"Le ministre de l’Economie et des Finances n’a été que la courroie de transmission des décaissements", a notamment dit M. Coulibaly, lors d’une cérémonie organisée au Just 4 U, en présence d’hommes politiques, de membres de la société civile. Le livre est paru aux Editions L’Harmattan.
Le journaliste a affirmé que l’ouvrage a été construit sur la base de documents officiels. "Rien n’a été fabriqué. La documentation a été faite à partir du rapport du commissaire aux comptes de l’Anoci, de celui du conseil de surveillance et des procès-verbaux des réunions", a-t-il précisé.
Même s’il soutient qu’il n’a pas la preuve que le gaspillage de l’argent public a enrichi un membre de l’ANOCI, Abdou Latif Coulibaly a signalé un dépassement budgétaire. Il a montré à ce sujet le tableau des dépenses de l’Agence, reproduit dans son livre dédié au journaliste d’investigation burkinabé Norbert Zongo, assassiné en décembre 1998 alors qu’il enquêtait sur la mort du chauffeur du frère du président Blaise Comparé.
Selon le journaliste, par ailleurs directeur de publication du magazine hebdomadaire La Gazette, 750 millions n’est dépensés rien que l’aménagement des locaux de l’Anoci, soit l’équivalent de la construction d’un immeuble à 10 étages.
Il a ajouté que dans cette somme, (il y a) 687 millions pour le bureau du président (Karim Wade) ; 26 millions pour le cloisonnement du bureau de son garde du corps, 10 millions pour une lampe qui trône au dessus de sa tête, 9 millions pour un appareil photo.
Selon l’auteur, "contrairement à l’idée répandue par les tenants du pouvoir tendant à faire croire que les travaux de l’Anoci n’ont coûté aucun franc aux contribuables sénégalais", l’Anoci a intégralement coûté au Sénégal, déduite la somme de 26 milliards pour la rénovation du Méridien Président.
Ce qui est choquant, dit-il, est que de l’argent est tiré des budgets de financement des routes de l’intérieur du pays pour les travaux de l’Anoci à Dakar.
S’y ajoute que "le ministère de la Communication a reçu 4 milliards, 250 millions pour équiper la Rts (Radiodiffusion télévision sénégalaise), l’Agence de presse sénégalaise (Aps) et Le Soleil afin de leur assurer une bonne couverture du sommet".
Abdou Latif Coulibaly a aussi relevé que l’installation d’une tente à l’aéroport pour accueillir les hôtes du Sommet a coûté 400 millions, avant de poursuivre ses énumérations : "l’armée a dépensé 2 milliards pour l’équipement de l’Hôpital Principal ; tandis que le ministère de l’Economie Maritime a loué le bateau Msc Musica pour 2 milliards".
L’Agence nationale de l’OCI a été créée en juin 2004 pour préparer l’organisation du Sommet des 13 et 14 mars 2008. Elle était notamment chargée de conduire la construction d’infrastructures hôtelières et routières sur la Corniche Ouest à Dakar.
Récemment, ses deux principaux dirigeants, Karim Wade (président) et Abdoulaye Baldé (directeur exécutif) s’étaient présentés devant une commission parlementaire pour présenter un bilan de leur travail qui a porté selon eux sur 432 milliards de francs CFA. Mais de nombreuses voix s’étaient élevées dans l’opinion pour demander un audit externe indépendant de la mission confiée à l’ANOCI.
Une enquête exhaustive est "très difficile à faire dans ce cas", a dit le journaliste Abdou Latif Coulibaly qui a affirmé que d’autres chiffres continuent de lui parvenir. A ce sujet, "il revient aux confrères, aux journalistes de continuer le travail, car seule la moitié du travail a été abordée dans ce livre", a dit M. Coulibaly.
Il a dit qu’il s’attend déjà à des accusations après la publication de ce livre, du genre vol ou recel de documents, diffamation. "Avoir peur relève d’un manque de foi en Dieu. Je sais que les accusations ne manqueront pas, mais l’avenir est entre les mains de Dieu", a-t-il dit.
Source: APS