Pour la vingt neuvième fois, l’Association des anciens de l’institut islamique Cheikh Ahmadou Sakhir Lô de Coki a battu, pendant la première quinzaine du mois d’octobre, le rappel des troupes venues de différents endroits du Sénégal et d’ailleurs. Comme chaque année depuis 1981, un dimanche matin est consacré à la collecte de dons et de contributions devant aider à un bon fonctionnement de l’école islamique. Fondé en 1939, un jour de gamou, par Ahmadou Sakhir Lô sur recommandation de Mame Cheikh Mbaye (père de El Hadj Djily et de Serigne Sam qui ont compté parmi les pensionnaires), l’école islamique de Coki compte aujourd’hui trois mille trois cents talibés environ.
Un nombre qui n’est pas sans rendre problématique leur prise en charge tant du point de vue alimentaire, sanitaire qu’éducationnel. C’est pour cette raison que la rencontre annuelle de Coki constitue une occasion privilégiée pour voir se déployer la générosité de bonnes volontés redevables au daara ou sensibles aux conditions des talibés en général. Une longue liste de contributions de différentes sortes, en argent, vivres, habits ou carburant, a été déroulée tout au long de la cérémonie. Celle-ci a enregistré, entre autres présences, celles de Cheikh Alioune Souané dont l’action pour satisfaire les besoins en eau de l’école islamique et ses environs a été magnifiée, Mohamed Diouf, ancien ambassadeur du Sénégal en Libye, se définissant comme le premier administrateur civil arabisant du pays, qui dit avoir été talibé ici en 1948 et qu’il y avait laissé 1 500 de ses pairs quand il quittait.
Un absent dont le nom est souvent revenu, c’est Serigne Mboup du Groupe Ccbm qui a fini d’engager la réfection des locaux de l’école islamique pour 30 millions de francs Cfa, et a pris en charge la réalisation prochaine d’un documentaire audiovisuel devant servir à mieux faire connaître cette œuvre immense qu’est le daara de Coki.
«Tout ce qui est amené retourne aux talibés», indique Ahmadou Ben Cheikh Lô dit Modou Anta, le Secrétaire général de l’association des anciens de l’institut islamique. Selon lui, des sections existent un peu partout au Sénégal, en Gambie, au Mali et en France. Aussi, renseigne-t-il que les membres de l’association déploient des actions multiformes, notamment dans l’implantation d’écoles.
Une ligne directrice édictée par le fondateur de l’école islamique de Coki qui a vécu de 1902 à 1988. Cheikh Ahmadou Sakhir Lô avait la préoccupation de voir les sortants de l’école islamique devenir enseignants même si tout le monde ne le pouvait pas. Un des intervenants de révéler que le saint homme, qui avait consacré sa vie à Dieu et à l’Islam, et comme devise «apprendre et faire apprendre», a été rappelé à Dieu un mercredi sans laisser plus de cent quatre vingt cinq francs Cfa. Ce qui fait dire à un participant que «la place de Coki fait partie des sites que fuit Iblis».
Le flambeau a été repris depuis environ trois décennies par son frère Serigne Makhtar Naar Lô qui a beaucoup fait pour le daara, notamment la construction d’un dispensaire. Aussi, entre vingt et trente élèves de l’institut islamique vont poursuivre leurs études chaque année dans les pays arabes.
Si l’école islamique de Coki existe encore sans crouler sous le poids des lourdes charges, il le doit surtout à son ancrage dans la solidité du fait d’être avec Dieu. Une foi inébranlable en toute épreuve, mais que vient compléter le «Waxfu», un projet qui consiste à donner à l’Islam les moyens nécessaires à sa propre vitalité, dont la mise en œuvre s’articule autour du don de soi et de ses propres ressources pour faire avancer l’Islam.
Le projet, depuis 2007, s’ouvre à toutes les bonnes volontés, ressortissants et sympathisants, pour une pérennisation de la satisfaction des besoins afférents. Ibra Diakhaté Lô, un des responsables de l’école islamique, annonce que des activités génératrices de revenus ne sont pas à écarter, et que 60 millions de francs Cfa sont aujourd’hui disponibles en caisse pour le Waxfu. Un concept que Oustaz Aliou Sall définit comme le droit d’auteur : «Le vrai droit d’auteur ne s’arrête pas avec la vie, mais continue après la mort.»
Venu à la tête d’une délégation avec le gouverneur, le président du Conseil régional a fait part de la volonté de son institution d’allouer chaque année une subvention au daara de Coki, accompagnée d’une dotation en médicaments. «L’école islamique doit être une affaire de tout le pays», dit Samba Khary Cissé.
Source: lequotidien