000 m2 situés rue Emile Zola, non loin de l'avenue du général Leclerc ont été achetés en 1999 pour 150.000 euros, et a nécessité un million supplémentaire de travaux. Une réalisation coûteuse et colossale que beaucoup ne croyaient pas possible il y a quelques années. Pour l'AMLF, la création d'un véritable cimetière est un combat identique. Perdu d'avance pour certains.
Source: lepopulaire