Le Takaful est à but non lucratif et fonctionne à travers une structure juridique indépendante ou par le biais d’un assureur classique qui gère le partage du risque. Contrairement à l’Assurance conventionnelle, son principe repose sur un contrat de donation par lequel, l’assuré émet le souhait de faire don aux autres assurés du groupe, d’une partie ou de la totalité de la prime qu’il a versée, permettant ainsi les indemnisations en cas de sinistre. Si aucun sinistre ne survient, les excédents sont redistribués aux sociétaires sous forme de baisses des cotisations futures ou conservés par la compagnie d’Assurance dans l’objectif de solidifier ses finances.
Cet outil permet de répondre aux trois principaux « défauts », d’un point de vue Shariah, de l’Assurance conventionnelle : l’incertitude sur l’occurrence du sinistre ou « Gharar » ; la disproportion entre la prime payée et l’indemnité à recevoir (indéterminée ex-ante) ou « Maysir » ; et enfin, la présence d’usure ou « Ribah » dans les indemnités de sinistres (revenus des obligations conventionnelles, de l’alcool, du jeu, du sexe,..). Les primes perçues permettent de couvrir les frais de gestion de la compagnie d’assurance et d’investir dans des produits financiers islamiques.
Le Takaful, propose deux types de produits : le Takaful General-Non Vie (prévoyance, épargne, ..) et le Takaful Famille-Vie. Ils sont distribués selon trois types de modèles d’organisation : le « Wakala » fréquent au Moyen-Orient (les bénéfices reviennent aux assurés à l’exception des frais de gestion) ; le « Mudharaba » surtout en Malaisie (les bénéfices font l’objet d’un partage entre les sociétaires et l’assureur) ; et enfin, le « Waqf » (le surplus reste au sein de la compagnie d’assurance).
D’un point de vue historique, le premier Takaful a été créé au Soudan en 1979, avant son expansion en Asie du sud-est dans les années 80. De 30 opérateurs en 1996 à 50 acteurs en 2002, il existe aujourd’hui plus de 110 compagnies Takaful réalisant 2 milliards $ de chiffres d’affaires et on anticipe environ 8 milliards $ à l’horizon 2017. La croissance du marché Takaful est de l’ordre de 15 à 20%, soutenue par les fonds pétro-islamiques, le développement de la Finance Islamique et un regain du religieux. Le Moyen-Orient concentre 50% des primes perçues, talonné par l’Asie du Sud-est (42%) et l’Afrique (7%). La répartition des acteurs dans ces mêmes zones est respectivement de 54%, 27% et 19%.
Le Takaful, est encore peu développé dans les pays occidentaux, mais intéresse également les non-musulmans désireux d’investir dans les placements éthiques basés sur la transparence et le partages des bénéfices. Le système est donc en cours de consolidation grâce à l’action conjointe des pays islamiques et des grandes sociétés d’assurance conventionnelles. De plus, les sociétés de réassurance dites Re-Takaful, peu nombreuses encore, permettent de pallier la jeunesse et la fragilité actuelle du système. Malgré les chiffres prometteurs, le Takaful souffre de la pénurie d’experts, du manque de sensibilisation et de réceptivité du public musulman, et enfin d’une faiblesse de la stratégie marketing et des canaux de distribution.
En Afrique, le Takaful devrait bénéficier de l’essor de la Finance islamique grâce à l’innovation des produits et une meilleure diffusion de l’information. Le Sénégal et ses 95% de musulmans, malgré la présence depuis plus de 20 ans de Salama Assurance (ex- Sosar Al-Amane), intègre peu le Takaful avec 5 % de parts de marché. Cette situation résulte d’un déficit de vulgarisation et de ressources spécialisées.
Globalement, malgré la concurrence de plus en plus forte entre Assurances traditionnelles et Takaful, ces derniers ont tout intérêt à s’inspirer de la longue expérience de leurs concurrents afin de solidifier le marché et de lui assurer des lendemains meilleurs.
Source: reussirbusiness