Deux portes s'ouvrent à l'entrée de la salle d'abattage des Ets Gourault. La première dessert un box traditionnel où l'animal est sacrifié par un opérateur muni d'un « matador », sorte de pistolet à aiguille qui provoque la destruction du cerveau.
La seconde donne accès à une cage cylindrique à l'intérieur de laquelle le bovin est immobilisé, puis retourné, la tête orientée vers la Mecque.
Un sacrificateur musulman agréé lui tranche la gorge. « Il n'y a pas plus de souffrance dans ce dernier cas », estime Guillaume Helloco, directeur de l'établissement. « La section des gros vaisseaux du cou provoque une chute brutale de la pression sanguine dans le cerveau. L'inconscience est instantanée ».
L'abattage selon le rituel dit « halâl » concerne aujourd'hui près de la moitié des 350 bovins occis chaque semaine dans l'établissement blésois. Introduit voici une dizaine d'années, le procédé s'est révélé porteur de croissance.
Alors que la population occidentale a tendance à réduire sa consommation de viande, celle-ci progresse de plus de 10 % chaque année dans la communauté musulmane, dont les traditions culinaires accordent une place majeure aux produits carnés.
Ce qui n'était au départ qu'un marché de niche est devenu le premier débouché de l'entreprise, qui expédie sa production halâl dans toute la région, mais aussi en Ile-de-France et dans le Sud du pays.
Les distributeurs sont des artisans bouchers spécialisés dans la clientèle musulmane, et aussi des enseignes de grandes et moyennes surfaces disposant d'un rayon spécialisé. «Mais la viande halâl est aussi achetée par des consommateurs européens sans préjugés», souligne Guillaume Helloco. «Hormis le rite d'abattage, rien ne la distingue de l'autre. Elle subit les mêmes opérations de découpe et de conditionnement. En revanche, sa traçabilité fait l'objet d'un contrôle rigoureux de la part des agents de l'association AVS, qui assistent aux opérations d'abattage et apposent une marque sur toutes les carcasses certifiées.» Pour porteur qu'il soit, l'abattoir blésois n'envisage pas de se spécialiser dans ce seul créneau.
Le redressement de l'entreprise est le fruit d'une stratégie diversifiée dont un nouvel exemple est donné cette semaine avec le lancement d'une innovation en lien avec le «bœuf de Coutancie», marque de prestige des Ets Gourault.
Source: lanouvellerepublique